Un statut sacré remis en question
Inde : Comment améliorer le sort de 35 millions des veuves indiennes ?
New Delhi, 16 mars 1999 (APIC) Le sort de 35 millions de veuves en Inde et les moyens d’améliorer leur situation préoccupent les diverses communautés religieuses de l’Inde. Plus de cent militantes – dont des chrétiennes – ainsi que des juristes et des représentants du gouvernement indien viennent d’assister à New Delhi à un séminaire sur ce thème. Un séminaire organisé par «Guild of Service», en coopération avec le Programme des femmes protestantes, dirigé par Jyotsna Chatterji, de l’Eglise de l’Inde du Nord.
Moins d’un an après son mariage, Anima, qui n’avait que 16 ans, se retrouva veuve. Ses beaux-parents, la rendant responsable de la mort prématurée de son mari, la chassèrent du domicile conjugal et ses propres parents refusèrent qu’elle revienne vivre chez eux. Finalement, la jeune Anima décida de partir de sa ville natale au Bengale-Occidental, à environ 1’500 kilomètres de là, dans la ville sainte de Vrindavan – lieu de naissance mythique du Dieu hindou Krishna. Aujourd’hui, âgée de 32 ans, elle y réside depuis 12 ans, avec quelque 20’000 autres veuves qui, comme elle, mènent une «vie sainte» dans la ville et celle, voisine, de Mathura – à 150 kilomètres au sud de New Delhi – en chantant des bhajans (cantiques) dans les temples et en mendiant dans les rues jusqu’à ce que la mort les libère enfin du statut méprisé de veuvage.
Le statut sacré traditionnel reconnu aux veuves dans les villes saintes hindoues comme Vrindavan a, au cours des années, donné aux familles une raison pour les chasser de leur maison. Si une femme indienne perd son époux, sa vie bascule complètement, même si elle n’est pas obligée de quitter son foyer. Portant un sari blanc, la tête tonsurée, la veuve – quel que soit son âge – n’a pas le droit de se remarier et elle est condamnée à mener une vie soumise, souvent méprisée et négligée par sa famille.
Sonia Gandhi contre les préjugés
«Les veuves sont considérées comme porteuses de malheur – leurs familles les fuient et les rejettent», a lancé à l’ouverture du Congrès, Sonia Gandhi, d’origine italienne, épouse de Rajiv Gandhi devenu Premier ministre en 1984, et tué lors d’un attentat à la bombe en 1991. «Les pires de ces pratiques font heureusement partie du passé», a-t-elle poursuivi, en faisant référence à l’arrêt du «suttee», selon lequel les veuves devaient se jeter – ou étaient poussées – sur le bûcher funéraire de leur mari. Sonia Gandhi a poursuivi: «Il y a des secteurs de la société ou de tels préjugés persistent. Les veuves n’y sont pas traitées avec plus de respect ni de sympathie qu’auparavant. Changer les mentalités est donc notre priorité. Nous devons nous élever contre la discrimination et les pratiques culturelles oppressives.
Une tradition «sacrée»
Un dirigeant religieux hindou, Jagat Gourou Sankaracharya, l’un des cinq hindous de haut rang assistant au séminaire, a choqué les participantes en affirmant que «cette tradition est sacrée. Selon celle-ci, les veuves doivent mener une vie de sacrifice.»
Aux militantes qui lui demandaient pourquoi les jeunes veuves ne pouvaient pas se remarier et étaient obligées de se morfondre comme des «objets qui n’ont plus aucune utilité», il a répondu que les Ecritures hindoues «ne peuvent pas être modifiées selon les fantaisies des gens».
Jyotsna Chatterji, secrétaire de la Commission «Religions et vie» de l’Eglise protestante de l’Inde du Nord, lui a répliqué. «La société indienne a toujours conféré un statut social à la femme par le biais de l’homme». C’est pourquoi, en l’absence de l’homme, la femme devient une «non-entité», ce qui est contraire au respect dû à toute femme. Un respect que toutes les religions du monde devraient promouvoir. (apic/eni/aa/ba)



