Tunisie: Le Ministère des Affaires religieuses dans le collimateur des médias
Il prépare un projet de loi visant à multiplier les mosquées et veut brider la presse
Tunis, 15 décembre 2013 (Apic) Le Ministère tunisien des Affaires religieuses et des «habous» (Biens religieux) est dans le collimateur des médias. Il prépare un projet de loi contesté visant à multiplier les mosquées. De plus, il vient d’imposer aux médias un visa de ses services pour faire des reportages sur les mosquées.
Cette décision n’intervient pas par hasard: elle est imposée quelques jours après une polémique autour d›un inquiétant projet de loi sur les mosquées, discuté au Parlement.
Les médias dénoncent une «réislamisation à tour de bras»
Dans un communiqué publié samedi 14 décembre par le quotidien tunisien «La Presse», le Ministère des Affaires religieuses a annoncé que les reportages, enquêtes, enregistrement des cours religieux, retransmission de la prière du vendredi, tournages dans «les espaces de culte» sont désormais soumis à un visa de ses services. Cette autorisation préalable viserait, selon lui, «à faciliter le travail des médias audiovisuels (radios et télévisions) et des sociétés privées de production audiovisuelle».
L’annonce de cette mesure a lieu dans un contexte tendu entre le Ministère et l’opinion. Les médias dénoncent «la réislamisation à tour de bras» du pays, à travers la préparation d’un projet de loi sur les mosquées. Il obligerait la construction de mosquées dans tout projet immobilier ou d’urbanisme.
Faire des mosquées l’épicentre de la cité
Les grandes lignes de ce projet ont été présentées, le 10 décembre, à l’Assemblée nationale constituante (ANC) qui sert de parlement au gouvernement de transition. Elles prévoient de faire des mosquées l’épicentre de la cité. Tout graviterait autour d’elles. Elles s’occuperaient de l’éducation des enfants, de l’annonce des mariages, des circoncisions, de la santé publique, de la régulation des rapports sociaux, etc.…
Pour Kaïs Saïed, professeur de droit constitutionnel, il n’y a pas réellement une urgence et une nécessité de réviser les textes réorganisant les mosquées. «Il aurait été plus judicieux et utile de réviser la loi (…) afin d’empêcher qu’elles ne soient utilisées à des fins politiques».
Mahmoud Baroudi, représentant de l’Alliance démocratique à l’ANC, s’est insurgé quant à lui contre «l’islamisation rampante» de la Tunisie. «A regarder de près toutes les propositions et projets de loi qui se sont succédés à l’ANC, sur la finance islamique ou les habous (awqaf), on peut comprendre que le but n’est autre que l’islamisation de la société», a-t-il souligné.
Travail, liberté et dignité avant la construction de nouvelles mosquées
De son côté, Abdelwahab El Héni, président du parti Al Majd, a estimé que ce projet de loi est une «ouverture sur le sectarisme». «Le fait d’intégrer les mosquées dans le tissu urbain et dans le plan d’aménagement est une très bonne chose. Car cela permet d’éviter l’anarchie et nous parlons là de la mosquée en tant que lieu de culte. Soit sa fonction principale. En revanche, nous rejetons toute tentative d’ouvrir la porte à d’autres fonctions suspectes de la mosquée, car il faudrait qu’elles soient conformes aux lois de la République», a-t-il souligné dans les colonnes de «La Presse».
Selon lui, la priorité du gouvernement de transition doit être la finalisation du projet de nouvelle Constitution, tout en restant attaché aux attentes du peuple, qui sont le travail, la liberté et la dignité. Le secrétaire général du syndicat des cadres des mosquées, Fadhel Achour, a estimé lui aussi, sur les ondes de la radio locale «Express FM», que le projet de loi organisant les mosquées est une «tentative partisane de détourner l’attention des affaires principales et importantes» du pays. Il fera des imams des mosquées «une sorte de milice religieuse», a-t-il fait remarquer.
Face à toutes ces critiques, Sadok Arfaoui, conseiller du Ministère des Affaires religieuses, a déclaré sur «Mosaïque FM» qu’il ne s’agit que «d’une simple proposition envoyée aux prédicateurs et hommes de religion dans toutes les régions (du pays), afin de les consulter et rien n’est encore officiel. Car ni le Premier ministre, ni l’Assemblée nationale constituante (ANC) n’ont encore reçu une copie de ce projet de loi».(apic/ibc/be)



