Il faut du courage pour ne pas céder à la tentation de la prouesse technique

France: «Bébé-médicament», Mgr d’Ornellas dénonce une «instrumentalisation indigne» de l’enfant

Paris, 10 février 2011 (Apic) Alors que le débat parlementaire sur la loi de bioéthique venait tout juste de débuter en France, l’hôpital Antoine-Béclère, de Clamart, près de Paris, annonçait la naissance d’un «bébé-médicament» qui pourrait sauver, grâce à une greffe de cellules, un frère aîné atteint d’une maladie génétique grave. «Cette coïncidence souligne doublement l’étrangeté de cette naissance», a déclaré mercredi après-midi Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du Groupe de travail des évêques de France pour les questions bioéthiques.

Le 9 février, lors d’une conférence de presse au siège parisien de la Conférence des évêques de France, Mgr d’Ornellas a parlé d’une «instrumentalisation indigne» de l’enfant. «La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) vient de le rappeler. La légalisation de l’instrumentalisation de l’enfant à naître est contraire au plus élémentaire respect dû à tout être humain, en particulier l’enfant. Elle contrevient à l’’intérêt primordial’ de l’enfant, stipulé par le Convention internationale des droits de l’enfant», a rappelé l’archevêque de Rennes.

Il est toujours indigne d’instrumentaliser la souffrance d’autrui pour faire valoir son opinion

Pour lui, la naissance du bébé médicament constitue une «fausse piste», selon l’expression employée par les huit évêques de la province de Rennes qui ont publié le 9 février un communiqué commun. Mgr d’Ornellas estime encore que cette naissance est aussi étrange «car elle est instrumentalisée pour peser sur le débat parlementaire». «Pourtant, par derrière, poursuit-il, il y a la souffrance de parents qui ont un enfant gravement malade. Il est toujours indigne d’instrumentaliser la souffrance d’autrui pour faire valoir son opinion».

«Chaque enfant a le droit inaliénable de naître pour lui-même, d’être aimé pour lui-même et accueilli pour lui-même», a rappelé mercredi Mgr d’Ornellas.

L’enfant, «principal oublié» des lois de bioéthique

Les parlementaires français, dans le domaine bioéthique, ont fait l’objet de multiples pressions de tous bords, y compris de la part de mouvements catholiques. L’Eglise en France en appelle à la reprise d’un dialogue qui s’appuie sur le respect et la sagesse.

Le soin à partir des cellules de sang de cordon est la bonne piste, estime l’archevêque de Rennes. «Encore faut-il que la France rattrape son retard et choisisse de faire porter ses efforts sur la constitution de banques de sang de cordon, afin que les greffons soient en assez grand nombre pour que nous soyons capables de porter remède aux enfants malades. C’est par cette voie que la souffrance de parents sera apaisée».

La loi de bioéthique, un enjeu d’humanité

De fait, poursuit-il, cette naissance du premier «bébé-médicament» met en lumière l’enjeu d’humanité qui se cache derrière la révision des lois de bioéthique. «Il s’agit de trouver le chemin qui allie d’une part, le respect inconditionnel de la dignité humaine chez tout être humain, en particulier chez les plus vulnérables, et, d’autre part, l’utilisation des techniques biomédicales permises grâce aux avancées scientifiques. C’est sur ce chemin que se trouve le véritable progrès de l’humanité».

Par son corpus juridique en bioéthique, souligne Mgr d’Ornellas, la France peut montrer la voie du progrès dans l’utilisation audacieuse de techniques biomédicales qui guérissent, tout en respectant la dignité humaine de l’être humain «dès le commencement de sa vie», «comme le stipule avec justesse notre Code civil».

«Cela a été souligné, la France est ’en avance’ dans l’interdiction de la gestation pour autrui. Elle peut continuer à l’être pour les thérapies à partir du sang de cordon et du sang périphérique. Elle peut l’être dans la recherche pour guérir l’embryon humain in utero. Elle peut l’être dans l’information et l’accompagnement respectueux de la femme enceinte et de sa liberté, de telle sorte qu’une grossesse soit d’abord considérée comme une bonne nouvelle et non comme une source d’angoisses».

La vulnérabilité appartient à la condition humaine

L’archevêque de Rennes est d’avis que la société est à la croisée des chemins: «Il s’agit de réfléchir à nouveaux frais sur la technique et sur son utilisation. Il s’agit de prendre garde à la fuite en avant dans l’utilisation irréfléchie des techniques au fur et à mesure que nous les maîtrisons. Cela nous serait reproché par la génération future: ce qui est techniquement possible n’est pas nécessairement raisonnable en soi ni pour l’intérêt général. La technique qui voudrait supprimer toute vulnérabilité ferait fausse route car la vulnérabilité appartient à la condition humaine. C’est pourquoi aucune société ne peut vivre sans amour. L’amour pour le plus vulnérable et le respect pour la dignité de chacun sont les fondements de notre vivre ensemble».

Mgr d’Ornellas estime qu’il faut du courage pour ne pas céder à la tentation de la prouesse technique au mépris du respect. «Ce courage permet de poser les bons choix en matière de recherche en vue de guérir. Les générations futures nous remercieront pour ce courage. Concilier l’éthique du respect et de la vulnérabilité avec l’utilisation des techniques biomédicales, c’est faire œuvre de sagesse pour la femme et pour l’homme, ainsi que pour leurs enfants».

La Conférence des évêques de France a participé au dialogue, à chaque étape préparatoire de la révision actuelle de la loi française de bioéthique. La CEF relève avoir beaucoup travaillé et fait entendre les questions qui se posent pour un juste discernement, en référence à la dignité et la vulnérabilité de l’être humain, et en encourageant la recherche scientifique. Quatre publications et le blog bioéthique.catholique.fr illustrent ce dialogue. (1)

(1) «Bioéthique, Propos pour un dialogue», Lethielleux/DDB, février 2009; «Bioéthique, questions pour un discernement «, Lethielleux/DDB, décembre 2009; «Dignité et vulnérabilité au cœur du débat éthique», Documents Episcopat N° 6, juin 2010; «Bioéthique, un enjeu d’humanité», CEF, décembre 2011 http://www.bioethique.catholique.fr/ (apic/cef/be)

10 février 2011 | 16:18
par webmaster@kath.ch
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