Un verdict qui augmente le sentiment d’insécurité des chrétiens

Inde: L’assassin du missionnaire américain Graham Staines échappe à la peine de mort

New Delhi, 24 mai 2005 (Apic) Rabindra Pal Singh, l’extrémiste hindou qui a brûlé vifs le missionnaire protestant australien Graham Stuart Staines et ses deux enfants il y a 6 ans, échappera à la peine de mort. Les Eglises indiennes sont mécontentes, car ce verdict augmente le sentiment d’insécurité des chrétiens dans le pays.

Des responsables d’Eglise indiens ont en effet exprimé leur préoccupation après la décision d’un tribunal de commuer cette condamnation à mort en une peine de prison à vie et d’ordonner l’acquittement de 11 autres inculpés pour participation à ce meurtre. Ces derniers avaient été condamnés à la prison à vie.

L’Eglise catholique et son homologue protestante se sont dites «consternées» par la sentence de la Haute Cour de l’Etat d’Orissa, à l’est de l’Inde, qui réduit la responsabilité d’un groupe d’extrémistes hindous coupables d’avoir assassiné le missionnaire et ses deux jeunes fils, Philip et Timothy, âgés de 7 et 9 ans.

«La vérité, a déclaré Mgr Thomas Thiruthalil, évêque catholique de Balasore, a été niée et supprimée». Selon Reuben Senapati, évêque anglican de l’Eglise du Nord de l’Inde (Cni) à Cuttack, la décision de la Haute Cour «n’est en aucune façon justifiable». Le fanatique Rabindra Pal Singh avait été condamné à mort le 22 septembre 2003. L’évêque Senapati se dit «déçu» de la sentence et ajoute que cette décision confirme le fait que «la justice est entre les mains de Singh et de son clan».

L’Etat d’Orissa toujours dirigé par des sympathisants des fondamentalistes

L’Etat d’Orissa est toujours dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), parti d’inspiration hindou considéré comme «l’aile politique» des groupes extrémistes fondamentalistes. Ces dix dernières années, en Orissa, des maisons et des églises chrétiennes ont été incendiées. Les membres des tribus de confession chrétienne ont fait face à des obstacles de toute sorte, des pasteurs et des fidèles ont été assassinés. Cette année, déjà deux pasteurs ont été assassinés.

«Nous sommes vraiment préoccupés par ce jugement, car il envoie un faux message», a déclaré de son côté l’évêque B.K. Sahu, secrétaire général du Conseil national des Eglises de l’Inde, qui regroupe 29 Eglises orthodoxes et protestantes, après l’annonce de la décision du tribunal en fin de semaine.

Rabindra Pal Singh avait été condamné à mort en 2003 pour l’assassinat le 23 janvier 1999 du missionnaire baptiste Graham Staines et de ses deux enfants, brûlés vifs alors qu’ils dormaient dans une camionnette à Manoharpur, un village isolé de l’Etat d’Orissa. Le fondamentaliste hindou reprochait à Graham Staines de convertir les populations dites tribales. La Haute Cour de l’Orissa qui a commué la sentence prononcée contre Rabindra Pal Singh a aussi acquitté 11 des 12 personnes accusées et condamnées à l’emprisonnement à vie lors du premier procès. Pour le pasteur baptiste P.R. Parichcha, président pour l’Orissa du Conseil chrétien de toute l’Inde, le verdict «augmente notre sentiment d’insécurité».

John Dayal, président de l’Union catholique de toute l’Inde, un forum de laïcs, a estimé que ce jugement envoie aussi un signal erroné en un moment où le pays essaie de sortir du gâchis de haines et de crimes communautaires. La veuve de Graham Staines, Gladys, avait dit avoir pardonné aux assassins de son mari, tandis que John Staines, le frère du missionnaire assassiné, a déclaré qu’il ne voulait pas voir Rabindra Pal Singh exécuté. «En ce qui concerne l’acquittement des autres, il n’y a qu’un seul juge et c’est Dieu!» (apic/asianews/eni/be)

24 mai 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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