En Inde, la pauvreté conduit parfois au mariage précoce des enfants. Photo d'illustration | © Lucienne Bittar
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Inde, des missionnaires Verbite cherchent à prévenir les mariages d'enfants

Depuis plus d’une décennie, la Société du Verbe Divin lutte contre le mariage des enfants dans l’État indien du Maharashtra, dans le centre-ouest du pays, à travers sa commission Justice, Paix et Intégrité de la Création. Sa dernière campagne a été bien accueillie par les populations tribales auprès de qui elle est engagée.

Avec l’agence Fides

Anthropologue et sociologue, le Père John Singarayar est un missionnaire Verbite. Pour lui, les mariages précoces constituent «l’un des maux sociaux les plus tenaces de l’Inde», comme il l’a déclaré à l’agence Fides.

La commission Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC) de la province Verbita de Mumbai, fondée en collaboration avec l’archidiocèse de Bombay, a géré une campagne de sensibilisation porte-à-porte contre les mariages d’enfant, dans des zones non desservies par les services gouvernementaux et où les anciennes coutumes de la culture tribale prévalent souvent sur les dispositions légales. La campagne a duré un mois, a concerné dix-huit villages et touché plus de 100 familles.

Pauvreté et déscolarisation en amont

Les chiffres constatés par les missionnaires sont préoccupants. Une étude récente menée dans vingt villages indigènes Katkari a révélé que 111 garçons et 81 filles se sont mariés avant l’âge légal dans 258 familles. Les tribus Katkari sont confrontées à une grande pauvreté, aggravée par le manque de terres et la migration forcée pour trouver du travail. L’éducation des enfants est fragmentée et souvent interrompue, laissant les adolescents dans une situation de vulnérabilité. Dans ces conditions, les familles considèrent le mariage précoce comme inévitable.

La question des castes s’inscrit aussi dans ce contexte. «Nous avons trouvé des villages Katkari situés dans des localités habitées par des personnes appartenant à des castes supérieures, où les enfants Katkari sont exclus et se sentent indésirables», explique le Père Singarayar SVD. «À douze ou treize ans, la plupart des enfants ont complètement abandonné leur scolarité. C’est là que commence la véritable vulnérabilité», explique-t-il.

Accompagner et non juger

Ce qui distingue l’approche de la mission SVD, c’est son engagement à accompagner plutôt qu’à juger moralement. «Nous ne venons pas en tant qu’étrangers pour dire aux gens ce qu’ils doivent faire», affirme Manisha Kapare, femme Katkari et coordinatrice de la campagne au sein de la Janseva Society. «Nous nous asseyons à côté des familles, nous écoutons leurs difficultés et nous les aidons à voir les liens entre les mariages précoces et les souffrances qu’elles connaissent déjà: les filles qui meurent en couches, les enfants qui ne survivent pas, les jeunes couples pris au piège de la pauvreté.»

Les opérateurs SVD collaborent activement avec les fonctionnaires locaux et les chefs de village, jetant des ponts entre l’action sociale fondée sur la foi et la gouvernance locale, rendant ainsi la campagne beaucoup plus efficace.

Paix, Justice et intégrité de la Création: trois piliers

«C’est le travail du groupe Justice, paix et intégrité de la création», observe le Père John Singarayar. «La justice signifie s’attaquer aux structures qui bafouent la dignité humaine. La paix signifie créer des conditions dans lesquelles les familles n’ont pas à choisir entre la survie et le bien-être de leurs enfants. Et l’intégrité de la création inclut la protection de l’enfance elle-même comme sacrée.»

Durant la campagne, les bénévoles ont impliqué les personnes âgées, ont parlé séparément avec les jeunes et se sont adressés aux mères qui exercent souvent une influence silencieuse sur les décisions familiales. Ils ont expliqué que l’âge légal du mariage n’était pas une «simple règle bureaucratique» arbitraire, mais une garantie du bien-être humain.

Ils ont été bien accueillis, indique la congrégation des Verbites. Plusieurs personnes âgées des villages se sont engagées à décourager les mariages d’enfants au sein de leurs communautés. Trois familles ont reporté les mariages qu’elles avaient prévus, et des filles à qui l’on n’avait jamais demandé leur avis sur leur avenir ont dit vouloir poursuivre leurs études. (cath.ch/fides/lb)

En Inde, la pauvreté conduit parfois au mariage précoce des enfants. Photo d'illustration | © Lucienne Bittar
26 janvier 2026 | 11:56
par Lucienne Bittar
Temps de lecture : env. 3  min.
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