Une franche explication mutuelle
Inde: Dirigeants hindous et chrétiens du pays se sont rencontrés
New-Delhi 29 décembre 1998 (APIC) Malgré les violences exercées contre les chrétiens en Inde, les principaux dirigeants de mouvements hindous Bharatiya Janata Party (BJP) et du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) ont rencontré fin décembre une délégation des Eglises chrétiennes conduite par Mgr Alan de Lastic, président de la Conférence épiscopale catholique et du Forum des chrétiens unis pour les droits de l’homme.
Cette rencontre est un des résiltats de la protestation nationale massive des Eglises chrétiennes, le 4 décembre dernier, contre la multiplication des violences anti-chrétiennes dans le pays . Même si elle n’a pas débouché sur des résultats très concrets, la réunion a permis à chacune des parties d’exprimer sans fioritures sa manière de voir. D’autres réunions de ce type seront sans doute nécessaires pour progresser dans le dialogue.
Selon le communiqué commun publié à l’issue de la rencontre, des discussions très franches ont eu lieu autour des «perceptions et appréhensions» des parties en présence.
Griefs hindous contre les chrétiens
Le Père Ambrose Pinto, jésuite, directeur de l’Institut social indien de New Delhi, membre de la déléégation chrétienne, a estimé que «le débat entrepris est nécessaire bien que certaines manières de voir de la délégation hindoue l’ont surpris. Spécialement quand les chefs du RSS et du BJP jugent que «les activités des chrétiens en Inde sapent la culture hindoue du pays».
Toujours selon le Père Pinto, le secrétaire général-adjoint du RSS, Sudershan, a mis en question la croyance chrétienne en un Christ sauveur unique du monde, en disant que cette revendication ne pouvait qu’avoir des conséquences négatives dans un pays majoritairement hindou comme l’Inde. Cela rend inévitable le conflit entre christianisme et hindouisme. Sudershan a aussi affirmé que chrétiens et musulmans étaient venus en Inde pour «piller et saccager» le pays, si bien qu’ils n’ont pas d’amour pour la mère-patrie indienne. De son côté, le président du BJP, Kushabue Thakre, a posé cette question: «Pourquoi les missionnaires chrétiens ne travaillent que parmi les hindous pauvres et non parmi les musulmans pauvres?» Il a jugé que le traail social de l’Eglise n’était qu’une façade pour convertir les hindous. Il a ajouté que les missionnaires chrétiens collectaient beaucoup d’argent à l’étranger pour convertir les peuples des Etats du nord-est de l’Inde.
Réponses aux accusations
Les dirigeants chrétiens ont répondu aux accusations faites aux communautés chrétiennes en Inde en affirmant que chrétiens et musulmans aiment l’Inde. Ils travaillent pour le pays de la même manière que les hindous. Les chrétiens estiment que la perception populaire du christianisme par les hindous ne correspond pas aux faits. Le Père Pinto a ajouté : «Nous leur avons dit que nous sommes d’abord des habitants de l’Inde devenus chrétiens».
Mani Jacob, autre membre de la délégation chrétienne, représentant d’un réseau oecuménique d’institutions scolaires chrétiennes, a expliqué de son côté que la conversion était un acte divin et que les chrétiens ne faisaient pas de conversions par la force ou par la ruse : «Nous avons essayé de les convaincre que les chrétiens sont enracinés dans la tradition et la culture indiennes. Nous leur avons dit aussi que nous ne sommes pas des étrangers mais des fils du sol indien, tout en demeurant membres de l’Eglise universelle et de la famille humaine».
Quand la discussion s’est concentrée sur la récente augmentation des violences anti-chrétiennes, les dirigeants hindous ont déclaré que les médias et les Eglises avaient rapporté les incidents de manière sensationnelle dans l’intention de causer le plus de tort possible au gouvernement fédéral contrôlé par le BJP.
«Une initiative positive de paix»
Le secrétaire général du BJP, Narendra Modi, a estimé néanmoins à la fin de la réunion que ce dialogue avec les Eglises avait été «une initiative positive de paix» et «un pas significatif», qui avait permis de rappeler clairement que les Hindous n’étaient pas lancés dans une guerre contre les minorités religieuses : «Nous étions venus pour savoir ce que les Eglises pensent de nous. Nous estimons qu’il est préférable de s’asseoir à une table de négociations plutôt que de se critiquer en public». (apic/eda/ba)



