«Il faut aider les petits paysans à vivre dignement de leurs terres»

Guatemala: La Pastorale Sociale de l’Ixcan mobilisée dans la lutte contre la malnutrition

Guatemala City, 14 mars 2014 (Apic) La Pastorale Sociale de l’Ixcan (PSI), une région située au nord du Guatemala, près de la frontière mexicaine, est née en 1997 pour répondre aux demandes d’accompagnement et de solidarité des communautés locales. En majorité indigènes, elles sont à la recherche de réconciliation et de paix après une guerre civile qui a duré trente six ans (1960-1996).

Cette mission passe par une organisation politique, sociale et économique à laquelle Carlos Chéc, le responsable de la Pastorale Sociale, participe activement.

Apic: Quel est le rôle de la Pastorale Sociale de l’Ixcan?

Carlos Chéc: Notre objectif est de former des communautés chrétiennes qui, en solidarité avec d’autres personnes ou entités locales ou internationales, travaillent pour la paix, la réconciliation et une vie digne dans l’Ixcan. Nous axons délibérément notre travail sur la formation et l’éducation, et tentons également de développer la conscience critique à partir de valeurs et principes chrétiens fondés sur la solidarité, l’interculturalité, le respect de l’environnement et l’égalité entre hommes et femmes. C’est un défi de taille car cette région est composée de trois grands groupes dont l’histoire récente est étroitement liée à la guerre civile: ceux et celles qui ont fui le conflit en se réfugiant au Mexique voisin, ceux qui ont préféré se réfugier dans les montagnes et, pour certaines rejoindre l’insurrection et, enfin, ceux et celles qui sont restées dans leurs communautés. Après les accords de paix, il était important de recréer du lien social entre ces milliers d’hommes et de femmes qui avaient fait des choix différents.

Apic: Concrètement, comment travaillez-vous?

Carlos Chéc: Au cours de ces treize dernières années, la PSI a lancé plusieurs projets et programmes liés aux droits humains, à l’assistance juridique, à l’accompagnement des jeunes, à la formation citoyenne, ainsi que des projets plus techniques, comme l’agro foresterie pour le développement communautaire, l’économie durable, et l’agro écologie et la conservation des semences locales. Les programmes ont été en priorité destinés aux communautés les plus éloignées de l’Ixcan et souvent oubliées par les autres entités, afin de leur permettre de bénéficier d’un développement intégral. Indirectement ou indirectement, nous sommes donc présents dans 145 des 175 communautés de la région.

Apic: A l’instar de l’ensemble du pays, l’Ixcan est marqué par un problème récurent de malnutrition, qui touche plus de la moitié des enfants. La Pastorale Sociale est-elle impliquée dans la lutte contre ce fléau?

Carlos Chéc: Absolument, et c’est d’ailleurs une de nos priorités. Avec l’aide d’autres entités de la société civile, nous essayons de construire un réseau stratégique pour lutter contre le problème de la malnutrition. Si nous considérons que les aides accordées par le gouvernement aux plus démunis, en particulier le programme «Hambre zéro» (Faim zéro), constitue une aide financière intéressante, elle ne peut et ne doit être que ponctuelle et ne doit en rien empêcher la recherche de l’autosuffisance alimentaire des petits paysans. C’est pour cela que nous oeuvrons dans le sens de la souveraineté alimentaire, en promouvant et accompagnant de nombreuses initiatives destinées à permettre aux petits paysans de vivre de leurs terres. Par exemple, nous appuyons un programme de développement du Ramon. Il s’agit d’un fruit dont la farine, particulièrement riche en nutriments, constitue une réponse non négligeable à la malnutrition, notamment des enfants. Outre la production et la transformation, nous essayons également d’en développer la commercialisation, dans un premier temps au niveau local.

Apic: La Pastorale Sociale travaille-t-elle sur d’autres domaines?

Carlos Chéc: Oui, Nous développons aussi un programme de médecine naturelle. C’est d’autant plus important que la santé reste chère et même souvent inaccessible pour de très nombreux guatémaltèques. Dans ce domaine aussi, nous privilégions les populations qui vivent dans les régions les plus reculées de l’Ixcan et qui se trouvent donc éloignées de centres de soins. Nous n’inventons rien puisqu’il s’agit de revaloriser un savoir ancestral. Mais notre accompagnement permet de structurer cette initiative. Nous travaillons également dans le domaine de l’accompagnement scolaire, car l’éducation est très faillible ici. Toujours dans l’optique de toucher les populations les plus reculées, nous avons développé un programme d’instruction radiophonique à travers notre réseau de radios communautaires.

Apic: Les Droits de l’homme constitue également un point important de votre travail …

Carlos Chéc: Dans un pays qui a vécu trente six ans de guerre civile, la défense des Droits de l’homme est forcément très importante. Le jugement de Rios Montt, l’ancien président, et sa condamnation, le 10 mai 2013, à 80 ans de prison a constitué un moment important dans l’histoire du pays. Et ce, même si ce jugement a été annulé 10 jours plus tard. Aujourd’hui, comme avant la guerre civile d’ailleurs, les Droits de l’homme sont en grande partie liés à la concentration des terres. Si l’Ixcan, qui présente une répartition des terres relativement équilibrée, demeure relativement privilégié face au développement de l’industrie minière et des monocultures qui menacent le reste du pays, il faut néanmoins continuer à travailler à une prise de conscience des droits de chacun à disposer d’une terre. En particulier les populations indigènes qui ont déjà payé un très lourd tribut lors de la guerre civile. (apic/jcg/bb)

14 mars 2014 | 16:07
par webmaster@kath.ch
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