Le Conseil des Eglises soutient les opposants

Inde: Campagne contre la construction du barrage de la vallée du Narmada

New Delhi, 18 août 1999 (APIC) Le Conseil national des Eglises de l’Inde (NCCI), soutient la campagne contre un projet de barrage – le plus grand au monde – dans la vallée du Narmada à l’ouest du pays. La position du NCCI apporte de l’eau au moulin des milliers d’opposants. Nombre d’entre eux ont récemment menacé de se noyer en signe de protestation contre ce projet. Selon eux, ce seront principalement des populations tribales et des Dalits qui seront affectés par la construction du barrage – le dernier d’une série de 30 barrages le long du fleuve Narmada.

La semaine dernière, la police a arrêté 61 manifestants conduits par Medha Patkar, fondatrice du Narmada Bachao Andolan (NBA, Mouvement de sauvegarde du Narmada), qui, regroupés dans une cabane d’un village de la vallée, avaient de l’eau jusqu’à la taille et risquaient de se noyer en raison de la montée des eaux provoquée par les pluies de la mousson et la construction du dernier barrage du projet.

La campagne contre le projet (Sardar Sarovar) plus connu comme celui du barrage de Narmada, et considéré comme l’un des plus coûteux de cette sorte au monde, se poursuit depuis 14 ans. Au début, le projet avait reçu des fonds de la Banque mondiale, mais celle-ci a retiré son appui financier il y a six ans après la campagne du NBA. Les protestations ont atteint leur point culminant après une décision de la Cour suprême de l’Inde, en février dernier. Celle-ci a autorisé l’Etat du Qujarat à surélever les parois du barrage de Sardar Sarovar et à les porter à une hauteur de 88 mètres. Or ces parois étaient de 81 mètres lorsque les travaux ont été stoppés en 1994 sur ordre du tribunal qui avait été saisi de la plainte du NBA.

Selon le NBA, 66 villages seront submergés et 12’000 personnes seront déplacées à cause de cette décision d’élever la hauteur du barrage à 88 mètres. D’après les militants, plus d’un million de personnes, pour la plupart membres de tribus locales, seront chassées de leurs foyers dans le cadre du projet général. Quant au gouvernement, il affirme que «seulement» 200’000 personnes seront touchées.

Ressources naturelles englouties

Arundhati Roy, âgée de 36 ans et auteur d’un best-seller, «The God of Small Things», qui a obtenu le Prix «Booker» en 1997, milite activement contre le projet. A la fin du mois dernier, elle a organisé une marche d’une semaine pour défendre la vallée, entraînant 300 militants et journalistes dans la zone qui devrait être inondée. Elle a aussi reversé la somme reçue grâce à ce Prix – 37 000 dollars – pour la lutte de la population de cette région.

Le Conseil national des Eglises de l’Inde, qui regroupe 29 Eglises protestantes et orthodoxes, a délégué deux représentants à ce rassemblement. Le mois dernier, le Conseil a aussi publié une déclaration exprimant sa solidarité avec la lutte du NBA et les personnes affectées par ce projet.

«En se déversant, les eaux engloutiront les ressources naturelles – terres, rivières et forêts – et affecteront la survie, la religion et la culture des tribus adivasis. La capacité de survivre des gens sera gravement réduite, et les conséquences causeront de grandes destructions en raison de la transformation topographique de la vallée par suite de la réalisation du projet», poursuit le Conseil qui exhorte les «gens d’autres religions à s’associer à la lutte de la population de la région».

Au mépris des gens

Malgré des années de protestations, le barrage est maintenant une réalité. Les habitants des villages vont perdre leurs maisons, leur terres et leurs moyens de subsistance. «Leur survie est en jeu, estime le prêtre catholique, Thomas Kocherry, président de l’Alliance des mouvements populaires. Il accuse le gouvernement indien de «ne pas agir comme il le devrait: L’analyse coûts-avantages du projet du Narmada montre que ce projet favorise une minorité. La majorité – les tribus adivasis et les Dalits – va souffrir de la prospérité des classes urbaines moyennes. Les gens ont fait entendre leur voix. Ce qui est triste, c’est qu’il n’y a eu aucune réaction de la part de la classe dirigeante et des tribunaux – comme s’ils étaient dépourvus de tout sentiment humain pour répondre à une telle situation». (apic/eni/pr)

18 août 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!