Une pratique qui risque d’entraîner une grave crise

Inde: Des chrétiennes dénoncent l’avortement de foetus féminins

Bangalore, 27 juillet 2007 (Apic) Des militantes chrétiennes ont exprimé leur colère, affirmant que l’Inde connaît une grave crise sociale due à l’avortement ciblé des filles, après la découverte cette semaine de deux charniers de foetus féminins.

«C’est une situation dangereuse et, si elle se poursuit, les petites filles vont disparaître», a déploré T. Sabitha Swaraj, présidente du Conseil des chrétiennes de toute l’Inde, qui fait partie du Conseil national des Eglises de l’Inde. Elle s’est exprimée le 26 juillet, après que 40 crânes de foetus féminins eurent été découverts à Nayagarh, dans l’Etat d’Orissa, à l’est de l’Inde. Le même jour, le quotidien Times of India affirmait que des villageois de l’Etat du Haryana, dans le nord du pays, avaient aperçu 24 foetus féminins dans le lit de la rivière Krishnavati.

«Ce n’est pas un fait nouveau. Le foeticide existe depuis des années, mais les personnes qui sont impliquées là-dedans semblent agir de plus en plus effrontément», a déclaré Sabitha Swaraj à l’agence oecuménique ENI depuis son siège, à Hyderabad.

Le foeticide féminin accepté sans scrupules

Jyotsna Patro, une des responsables de l’Eglise de l’Inde du Nord (CNI) et déléguée indienne à la Conférence des femmes d’Eglise d’Asie, a déclaré au correspondant d’ENI depuis Beramapur, dans l’Orissa: «Le foeticide féminin est accepté avec de plus en plus de froideur. Les parents n’ont aucun scrupule à avorter d’un foetus de fille.» Cette ancienne présidente de la Communauté des Femmes de la CNI, a par ailleurs dit: «Aucune loi ne permettra d’améliorer la situation à moins que les vieux préjugés sur les filles ne changent.» Elle a ajouté : «Si les parents ne veulent pas que cela s’arrête, la situation empirera.»

En décembre, le gouvernement indien avait reconnu la gravité du foeticide féminin lorsque Renuka Chowdhury, ministre du Développement de la femme et de l’enfant, a admis que plus de 10 millions de filles avaient été tuées au cours des 20 dernières années, par foeticide et infanticide. «Qui a tué ces petites filles? Leurs propres parents», avait dénoncé la ministre lors d’un séminaire à Delhi.

Le fardeau de la dot

En raison de la préférence généralisée pour les garçons, découlant à la fois des préjugés sociaux et du fardeau que représente la dot des filles qui se marient, de nombreux parents avortent dès que le foetus est identifié comme étant celui d’une fille. Bien que la législation indienne interdise les tests de détermination du sexe, de nombreux docteurs non seulement les pratiquent, mais procèdent à l’avortement de foetus déjà vieux de plusieurs mois et font payer des sommes exorbitantes pour cette opération. Cette pratique sans scrupules contribuerait à déstabiliser les statistiques dans de nombreuses régions du nord de l’Inde, où moins de 800 filles naissent pour 1’000 garçons.

Selon la tradition hindoue, un père ne peut pas atteindre la «moksha» (le salut) s’il n’a pas de fils pour lui administrer les derniers sacrements. Cette sanction religieuse fait que les petites filles ne sont pas désirées et aurait encouragé le système de dot, qui réduit la fille à une responsabilité économique pour la famille.

La nouvelle présidente de l’Inde, Pratibha Patil a déclaré lors de son investiture, le 25 juillet, qu’elle souhaitait «éradiquer la malnutrition et les avortements des foetus féminins». (apic/eni/bb)

27 juillet 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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