Suisse romande : Jean Claude Boillat plaide pour une nouvelle culture numérique dans l'Eglise

«Il faut miser sur l’interactivité»

Delémont, 18 mai 2014 (Apic) «Les médias incarnent le nouvel aréopage des temps modernes. Ils guident et inspirent les comportements individuels, familiaux et sociaux, au point que l’expérience humaine comme telle est devenue une expérience médiatique.» Jean-Claude Boillat en a fait de ces propos visionnaires de Jean-Paul II, tirés de l’encyclique Redemptoris missio (1990), la trame de sa conférence sur les défis des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) en milieu pastoral. Il s’exprimait à mi-mai au Centre Saint-François de Delémont.

Dévidant le fil rouge de «Web & Co et pastorale.»*, l’ouvrage rédigé avec le professeur de théologie de l’Université de Fribourg François-Xavier Amherdt, le spécialiste en multimédia a cerné une réalité sociologique de nature à transformer le visage de l’Eglise dans son fonctionnement, sa hiérarchie, son rapport au monde. L’avènement de la téléphonie mobile, d’internet, des réseaux sociaux, de la photo numérique – troisième révolution majeure de l’humanité après celles de l’imprimerie et du télégraphe – remet en question les structures mentales, affectives des individus, tout en bouleversant les comportements collectifs. A l’échelle anthropologique, les NTIC créent une nouvelle culture farcie d’«interactivité, d’instantanéité universelle, d’hyperconnectivité, d’informations en cascade, de logique démocratique avec une infinie variété de points de vue», a analysé Jean-Claude Boillat.

Or, pour être efficaces, pour trouver un écho dans une société allaitée au relativisme, au nivellement des valeurs, à la chronophagie vorace, au culte de la vitesse et de la nouveauté, «le message chrétien, la vérité salvifique du Christ doivent non seulement passer par ces supports de communication mondialisés, mais aussi s’intégrer, selon l’intuition de Jean-Paul II, dans cette culture numérique dominante, s’arrimer à ce continent digital.» Avant d’inculturer la Bonne Nouvelle sur la toile ou les réseaux sociaux, l’Eglise n’a d’autre choix que de s’acculturer aux technologies de la communication. Si elle le fait de bonne grâce, si elle a compris la puissance du nouveau langage qui unifie désormais le village planétaire, pour reprendre l’expression du sociologue canadien Marshall McLuhan, elle a tout intérêt, désormais, à passer à la vitesse supérieure afin de répondre véritablement aux exigences de notre époque, est persuadé Jean-Claude Boillat.

Réinventer la liturgie

Outre la nécessité de former les agents pastoraux aux NTIC ainsi qu’au maniement de la caméra et à l’utilisation de la photographie numérique dans un esprit de pédagogie de l’image (lire l’interview), le diacre jurassien a souligné avec force l’importance de l’interactivité, de l’émotionnel dans la civilisation du numérique: «Les médias supposent excitation sensorielle, vibrations – McLuhan les a d’ailleurs décrits comme une extension des sens, un prolongement du système nerveux. Or, trop souvent, la liturgie utilise des mots désuets qui ne nous touchent pas, qui ne répondent pas à un monde d’interrelations.» Et de poursuivre: «Cette liturgie à l’ancienne, pour les mariages ou les enterrements notamment, devrait céder sa place à des cérémonies plus personnalisées où l’on valoriserait les histoires personnelles, les trajectoires individuelles.» De même, il faudrait, de l’avis de Jean-Claude Boillat, développer la créativité avec des forums de discussion et des blogs riches en échanges par le biais de témoignages, de débats, de dialogues, avec des intervenants issus de différents horizons.

*Jean-Claude Boillat et François-Xavier Amherdt, «Web & Co et pastorale. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication et la transmission de la foi», Editions Saint-Augustin, Saint-Maurice, 2013.

«Des outils simples pour mieux communiquer en paroisse »

Apic : Jean-Claude Boillat, l’éducation aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) est une nécessité. Quels cours proposez-vous?

Jean-Claude Boillat : Probablement dès cet automne, je mettrai sur pied à Delémont une formation à powerpoint et à l’image numérique pour les quelque 180 employés du Jura pastoral. Idéalement, nos collaborateurs doivent savoir réaliser des photos de qualité dans le cadre du bulletin de paroisse notamment. Nous planifions aussi une présence sur les réseaux sociaux, avec des forums et des blogs. Mais nous devons encore nommer une personne qui prendrait la responsabilité de ce volet-là. A l’échelle romande, une journée de formation à l’utilisation de la caméra, destinée à tout le personnel d’Eglise, sera organisée fin septembre à Fribourg avec des objectifs basiques: réaliser un film, une vidéo, une interview, s’exercer à la prise de vues, aux cadrages, à l’éclairage.

Le but n’est évidemment pas de former des spécialistes.

J:C.B. :Non, bien sûr. La réalisation, la photo sont des métiers. Avec notre formation, nous avons pour unique ambition de fournir aux agents pastoraux des outils simples pour mieux communiquer en paroisse. Je pense, par exemple, au prêtre qui veut utiliser powerpoint pour varier ses homélies avec des photos.

Comment voyez-vous la paroisse idéale de l’ère numérique?

Elle doit comporter une information claire et précise, un graphisme attrayant, une visibilité unique, avec un logo que l’on retrouve partout sur le site, des réponses pratiques et concrètes en matière de vocations, de mariages, de baptêmes Elle doit également proposer un carnet d’adresses, une cartographie qui permet de visualiser les régions, des sujets d’actualité, un complément du bulletin de paroisse, de même qu’un contenu multimédia riche. Je pense à des petites vidéos au style narratif et descriptif, qui racontent, qui montrent, qui offrent des témoignages.

Les NTIC impliquent collaborations, synergies, convergences. Quel est l’état des lieux?

Au niveau des services d’information, ce n’est pas gagné d’avance. Les professionnels de l’info religieuse sont appelés à participer à un travail collectif. Or, souvent, chacun a peur de l’autre dans un contexte de déplacements, de budgets qui fondent. Ces changements créent un climat d’insécurité. Il faut donc écouter les gens, leurs angoisses, leurs peurs.

Jean-Claude Boillat

Jean-Claude Boillat est diacre permanent et coordinateur du Jura pastoral (canton du Jura, Jura bernois, Bienne romande), qui compte environ 180 agents pastoraux et 80 000 fidèles. Ce Jurassien de 51 ans dirige depuis 1997 le Service audiovisuel de la partie francophone du diocèse de Bâle. Spécialiste en multimédia et en réalisation vidéo, formateur d’adultes, Jean-Claude Boillat coiffe en outre les casquettes de membre du comité du Centre catholique de radio et télévision (CCRT) et de responsable de la filière des nouvelles technologies de l’information et de la communication à l’Ecole de commerce de Delémont.

www.jurapastoral.ch

(apic/eda/mp)

18 mai 2014 | 13:24
par webmaster@kath.ch
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