Sous la pression des extrémistes hindous
Inde: Chrétiens refusés dans des hôtels et commerces dans l’Etat d’Orissa
New Delhi, 18 septembre 2005 (Apic) Des chrétiens sont régulièrement refusés dans certains hôtels et commerces du district de Deogarh, dans l’Etat indien d’Orissa. Leurs propriétaires affirment qu’ils doivent obéir à l’interdiction d’accueillir des non-hindous imposée par des extrémistes
Les responsables des Eglises chrétiennes en Orissa sont inquiets de voir certains commerçants être obligés, sous la pression d’extrémistes hindous, de refuser l’entrée de leurs établissements aux chrétiens, relève l’agence d’information «Eglises d’Asie». Le pasteur Samuel Kumar, de l’Eglise baptiste, affirme que certains hôtels et coiffeurs de la ville de Deogarh ont refusé d’accueillir ou de servir les chrétiens ces derniers six mois. Le district de Deogarh, peuplé de 2,74 millions d’habitants, compte 10’000 chrétiens de différentes dénominations, dont environ 4’000 catholiques.
Junas Kumar Mishra, propriétaire d’un hôtel, a déclaré à l’agence Ucanews n’accueillir dans son établissement que des hindous. Dans ce district à prédominance hindoue, connu pour être très attaché au système des castes, a expliqué Junas Kumar Mishra, il n’y a pas d’autre choix que d’obéir à l’interdiction d’accueillir des non-hindous imposée par certains hindous. Hindou lui-même, Junas Kumar Mishra appartient à une haute caste. Selon lui, seulement cinq hôtels et deux commerces ont obéi aux extrémistes. Ces établissements pourraient ne plus pouvoir travailler s’ils désobéissaient à l’interdit, a-t-il ajouté, car, dans ce cas, les hindous non seulement boycotteraient ces lieux, mais ils les attaqueraient pour les détruire. Interrogée à ce sujet, la police locale a affirmé ne rien savoir de ce boycott et a promis de s’informer.
Une véritable «discrimination inhumaine»
Un autre pasteur baptiste, le Rév. Kujur, indique que les responsables des hôtels et des coiffeurs demandent l’identité des gens avant de les recevoir et signifient aux chrétiens qu’ils ne sont pas les bienvenus. Ce boycott est une véritable «discrimination inhumaine», souligne-t-il. Un prêtre catholique a fait la même expérience. Le Père Ratikant Ranjit a quitté la ville, «écoeuré», en févier dernier. Prêtre de l’archidiocèse de Cuttack-Bhunaneswar, il venait d’être nommé à Deogarh. Il s’est vu refuser l’entrée d’un restaurant. Plus tard, un coiffeur le refoula de la même façon. Le Père Ranjit voulut questionner les commerçants sur la discrimination qui lui était faite, mais des hindous présents sur les lieux lui demandèrent de quitter les lieux «sans faire d’histoire». Inquiet de voir sa présence risquer de provoquer des échauffourées, il obtempéra.
Pour Mgr Christo Charan Das, évêque de Sambalpur au sein de l’Eglise protestante du Nord de l’Inde, ce boycott constitue une violation caractérisée de la Constitution indienne. Le Père Paul Unandanparambil, curé de la paroisse catholique de Deogarh, qualifie ce boycott d’»immense honte» et précise que les responsables chrétiens dans la région sont d’accord pour porter le cas devant les autorités. Un groupe de chrétiens prépare un dossier pour une action en justice contre les commerçants qui imposent cette exclusion.
Des responsables non chrétiens ont eux aussi condamné la discrimination faite aux chrétiens à Deogarh. L’un d’entre eux, Ahamad Khan, un responsable musulman, souligne qu’elle pourrait aussi bien s’étendre à d’autres communautés religieuses. Rahul Chandra Bage, engagé dans la défense des causes sociales, veut saisir la Commission des droits de l’homme de l’Etat d’Orissa. (apic/eda/bb)



