Ils étaient poursuivis pour «atteinte aux préceptes de l’Islam»
Algérie: Relaxe de huit jeunes n’ayant pas respecté le ramadan
Alger, 8 novembre 2010 (Apic) Huit personnes, interpellées, puis jugées en Kabylie, à l’Est de l’Algérie, pour n’avoir pas observé le jeûne pendant le mois de ramadan, en août dernier, ont été relaxés, aujourd’hui lundi, a rapporté l’agence France presse (AFP).
Les prévenus qui étaient poursuivis pour «atteinte aux préceptes de l’islam», encouraient une de deux à cinq ans de prison. Le procureur avait demandé «l’application de la loi». Ils avaient été interpellés fin août par la police dans un centre commercial de la localité d’Ighzer Amokrane, à une dizaine de kilomètres d’Akbou, près de Béjaïa, en Kabylie, alors qu’ils buvaient du café dans un local commercial fermé.
Selon des défenseurs des droits de l’Homme présents au procès, lundi matin, le tribunal correctionnel d’Akbou les a libérés. «Ils ont été relaxés», a déclaré à l’AFP, par téléphone un responsable de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme, Said Salhi.
La neuvième personne déférée devant le tribunal, un jeûneur qui se trouvait dans le centre commercial, «avait pris la fuite, pris de peur». Il a finalement témoigné sans être inculpé, a souligné l’un de leurs avocats, Abderrezak Ammar-Khodj. Un seul des inculpés, le propriétaire des locaux, était resté incarcéré jusqu’au 6 septembre.
«Nous sommes très satisfaits, car il s’agit d’un très bon jugement, c’est un acquis», s’est félicité l’avocat. «S’il n’y avait pas eu de mobilisation, ils auraient été condamnés», a-t-il estimé. Conformément à l’Article 36 de la Constitution algérienne sur la liberté de conscience et d’opinion, un collectif d’avocats s’est constitué pour les défendre.
Le responsable du Collectif SOS Libertés, un groupe de défense des libertés, notamment celles religieuses, Arezki Aït-Larki, s’est aussi félicité du dénouement et de la sérénité des débats. «Le droit et la loi ont prévalu», a-t-il déclaré.
Le procès a eu lieu dans une salle du tribunal archicomble, alors qu’environ 200 militants des droits de l’homme, hommes politiques, élus et simples citoyens attendaient le verdict dehors sous une pluie battante.
Procès nombreux en Algérie
Au cours de ces derniers, de nombreux procès pour «non respect des préceptes de l’islam» ont eu lieu contre des Algériens, particulièrement ceux de confession chrétienne. Le dernier en date était celui d’un jeune Fares Bouchouata. Jugé à la mi-octobre, il a écopé de deux ans de prison ferme et frappé d’une amende de 100’000 dinars (1’339,68 CHF) pour n’avoir pas jeûné fin août durant le ramadan à Oum El Bouagui, à environ 500 km au sud-est d’Alger, selon la presse. Le procureur avait ensuite indiqué, selon le journal Al-Watan Week-end, qu’il avait aussi été condamné pour destruction de bien d’autrui en ayant cogné sa tête contre une vitre du commissariat qu’il avait brisée.
En revanche, deux chrétiens non jeûneurs avaient été relaxés le 5 octobre à Ain el Hammam (est) alors que le procureur avait requis trois ans de prison ferme.
Le 28 novembre prochain, le procès de quatre convertis au protestantisme, poursuivis pour «ouverture illégale d’un lieu de culte» aura lieu à Larbaâ Nath Irathen, près de Tizi Ouzou, en Kabylie.
Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia avait déclaré le 21 octobre devant l’Assemblée nationale que la liberté de culte sera «toujours garantie» en Algérie, où l’islam est religion d’Etat. (apic/ibc/js)



