Inde: Des Eglises condamnent la «commercialisation» de la religion chrétienne
Phénomène trop fréquent dans le pays
Shillong, Inde, 6 mai 2008 (Apic) Les responsables d’Eglise indiens présents à la réunion quadriennale du Conseil national des Eglises de l’Inde (NCCI), qui s’est tenu à Shillong, se sont élevés contre ce qu’ils considèrent comme une commercialisation croissante de la religion chrétienne.
Les Eglises se retrouvent contraintes de voir les gens essentiellement comme des clients individuels et la religion chrétienne est en train de devenir un produit à vendre, s’est lamenté l’évêque Dinesh Kumar Sahu, secrétaire général du Conseil national des Eglises de l’Inde, une organisation rassemblant des Eglises de tradition orthodoxe et protestante.
«Ce phénomène actuel s’exprime sous la forme d’une alliance contre nature entre l’évangélisation et le consumérisme», a regretté l’évêque Sahu, de l’Eglise de l’Inde du Nord. Il s’exprimait le 2 mai, au deuxième jour de l’Assemblée du Conseil, qui a pour thème «Ensemble dans la mission : renforcer les communautés paroissiales». L’évêque a ajouté : «Sur le marché des idées et de la persuasion religieuses, le confessionnalisme ’libre et concurrentiel’ est à l’opposé du concept même d’Eglise.»
Il s’est exprimé après une cérémonie d’ouverture haute en couleur qui a débuté par une parade constituée de centaines de chrétiens en costumes traditionnels à travers les rues de Shillong, capitale de l’Etat de Meghalaya, situé au nord-est de l’Inde, défilant jusqu’à l’église presbytérienne de Jaiaw. Plus de 270 délégués ont assisté à l’Assemblée qui s’est tenue du 1er au 5 mai à Shillong, ville coincée dans les contreforts de l’Himalaya entre le Bangladesh, le Bhoutan, la Birmanie (Myanmar) et la Chine.
«Les marchands de l’Evangile de prospérité causent beaucoup de tort en vendant l’Evangile à ceux qui cherchent le succès dans leur entreprise, leur travail et leurs examens», a déploré Kunchala Rajaratnam, ancien président du NCCI, dans un discours programme prononcé le 1er mai.
Outre cette «commercialisation sacrée», a ajouté Kunchala Rajaratnam, «nous sommes également confrontés à une laïcisation commerciale de la gestion de l’Eglise et de ses élections.» Il a affirmé que certaines personnes offraient des pots-de-vin pour pouvoir travailler au sein de l’Eglise.
Nécessité de la communauté paroissiale
Reconnaissant que ce phénomène ne concernait pas toutes les Eglises, Kunchala Rajaratnam, qui est directeur honoraire du Collège de théologie luthérien Gurukul, à Chennai (Madras), a souligné qu’en cédant à ces pratiques corrompues, les Eglises «abandonnaient leur droit moral à proclamer l’Evangile, invalidant de ce fait les droits juridiques que nous possédons.» La pauvreté étant le fléau de la société indienne, Kunchala Rajaratnam a exhorté les Eglises à être des modèles de développement pour l’Etat et la société civile.
Dans son discours prononcé à l’Assemblée réunie à Shillong, ville connue pour ses églises, l’évêque Jeyapaul David, président du NCCI, s’est également montré critique à l’égard de toute évangélisation qui ne respectait ou ne renforçait pas les communautés paroissiales.
«Beaucoup de gens veulent faire des disciples sans les intégrer dans une communauté de culte que l’on nomme église», a déclaré Mgr David, qui est à la tête du diocèse de Thirunelveli de l’Eglise de l’Inde du Sud. «Nous entendons dire que des croisades sont menées à travers le pays pour inviter les gens à accepter le Christ comme leur sauveur. Mais quand ils acceptent et se tournent vers le Christ, ils ne sont pas intégrés dans les communautés paroissiales.» (apic/eni/js)



