penche sur le problème des enfants au travail

Inde: L’Action catholique ouvrière se (030594)

Consultation nationale pour tenter d’éliminer ce fléau

Nouvelle Delhi, 3mai(APIC) Le problème des enfants au travail en Inde

reste très préoccupant. Après le Bureau international du travail (BIT),

notamment, l’Action catholique ouvrière (ACO) se penche à son tour sur le

sort de ces enfants. En organisant du 8 au 10 mars à la Nouvelle Delhi une

consultation nationale sur les moyens concrets susceptibles d’éliminer peu

à peu ce fléau.

Pour l’ACO, le problème des enfants au travail concerne surtout la classe ouvrière. «Lorsque, dans une famille, les parents sont au chômage ou

sous-employés, ils sont prêts à accepter n’importe quel travail pour leurs

enfants. Ces derniers peuvent alors subvenir à leurs propres besoins et

parfois rapporter quelque argent à la maison», fait-on remarquer. Et l’ACO

d’ajouter que l’envers de la médaille est qu’ils sont privés d’éducation,

que leur santé est souvent affectée par les conditions difficiles dans lesquelles ils sont obligés de travailler et qu’ils ont devant eux un avenir

d’adulte aux forces physiques et intellectuelles diminuées.

Quant aux syndicats, lorsqu’ils existent, ils ont tendance à considérer

le travail des enfants comme un fait contre lequel on ne peut rien. Leur

action consiste surtout à obtenir des employeurs de meilleures conditions

de travail.

Dans le courant de l’année 1992, une enquête avait permis de cerner le

problème et de l’évaluer en 4 points:

Pas de lendemain

Parmi les enfants au travail, les enfants de la rue forment la catégorie

la plus isolée, celle dont les conditions de vie et de travail sont les

plus difficiles: petits cireurs de chaussures, chiffonniers, mendiants. Ils

sont prêts à faire tout ce qu’on leur demande: jouer les garçons de course,

servir d’intermédiaires aux trafiquants de drogue ou devenir les jouets de

pédophiles. Leur vie est marquée par l’insécurité: sans logement fixe, sans

défense, ils sont facilement victimes aussi de la police qui n’hésite pas à

les emprisonner ou à leur imposer des amendes injustifiées. Les filles doivent subir enlèvements et violences sexuelles. Ces enfants vivent dans

l’instant précis, sans penser au lendemain.

Les enfants des familles pauvres se voient, dès leur plus jeune âge,

confier des travaux domestiques. Très tôt, ils doivent aller au travail.

Les filles doivent s’occuper de leurs frères et soeurs plus jeunes ou de

leurs neveux et nièces.

Ces diverses catégories d’enfants au travail ont des problèmes communs:

chaque jour, ils doivent travailler de longues heures et sont souvent maltraités; leur travail n’est pas apprécié; ils manquent l’école et restent

analphabètes; ils ne connaissent aucun moment de loisir et sont la proie de

l’ennui et de la fatigue.

En raison de leur travail, ces enfants sont exposés à un certain nombre

de dangers: beaucoup d’enfants, ceux qui travaillent par exemple dans les

fabriques d’allumettes, manipulent des produits chimiques. La plupart souffrent de troubles respiratoires ou d’infections des yeux. De longues heures

passées dans des espaces étroits, renfermés et enfumés, sont à l’origine de

cas de tuberculose, de maladie de la peau, de fatigue ou de brûlures. Les

gosses occupés au tissage des tapis doivent passer leurs journées accroupis

dans des réduits surchauffés, mal aérés, mal éclairés. Leur vue finit par

en être affectée, leur croissance ne se fait pas normalement et au bout de

quelques années, ils souffrent de difformités qu’on ne peut pas corriger.

Les enfants chiffonniers se blessent avec des tessons de bouteilles ou des

morceaux de métal qu’ils ramassent: les maladies de peau sont fréquentes et

les cas de gangrène ne sont pas rares. Des garçons et des filles sont employés dans le cirque où les accidents sont fréquents. La prostitution enfantine propage les maladies vénérienne et le sida.

Mesures sociales et législatives

Après des échanges sur les résultats de l’enquête menée dans quatre pays

de l’Asie du Sud, la Consultation nationale a formulé plusieurs recommandations, pour que soient prises des mesures sociales et législatives.

Afin de venir en aide à ces enfants et pour leur permettre de s’organiser et de sortir de leur isolement, la consultation préconise que des groupes de volontaires se lancent dans cet «apostolat», en invitant les enfants

à se prendre eux-mêmes en charge. Elle propose que des travailleurs sociaux

mettent en train des programmes d’éducation, de formation, d’hygiène, de

nutrition, de récréation.

Quant à la législation actuelle, elle est loin d’être au point. La loi

indienne de 1986 sur l’emploi de jeunes ne mentionne ni les employés domestiques, ni les travailleurs agricoles. La Consultation demande qu’une législation donne aux agences locales accréditées pour le travail social, le

pouvoir de se livrer effectivement à des inspections et de faire respecter

la loi.

Le groupe est unanime à reconnaître que ce problème du travail des enfants est lié à la pauvreté et au chômage. Les employeurs exploitent la situation. Le gouvernement et le public doivent venir au secours de l’enfance

victime de l’injustice. L’ACO a établi à Madras un bureau dont le rôle sera

d’orchestrer une campagne en faveur des enfants au travail, non seulement

en Inde, mais aussi au Sri Lanka, au Bangladesh et au Népal. (apic/eda/pr)

3 mai 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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