Sénégal : Le président déclenche une polémique après une remarque sur les catholiques
«Ils manquent de reconnaissance», affirme-t-il
Dakar, 13 décembre 2009 (Apic) Le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, a déclenché une vive polémique dans le pays, en regrettant la semaine dernière, dans des propos publics, «le manque de reconnaissance» des chrétiens (catholiques) à son égard. Le 29 novembre dernier, la Conférence épiscopale interterritoriale (CEI) du Sénégal, du Cap-Vert, de la Guinée-Bissau, et de la Mauritanie, réunie à Kolda (sud) pour sa première plénière de l’année 2009-2010, s’était déclarée émue de la situation politique, économique et sociale du Sénégal et des autres pays africains.
A cette occasion, la CEI avait estimé que «ceux qui sont au pouvoir doivent penser que la politique, c’est également la gestion de la Cité, mais pas seulement gagner des élections». Le Sénégal est en campagne électorale précoce, pour une élection présidentielle qui n’aura lieu qu’en 2012.
Sans faire allusion à cette déclaration de la CEI, le président Wade s’est offusqué, samedi 4 décembre 2009, lors d’une cérémonie populaire de pose de première pierre d’une grande mosquée de la confrérie des mourides à Dakar à laquelle il appartient, du «manque de considération des chrétiens à son égard».
«Ce que j’ai fait pour les chrétiens, ils ne l’ont pas dit. Je pouvais ne pas le faire, car j’ai pris cet argent de ma propre poche. Ce n’est pas l’argent du pays. Je l’ai fait, car c’est la vie qui est ainsi. J’aide les chrétiens de la même manière que les autres confessions», avait indiqué le président Wade.
En réplique, Abdoulaye Bathily, secrétaire général de la Ligue démocratique (LD, opposition) a déclaré à un quotidien local, Kotch, qu’«il (le président Wade) a tort de s’attaquer aux catholiques». Le Parti africain pour la démocratie et le socialisme (AJ/PADS, tendance originelle) a aussi dénoncé les propos du président Wade contre les catholiques.
Réaction virulente de certains chrétiens
La réaction la plus virulente est celle de l’abbé André Latyr Ndiaye, curé de la paroisse de l’île de Gorée, située à trois kilomètres aux larges de Dakar. Dans une «lettre ouverte» au président Wade, publiée hier samedi 11 décembre par plusieurs quotidiens sénégalais, il écrit en substance : «se désoler ou s’indigner de ne pas recevoir assez de marque de reconnaissance (de l’Eglise) relève de la vantardise et d’une boulimie de louanges».
«Les chrétiens n’ont aucune dette de reconnaissance envers personne, sinon qu’à Dieu seul», ajoutant que «l’orgueil pue dans les chaudières des paysans comme dans les palais des rois».
Pour l’abbé André Latyr Ndiaye, «le bien ne fait de bruit et le bruit ne fait pas de bien». «La tâche urgente de l’Eglise est de dénoncer la corruption et la tortuosité qui est sa fille, partout où elles se dissimulent ad-extra comme ad-intra», a-t-il poursuivi, notant que «l’Eglise dit non au culte de la personne qui la contraindrait à renoncer à son devoir de dire la vérité».
«Si la communauté chrétienne du Sénégal a une dette envers quelqu’un, c’est uniquement celle (la dette) de lui dire la vérité à temps et à contretemps, la dette de l’aider à tuer les poux et les cafards qui ont envahis le coins et recoins des caves, des cuisines, des armoires (…)», a-t-il souligné, dans une allusion claire à la corruption dans le pays.
Le 28 novembre dernier, lors d’un sermon prononcé après la prière de la fête de l’Aïd el Addah ou fête de mouton, un imam sénégalais de Thiès (70 km nord de Dakar), Tamsir Ndiour, avait rendu hommage, au hommage appuyé à l’Eglise catholique du Sénégal dont les guides, avait-il dit, sont « les seuls à s’inquiéter de conditions de vie difficiles des populations du pays». Il a regretté que les chefs religieux n’aient pas le même engagement. (apic/ibc/js)




