Suisse

Il y a 70 ans mourait Maurice Tornay, martyr de la foi au Tibet

Le village d’Orsières, sur la route du Grand-St-Bernard, a appris la mort du chanoine Maurice Tornay, assassiné aux marches du Tibet le 11 août 1949, seulement dix jours après, par un télégramme envoyé de Chine.

«Toute la vallée d’Entremont avait alors conscience que le missionnaire valaisan avait été tué en ‘haine de la foi’», confie à cath.ch son homonyme, président de l‘Association des Amis du bienheureux Maurice Tornay.

L’ancien conseiller d’Etat valaisan, qui vient lui aussi d’Orsières, partage le souci de transmettre l’héritage spirituel et l’exemplarité de la vie de ce chanoine de la congrégation du Grand-St-Bernard, tué à l’âge de 39 ans. Maurice Tornay fut abattu au col du Choula, à la frontière sino-tibétaine, en compagnie de son serviteur tibétain Docy, par des moines bouddhistes de la lamaserie de Karmda, très hostiles aux chrétiens.

Le télégramme du 21 septembre 1949 annonçant la mort de Maurice Tornay | © Jacques Berset

Le «Tibet interdit»

Le jeune missionnaire valaisan voulait se rendre à Lhassa, la capitale de ce que l’on appelait alors le «Tibet interdit», pour plaider la cause de ses paroissiens auprès du dalaï-lama. Le pape Jean Paul II décernera à Maurice Tornay le titre de martyr de la foi et procèdera à sa béatification le 16 mai 1993.

Depuis plus d’un an, l’homme politique valaisan consacre une bonne partie de son temps à faire revivre chez ses contemporains – et surtout transmettre aux jeunes générations – le souvenir de ce fils de paysans de La Rosière, un hameau situé au-dessus d’Orsières, qui avait répondu si généreusement à l’appel de Dieu, jusqu’à y sacrifier sa vie.

Il a déjà envoyé cette année, au nom de l’Association fondée en 2018, quelque 15’000 lettres intitulées «Bienheureux Maurice Tornay Des Alpes valaisannes aux contreforts de l’Himalaya Un prêtre valaisan martyr au Tibet». Il invite les destinataires à soutenir l’Association par leurs prières et leurs dons. Il  compte en envoyer tout autant cet automne. «Nous avons de nombreux retours, déjà plus de 500 donateurs, cela marche du tonnerre!»

Il avait répondu à l’appel de Dieu, jusqu’à y sacrifier sa vie

«La propagation de la conviction que Maurice Tornay avait été martyrisé, note l’ancien conseiller d’Etat, était dans la conscience de tous, et ceci immédiatement après sa mort. Ils savaient que le missionnaire avait été tué sur ordre de lamas hostiles. «Son aura était telle que dès 1949, quatre enfants ont reçu à Orsières le nom de Maurice Tornay, c’est tout dire!»

En 1949 déjà, Robert Loup publiait l’ouvrage «Martyr au Thibet Maurice Tornay  Chanoine régulier du Grand-St-Bernard 1910-1949». Les paroissiens des paroisses desservies par les chanoines du Grand-St- Bernard connaissaient le missionnaire valaisan – la revue «La Mission du Grand-St-Bernard», fondée en 1946, donnait quatre fois par an des nouvelles de «notre petite Mission des Marches thibétaines».

Angelin Lovey a fait connaître la figure du martyr

«Il ne faut pas oublier qu’il a eu comme compagnon, dès le pensionnat à St-Maurice, Angelin Lovey, qui allait devenir Prévôt du Grand-St-Bernard. Ce chanoine missionnaire a vécu quasiment toute sa vie à ses côtés, et on lui doit tout: c’est lui qui a propagé la mémoire du martyr. Alors d’emblée, il y a eu un culte à Maurice Tornay».

Sur le lieu de l’assassinat du chanoine Maurice Tornay, missionnaire à Yerkalo, au Tibet (Photo DR)

Mais de fait, ce dernier, durant sa vie passée à Orsières, où il est né le 31 août 1910, a peu marqué les paroissiens. «Mon père, qui a 98 ans et qui est né à La Rosière, l’a cependant bien connu. Dès l’enfance, j’ai entendu parler de ce missionnaire envoyé aux marches du Tibet. Dans les familles, il y avait souvent dans le salon un cadre avec le portait de Maurice Tornay».

Le jeune Maurice a été interne au collège de l’Abbaye de Saint-Maurice de 1925 à 1931. «Il ne rentrait que quatre fois par an dans sa famille à La Rosière». Après, il entre en août 1931 au noviciat du Grand-Saint-Bernard, où il revêt l’habit des chanoines réguliers et fait sa profession solennelle en 1935.

C’est en 1936 qu’il s’embarque à Marseille pour rejoindre des confrères des Missions Etrangères de Paris (MEP) à Weisi, dans la région chinoise du Yunnan, aux portes du Tibet, ayant obtenu de ses supérieurs la permission de s’engager en faveur de la Mission du Tibet.

Ordination à Hanoi

«Il n’a pas prononcé sa première messe à Orsières, car c’est à Hanoi, à l’époque en Indochine, qu’il a été ordonné prêtre le 24 avril 1938. A Weisi, il achève ses études de théologie en février 1938, tout en s’initiant au chinois et au tibétain. Après son ordination, il célèbre sa première messe à Siao-Weisi. «Son aura venait justement du fait qu’il était au Tibet, car il avait quitté la région, qu’il avait tout donné avant même la fin de ses études théologiques et son ordination».

«Le renouveau de la figure du bienheureux Maurice Tornay, on le doit principalement au chanoine Joseph Voutaz, le curé d’Orsières, qui a eu l’audace, en 2017, de lancer une mission paroissiale placée sous l’intercession et la protection du bienheureux Maurice Tornay. Il a le feu sacré pour notre martyr!»

L’église paroissiale d’Orsières, où le jeune Maurice avait reçu les sacrements de l’initiation chrétienne | © Jacques Berset

C’est de cet élan qu’est née l‘Association des Amis du bienheureux Maurice Tornay. «Nous avons rédigé tout un catalogue d’idées, dans le but de promouvoir le culte et l’exemplarité de la vie du bienheureux Maurice Tornay». La Fondation Maurice Tornay a déjà mis en valeur la maison natale du bienheureux à La Rosière, qui est ouverte aux visiteurs.

Juste à côté, elle a racheté le bâtiment de l’ancienne école pour en faire l’Abri du pèlerin, avec cuisine et dortoir. Elle a créé le site internet www.mauricetornay.ch ainsi que l‘Espace Bienheureux Maurice Tornay sous l’église paroissiale d’Orsières où le jeune Maurice avait reçu les sacrements de l’initiation chrétienne.

Créer un lieu de culte dédié au bienheureux

«Nous aimerions créer un lieu de culte qui lui soit dédié, une chapelle intégrée dans l’église paroissiale , car c’est dans cette église que le bienheureux a reçu le baptême, la communion solennelle et la confirmation…»

Quelques marches d’escalier qui descendent amènent à un petit local d’exposition et de prière, présentant la vie et quelques objets du bienheureux Maurice Tornay.

Le président de l’Association des Amis du bienheureux Maurice Tornay devant la robe chinoise du martyr portée dans sa paroisse des marches tibétaines | © Jacques Berset

Parmi les reliques dites ‘secondaires’, une magnifique robe chinoise en soie fleurie, portée par trois curés successifs de la paroisse de Yerkalo, la seule paroisse catholique implantée en territoire tibétain. Elle fut la propriété du Père Victor Nussbaum, des Missions Etrangères de Paris (MEP), tué par des bandits tibétains à Pamé en 1940, du Père Emile Burdin, également des MEP, mort à Yerkalo en 1945, et du Père Maurice Tornay, tué au col du Choula en 1949.

Le président de l’Association tient à nous montrer une relique bien plus précieuse: une petite boîte en plastique cachetée du sceau de cire rouge du Prévôt du Grand-St-Bernard, qui contient des fragments d’os du bienheureux. Ils ont été rapportés de la mission du Tibet à Taiwan par le fils d’un catéchiste, et finalement ramenées à Martigny en 1989.  «Je vais en faire prochainement analyser l’ADN au CHUV afin de les authentifier. Nous aimerions être sûrs que ces reliques primaires sont authentiques!»

Des projets pleins les tiroirs

Mais l’ancien conseiller d’Etat ne veut pas en rester là. D’autres projets sont dans les tuyaux: diffuser le message du bienheureux en rééditant sa correspondance, édifier une statue, aménager le ‘Chemin du bienheureux Maurice Tornay’, de l’église d’Orsière jusqu’à la chapelle de La Rosière. La commune a déjà aménagé le sentier, reste à y placer des panneaux catéchétiques et à le faire officialiser par l’association Valrando, qui s’occupe notamment des chemins pédestres dans le canton.

L’ancien conseiller d’Etat veut également faire restaurer la grande toile de coton au papier marouflé portant le portrait du bienheureux Maurice Tornay, placée contre la basilique St-Pierre à Rome lors de la cérémonie de béatification du 16 mai 1993, à laquelle il assistait. Inlassable, le président de l’Association a encore d’autres projets dans les tiroirs. Ainsi, lui, qui a dirigé la chorale de Praz-de-Fort pendant une dizaine d’années, a l’intention de commander une messe chantée en l’honneur du bienheureux. Il va charger de cette tâche un compositeur valaisan de renom et, pour les textes, un grand poète. Pour l’instant, les noms restent confidentiels.

L’Association des Amis du Bienheureux Maurice Tornay espère qu’il sera un jour canonisé. Elle invite les amis à  prier pour que cela arrive et sollicite des témoignages en sa faveur. «Mais cela ne dépend pas de nous, c’est dans la main de Dieu», souligne son président. JB


Le traditionnel pèlerinage déplacé au 31 août

Le traditionnel pèlerinage annuel à La Rosière à la mémoire de Maurice Tornay n’aura pas lieu comme par le passé le 12 août. Cette année, il est organisé le samedi 31 août, qui coïncide avec sa date de naissance.

Jérôme Emonet, président de la Fondation du Bienheureux Maurice Tornay, devant la maison familiale du martyr, à La Rosière | © Jacques Berset

«On a déplacé la date, car c’est la rentrée et les gens ne sont plus en vacances. Ainsi on espère que le plus de monde possible puisse participer au pe»lerinage, qui part à 08h00 de l’église paroissiale d’Orsières pour arriver à La Rosie»re. A 10h00 a lieu la messe a» la chapelle Sainte-Anne à La Rosie»re, animée par l’Echo du Mont-Brun, venu de la localité voisine du Châble, suivie d’un apéritif et d’un repas populaire». (cath.ch/be)

Bienheureux Maurice Tornay, chanoine du Grand-Saint-Bernard, missionnaire en Chine | DR
6 août 2019 | 17:00
par Jacques Berset
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