Ils veulent tuer les «chiens chrétiens»
Syrie: Les jihadistes étrangers s’en prennent tant aux chrétiens qu’aux musulmans modérés
Qara, 28 novembre 2013 (Apic) Dans la région montagneuse de Qalamoun, non loin de la frontière libanaise, les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) ont dû battre en retraite face aux éléments armés étrangers appartenant à la mouvance de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et du Front Al-Nosra. Ces groupes islamistes, qui reculent actuellement face aux assauts de l’armée gouvernementale, s’en prennent tant aux minorités chrétiennes de la région qu’aux musulmans modérés, dénonce le Père George Louis, curé gréco-catholique de Saint Michel de Qara.
Jeudi 28 novembre 2013, l’armée gouvernementale syrienne était en mesure de reprendre le bourg de Deir Attiya, contrôlé par les jihadistes, après avoir reconquis la semaine dernière la ville de Qara, bloquant ainsi l’accès des rebelles à la ville d’Ersal, au Liban, base arrière de nombreux groupes armés. Cette localité sunnite a, dès le début du conflit, servi de base arrière aux rebelles syriens, qui y trouvent ravitaillement, armes et soins médicaux.
Partout le même modèle: ils tuent, brûlent et portent la dévastation
«Maaloula, Sednaya, Sadad, puis Qara et Deir Attiya, maintenant Nebek. Les jihadistes armés appliquent un même modèle: ils prennent pour cible un village, l’envahissent, tuent, brûlent et portent la dévastation. Pour les civils, chrétiens ou non, la vie est toujours plus difficile», déclare le prêtre gréco-catholique à l’agence d’information vaticane Fides, qui publie son témoignage le 28 novembre.
Avant l’arrivée des combattants islamistes, la petite minorité chrétienne de Qara vivait en harmonie avec les quelque 25’000 sunnites de la localité. «Les miliciens étrangers agissent hors de tout contrôle de nos compatriotes syriens de l’Armée syrienne libre (ASL), qui sont respectueux de tous et ne veulent pas réduire en cendres l’ensemble du pays. Ceux-là malheureusement, dans de nombreux cas, ont dû battre en retraite face aux groupes armés étrangers».
L’armée, appuyée par les miliciens du Hezbollah libanais et des miliciens chiites irakiens, est en passe de reconquérir cette région clé par où passaient jusqu’à présent armes et munitions destinées aux rebelles. La ville de Qara a été dévastée et incendiée après l’invasion de la ville par les jihadistes le 16 novembre dernier.
Avant l’arrivée des jihadistes, la bourgade vivait sans conflit
Pendant des mois, la bourgade avait vécu dans une situation de statu quo particulière, dans un régime de semi autonomie avec l’accord tacite des Syriens de l’ASL et de l’armée régulière. «Il n’y avait pas de conflit, même si la petite ville se trouvait sous le contrôle des rebelles. L’Etat continuait par ailleurs à fournir l’énergie électrique, l’eau et les services à la population».
Mais le 16 novembre, raconte le Père Louis, plus de 3’000 jihadistes sont arrivés de la ville libanaise d’Ersal et ont envahi les lieux, les transformant en champ de bataille. Les miliciens de l’ASL, en minorité, se sont retirés. La population a commencé à fuir. Environ 6’000 personnes ont fui immédiatement en direction des villes et villages voisins. «Mais la communauté chrétienne de Qara, rassemblée au centre ville, ne voulait pas bouger», explique le prêtre.
«On n’arrivait pas à comprendre quelle était leur nationalité»
«Des tirs de roquette ont commencé contre les maisons et dans les rues. Avec environ 35 familles chrétiennes, nous nous sommes réfugiés dans l’église pour prier. La grille de l’église a été touchée et a sauté. Des combattants armés au visage masqué sont entrés. Ils avaient les cheveux longs, n’étaient pas Syriens et l’on n’arrivait pas à comprendre quelle était leur nationalité. Ils ont déclaré vouloir nous tuer tous, car nous étions des chiens chrétiens. Ils ont également menacé de brûler ce ‘lieu idolâtre’. A ce moment-là, l’un des paroissiens, Emile, parlant en arabe, a commencé avec courage à parlementer avec le chef du groupe en citant des versets du Coran, disant que l’islam respecte les chrétiens et les autres minorités».
L’homme a répondu qu’il allait demander à son chef afin de décider du sort des otages et a conduit ses hommes hors de l’édifice. Entre temps, le prêtre et les fidèles sont sortis de l’église par une porte secondaire et tous se sont enfuis dans les ruelles du centre ville. Ils se sont dirigés vers l’autoroute et se sont unis à d’autres évacués, atteignant le village de Deir Attiya. Là, ils ont reçu une chaleureuse hospitalité de la part des chrétiens locaux, appartenant à d’autres confessions, témoigne le Père George Louis. Le curé et les fidèles grecs orthodoxes les ont accueillis avec une grande générosité.
Mosquées détruites, un avertissement des jihadistes aux musulmans modérés
Entre temps, Deir Attiya a également été pris pour cible par les jihadistes. Les miliciens ont alors commencé une chasse à l’homme et ont retenu les chrétiens en otages. «Nous nous sommes cachés dans les caves pendant quatre jours et quatre nuits sans eau, sans nourriture et sans électricité», raconte le Père Louis. «Après une nuit de prière, nous avons décidé de tenter la fuite. A 5 heures du matin, nous sommes parvenus à sortir. Grâce à une marche forcée de six heures dans de graves conditions de danger, nous sommes parvenus à Sadad, autre ville martyre. L’archevêque grec orthodoxe Selwanos Boutros Alnemeh et les fidèles qui sont rentrés dans la ville nous ont accueillis avec amour et bienveillance».
A Qara, la situation est dramatique Après des jours de combat, les ruines sont partout. De nombreuses maisons et rues ont été minées. L’église gréco-catholique de Saint-Michel a été dévastée et incendiée. D’autres églises catholiques et orthodoxes de Deir Attiya ont subi le même sort, ainsi qu’un certain nombre de mosquées. «Un avertissement pour les musulmans modérés», souligne le Père Louis, qui précise qu’il s’agit de combattants étrangers extrémistes «qui désirent seulement semer la haine et la violence sectaire, la destruction aveugle. Ils sont totalement dénués de respect envers les civils». (apic/fides/be)



