Ils dénoncent les «crimes contre l'humanité» commis par «l'Etat islamique»
Liban: Les chefs des Eglises orientales demandent «l’éradication» des terroristes de Daech
Bkerké/Liban, 28 août 2014 (Apic) Les patriarches et les chefs des Eglises orientales demandent «l’éradication» des mouvements terroristes, notamment de Daech, qui se fait appeler désormais «l’Etat islamique». Dans une déclaration publiée à l’issue de leur assemblée au siège du patriarcat maronite à Bkerké, une localité située à 25 kilomètres au nord de Beyrouth, ils ont dénoncé le 27 août les «crimes contre l’humanité» commis par «l’Etat islamique» contre les chrétiens, les yézidis et les autres minorités en Irak.
Les patriarches réclament une intervention décidée pour arrêter les «actions criminelles» de ces bandes armées. Ils demandent en particulier aux responsables musulmans dans le monde de se prononcer contre «Daech» et les groupes similaires. Dans un communiqué publié le 28 août, ils soulignent qu’il est urgent de stopper les courants takfiristes. «Les Etats arabes et musulmans ne peuvent pas rester silencieux face à ces terroristes fondamentalistes qui portent atteinte de manière considérable à l’image de l’islam dans le monde».
Dénoncer les financiers des groupes terroristes
Les dirigeants religieux chrétiens les appellent à émettre des fatwas, mais aussi à faire pression par la force sur les bailleurs de fonds de ces groupes terroristes, sur les trafiquants d’armes et sur ceux qui les entraînent. C’est aussi le devoir de la communauté internationale, qui a ses responsabilités dans cette catastrophe. Les patriarches et chefs des Eglises orientales étaient réunis le 27 août à Bkerké, siège du Patriarcat maronite au Liban, pour discuter de la situation des chrétiens dans la région et de l’échéance présidentielle.
Dans un communiqué, ils ont appelé la communauté internationale à assumer ses responsabilités dans l’éradication des mouvements terroristes, et en particulier de l’Etat islamique en Irak. Etaient présents à Bkerké les patriarches maronite Béchara Raï, arménien-catholique Nersès Bedros XIX, syriaque-catholique Ignace Youssef III Younan, chaldéen Louis Raphaël Ier Sako, syriaque-orthodoxe Ephrem II Karim, arménien-orthodoxe Aram Ier Kéchichian, grec-catholique Grégoire III Laham, ainsi que le chef de l’Eglise évangélique, le pasteur Sélim Sahiouni, et un représentant de l’Eglise grecque-orthodoxe.
Les participants ont été rejoints par le nonce apostolique, Mgr Gabriele Caccia, ainsi que par les ambassadeurs des Etats-Unis, de Russie et de Grande-Bretagne, et par le représentant personnel du secrétaire général de l’ONU au Liban. Les premiers conseillers à l’ambassade de France et de Chine sont également venus.
Une identité historique et une culture glorieuse risquent de disparaître
Les signataires insistent sur la gravité de l’agression qui menace la présence chrétienne dans plusieurs pays, notamment en Egypte, en Syrie et en Irak. A Mossoul et dans la Plaine de Ninive, les lieux de culte ont été violés, les maisons dynamitées, les routes pavées de mines. «C’est une identité historique et une culture glorieuse qui risquent de disparaître».
Les chefs des Eglises chrétiennes remercient le Kurdistan qui a offert aux réfugiés une aide humanitaire, morale, spirituelle et matérielle. En revanche, ils déplorent l’absence d’une position unifiée au niveau régional et estiment que l’attitude de la communauté internationale reste tiède face à cette tragédie humaine. «Or l’hiver frappe aux portes».
Les chefs des Eglises orientales demandent la séparation entre la religion et l’Etat
Pour les chefs des Eglises chrétiennes au Moyen-Orient, il s’agit de s’attaquer à la racine des problèmes. Ils préconisent la séparation entre la religion et l’Etat et l’édification d’Etats civils modernes fondés sur l’égalité, la justice, le respect de la dignité de chaque citoyen, la liberté d’expression, de culte et de croyance, et la préservation des lieux sacrés et du patrimoine.
«Ce n’est qu’à ce moment-là que la religion ne régnera plus sur la politique, que l’autorité politique ne sera plus exploitée au service de la religion et ses intérêts, et que le corpus religieux ne pourra plus dominer les exigences de la modernité».
Encadré
Dénonçant l’agression contre les chrétiens, qui menace la présence chrétienne dans plusieurs pays, notamment dans le monde arabe, et plus particulièrement en Egypte, en Syrie et en Irak, les chefs des Eglises chrétiennes orientales rappellent les «crimes odieux qui les poussent à émigrer arbitrairement de leurs pays, dont ils sont des citoyens de souche depuis deux mille ans».
Ils déplorent que les sociétés islamiques et arabes soient ainsi privées d’une richesse humaine, culturelle, scientifique, économique et nationale importante. Cela est fort douloureux, mais ce qui l’est encore plus reste le silence face à ce qui se produit et l’absence d’une position unifiée au plan régional de la part des autorités de référence influentes dans le monde, notamment islamiques, spirituelles, politiques, ainsi que la position internationale tiède vis-à-vis de ces événements».
«La grande catastrophe s’est abattue aujourd’hui sur les chrétiens d’Irak, ceux de Mossoul et les 13 villages de la Plaine de Ninive, ainsi que sur les yézidis et d’autres minorités». Ils ont été déracinés de leurs maisons par ce qui est appelé ‘l’Etat islamique – Daech’ et ils ont dû fuir, terrorisés, laissant tout derrière eux. «Le sanctuaire de leurs églises, leurs mosquées et leurs lieux de culte ont été violés, leurs maisons dynamitées, leurs routes pavées de mines. Leur nombre avant l’exode était de 120’000, et 60’000 d’entre eux sont aujourd’hui déplacés dans le mohafazat d’Erbil et 50’000 dans le mohafazat de Dohouk», écrivent-ils. Ils expriment à cette occasion leurs remerciements profonds à ceux qui les ont accueillis dans la région du Kurdistan «et qui leur ont offert une aide humanitaire, morale, spirituelle et matérielle».
«La tragédie humaine qui a frappé les chrétiens d’Irak, les yézidis et les autres parmi ceux qui ont été chassés de leurs maisons, devrait pousser la communauté internationale et l’Union européenne, en coordination avec le gouvernement central irakien et celui de la région du Kurdistan, à faciliter le retour des déplacés dans leurs villages et leurs maisons à Mossoul et dans la Plaine de Ninive. Ils doivent assurer la sécurité à ces villages, avec des garanties internationales et locales des deux gouvernements de Bagdad et du Kurdistan, «pour qu’ils ne soient pas évincés de leur terre, et pour que leur identité historique et leur culture glorieuse ne disparaissent pas».
Chrétiens et musulmans ont vécu ensemble durant 1’400 ans. Les chrétiens ont toujours été les vecteurs de la renaissance et des bâtisseurs. Ils «ont diffusé une culture de la diversité, de l’ouverture et du respect de l’autre, de la coopération avec lui, ainsi que les valeurs de la citoyenneté, et ont consolidé les libertés publiques et les droits de l’homme. Ils ont vécu dans leurs patries avec sagesse et perspicacité, ont respecté les autorités politiques et se sont soumis aux Constitutions et aux lois. Ils ont été des citoyens modèles et se sont gagné le respect des rois, des princes et des dirigeants». (apic/radvat/orj/com/be)



