Un remède: l’alphabétisation
Inde: Démographique galopante
New Delhi, le 7 octobre (APIC) Selon les statisticiens et l’Organisation des Nations Unies la population indienne a atteint le chiffre d’un milliard, soit un sixième de la population mondiale. Les Eglises, qui admettent que la croissance démographique constitue un problème sérieux, estiment néanmoins que le gouvernement ne doit pas imposer des mesures de planification familiale. D’autant que rien n’empêche pour l’heure dans ce pays la terrible discrimination entre filles et garçons à la naissance. Au détriment des filles.
Pour les Eglises, la démographie est certes galopante. Mais il existe, insistent-elles aujourd’hui, d’autres remèdes que celles prônées par le gouvernement pour faire face au problème. L’un de ces remèdes, relèvent-elles, a pour nom «alphabétisation».
«Il faut freiner le taux de croissance démographique élevé, mais la contrainte ne doit pas être le moyen de réaliser cet objectif», a déclaré Ipe Joseph, secrétaire général du Conseil national des Eglises de l’Inde, qui groupe 19 Eglises protestantes et orthodoxes. «L’Eglise préconise la responsabilité des parents et leur liberté de décider du nombre de leurs enfants. Au lieu d’imposer aux Indiens des mesures de régulation contre leur gré», a continué Ipe Joseph, «le gouvernement devrait s’employer à convaincre les gens qu’ils devraient avoir des familles moins nombreuses. Une fois que les gens sont convaincus, ils se prennent en charge.»
Avec un taux de croissance de population d’environ 2% par an, un des plus élevés de la planète, l’Inde compte 16% de la population mondiale, même si elle n’occupe que 2% de la superficie totale de la terre. Les Nations Unies estiment que la population de l’Inde a atteint le chiffre d’un milliard le 15 août, jour de l’indépendance du pays.
Reconnaissant la nécessité de freiner l’accroissement de la population, l’évêque G. Emmanuel, président de l’Eglise évangélique luthérienne de l’Etat d’Andhra Pradesh, a déclaré que «seules les familles planifiées sont justes pour la société. Le gouvernement devrait informer les gens et les sensibiliser à ce problème».
«Le développement est la meilleure pilule»
«La croissance non contrôlée de la population engendre le chômage et met les services publics à rude épreuve», a ajouté Mgr Emmanuel, «si la tendance devait se poursuivre, le gouvernement ne pourrait plus prendre soin de sa population».
«Il est temps pour le clergé de monter en chaire afin de parler de ce problème», affirme pour sa part Jyotsna Chatterji, secrétaire aux Affaires nationales de l’Eglise de l’Inde du Nord, et militante des droits de la femme, «le développement est la meilleure pilule pour la régulation de la croissance démographique. Lorsqu’il y a diminution de l’analphabétisme, en particulier parmi les femmes, une amélioration des soins de santé et des services sociaux, ce n’est plus un problème.»
Pour preuve de ce qu’elle avance, elle a cité l’exemple de l’Etat du Kerala qui compte 30 millions de citoyens et dont le taux de croissance de la population est passé à celui de la reproduction, c’est-à-dire que le nombre des naissances ne dépasse pas le nombre des décès. Le taux d’alphabétisation est de 87% chez les femmes (la moyenne nationale est de 30%). Les effets de la diminution du taux de croissance ont entraîné la fermeture de dizaines d’écoles au Kerala.
Jyotsna Chatterji, a rappelé qu’en 1951, l’Inde était l’un des premiers pays à lancer un programme de planification familiale, en recommandant aux familles de n’avoir que deux enfants. Pourtant, dit-elle, cette campagne «négative et coercitive» n’a pas obtenu les résultats escomptés.
Avortement: feu vert à l’élimination des filles
En 1971, l’Inde a aussi légalisé l’avortement comme mesure de régulation de la population. Une telle action, a fait remarquer Jyotsna Chatterji, avait fait «plus de tort que de bien». Aucune restriction n’ayant été imposée, cette mesure avait permis aux parents de se débarrasser de fœtus non désirés, dans un pays ou les filles sont victimes de préjugés, et non de limiter le nombre d’enfants. Une étude effectuée à Mumbai (Bombay) a en effet montré que sur 8’000 avortements, 7’999 concernaient des fœtus de filles.
L’archevêque catholique Vincent Concessao, d’Agra, membre de la Commission justice, paix et développement de la Conférence épiscopale catholique , a précisé que «nous ne sommes pas opposés au contrôle de la croissance démographique. Dans un pays comme l’Inde, il y a certes des limites à ne pas dépasser, mais ne laissons pas le gouvernement dicter aux familles le nombre d’enfants qu’elles doivent avoir». Pour lui, il incombe aux parents de décider du nombre d’enfants qu’ils peuvent élever en tant que parents responsables. «Toute ingérence du gouvernement est contraire à la foi chrétienne.» (apic/eni/tg)




