L’Eglise catholique renonce aux messes de minuit
Inde: A l’approche de Noël, les chrétiens d’Orissa craignent de nouvelles attaques
New Delhi, 19 décembre 2008 (Apic) Ces derniers jours, des groupes hindous radicaux, sous l’égide du Sangh Parivar, ont appelé à un bandh général (opération ville morte) dans l’Etat de l’Orissa le jour de Noël. Du coup, l’Eglise catholique renonce aux messes de minuit pour ne pas exposer les fidèles.
Les hindouistes réclament justice au gouvernement pour le meurtre du religieux hindou Swami Laxmanananda Saraswati. Bien qu’une organisation maoïste ait revendiqué l’assassinat du chef religieux, ils continuent d’accuser les chrétiens, qui subissent en représailles de violentes attaques depuis août dernier, rappelle l’agence «Eglises d’Asie».
Les journaux locaux ont rapporté que le ministre-président de l’Orissa, Naveen Patnaik, avait affirmé devant l’Assemblée législative de l’Etat, le 15 décembre, que le gouvernement n’autoriserait aucune bandh le jour de Noël: «Le gouvernement sévira contre quiconque tentera de perpétrer des violences.» Le lendemain de cette déclaration, un groupe hindouiste a annoncé, lors d’une conférence de presse à Bhubaneswar, capitale de l’Orissa, qu’il était déterminé à maintenir la manifestation.
Selon le quotidien The Hindu, le tout nouveau ministre fédéral de l’Intérieur, P. Chidambaram, s’était engagé, le 10 décembre dernier, auprès d’une délégation d’ecclésiastiques menée par Mgr Vincent Concessao, archevêque de Delhi, à ce que la sécurité des chrétiens de l’Orissa soit assurée. «Nous avons entendu beaucoup de promesses du même genre. Nous avons besoin de mesures concrètes», a commenté auprès de l’agence Ucanews, le 16 décembre dernier, Mgr Raphaël Cheenath, archevêque de Cuttack-Bhubaneswar, à propos des différentes déclarations des autorités de l’Etat. Son archidiocèse comprend le district de Kandhamal, épicentre des sept semaines de violences perpétrées par les hindouistes contre les chrétiens depuis août.
Ce sont les mêmes revendications qu’exprime par une grève de la faim un chrétien de New Delhi, afin d’amener le gouvernement à rétablir la paix en Orissa. Emmené de force à l’hôpital par la police le 18 décembre, après une semaine de jeûne, Rajiv Joseph, le président du Front des minorités indiennes, a refusé de s’alimenter. Il a demandé que des forces de sécurité soient envoyées en Orissa pour protéger les chrétiens et que le gouvernement empêche la manifestation générale programmée par les hindouistes. Selon Ucanews, il a déclaré refuser «le double langage» des autorités de l’Orissa comme celui du gouvernement fédéral et vouloir «des actes, pas des promesses».
Un Noël 2007 endeuillé au Kandhamal
Il y a un an, au Kandhamal, les fêtes de Noël avaient été endeuillées par les attaques des hindouistes menées contre les chrétiens, qui avaient tué onze personnes, fait de nombreux blessés et détruit des centaines d’églises. Il s’agissait du même scénario: un bandh avait été annoncé pour les 25 et 26 décembre. Les responsables chrétiens en avaient averti les autorités, lesquelles n’avaient pris aucune mesure.
Afin d’éviter un nouveau «Black Christmas», les paroisses catholiques dans l’ensemble de l’Etat «termineront toutes les festivités de Noël le soir du 24 décembre», annonce le P. Philip Joseph. «Il n’y aura pas de messe de minuit et seulement quelques messes le matin de Noël». Le P. Joseph précise que l’Eglise n’a pris aucune «décision officielle» sur le sujet, mais elle «ne veut pas exposer les fidèles au danger». (apic/eda/bb)



