Inde: L’extrémisme religieux est une grande menace, affirme le secrétaire général du COE

La situation demeure «peu sûre» en Orissa, selon les évêques

New Delhi, 21 octobre 2008 (Apic) Le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), en visite du 16 au 23 octobre en Inde et au Sri Lanka, a déclaré que l’un des plus gros problèmes auxquels le monde est confronté aujourd’hui est l’extrémisme religieux. Le pasteur Kobia a exprimé sa préoccupation suite à la vague de violence qui continue à frapper les chrétiens dans l’Etat indien de l’Orissa.

Des fondamentalistes hindous ont poursuivi leurs attaques malgré le couvre-feu, brûlant des maisons appartenant à des chrétiens dans la nuit du 19 octobre dans les zones isolées du district de Kandhamal (Orissa).

«Après la destruction des maisons et les assassinats, les bandes s’en prennent aux animaux domestiques», déplore le Père Manoj Digal, responsable pour le secteur rural au Centre social du diocèse de Cuttack-Bhubaneshwar. «Des chèvres, des poules, des boeufs sont volés, et dans plusieurs villages, après avoir détruit les maisons des chrétiens, les extrémistes hindous abattent des animaux domestiques et font la fête au milieu des ruines». Alors que le gouvernement de cet Etat, situé au sud-ouest du Bengale occidental, prétend que la situation «est en train de retourner à la normale», les évêques catholiques de la région sont d’un tout autre avis.

Selon plusieurs observateurs, des groupes fondamentalistes hindous se déplacent pour tenter de forcer les chrétiens à se convertir à l’hindouisme, et plus des deux tiers des 100’000 chrétiens de Kandhamal se sont réfugiés dans la jungle et dans des camps de réfugiés mis en place par le gouvernement. D’autres personnes ont fui vers des villes telles que Bhubaneswar, la capitale de l’Etat.

Les évêques demandent l’intervention de la police fédérale

Dans une déclaration publiée le 20 octobre, à l’issue d’une réunion à New Delhi, la Conférence épiscopale indienne et la Conférence régionale des évêques d’Orissa demandent davantage de sécurité pour les chrétiens et l’ouverture d’enquêtes confiées aux forces de police fédérales. Car, affirment-ils, il y a un grand manque de confiance des chrétiens dans la police de l’Orissa. Ils demandant que les agents de la police fédérale envoyés par New Delhi restent encore à Kandhamal.

«Les chrétiens ont peur de retourner dans leurs villages à cause des menaces de morts et sont contraints de fuir dans les forêts ou de vivre dans des conditions inhumaines dans les camps gérés par le gouvernement local. Les camps ont diminué de moitié, non pas parce que les gens ont regagné leurs villages mais parce qu’ils sont allés dans d’autres Etats, à la recherche d’une plus grande sécurité», peut-on lire.

Des chrétiens contraints de se réfugier dans les forêts

Les évêques indiens se plaignent du fait qu’à 54 jours du début des attaques contre les chrétiens dans le district de Kandhamal, la situation demeure «tendue et peu sûre». Ils se disent également très inquiets pour «l’hostilité qui a été efficacement alimentée et diffusée par des forces fondamentalistes» et expriment leur soutien aux victimes d’une campagne de haine systématique «alimentée par les mensonges».

Jusqu’à ce jour, 60 chrétiens sont morts dans les désordres, selon le dernier bilan des violences diffusé la semaine dernière par la Conférence épiscopale, alors que les sources gouvernementales ne font état «que» de 35 morts.

Plus de 5’000 maisons chrétiennes, 142 églises et des dizaines d’institutions chrétiennes ont été pillées et incendiées. Selon les chrétiens, ces actions ont été orchestrées par des extrémistes hindous. Qui n’ont pas hésité à s’en prendre à l’hôpital des Missionnaires de la Charité de Mère Madre à Srasananda. L’institution qui accueillait des lépreux et des tuberculeux avait déjà été détruite par les extrémistes hindous en décembre dernier. Reconstruite en partie, elle a à nouveau été attaquée en août dernier et complètement pillée et ruinée.

Dans leur déclaration, les évêques indiens condamnent une nouvelle fois l’assassinat du chef religieux hindou Swami Laxmananda Sarawati, dont l’assassinat en août dernier a mis le feu aux poudres, après que les fondamentalistes aient accusés les chrétiens de sa mort. Ils demandent l’ouverture d’une enquête sur cet attentat par le Central bureau of investigation (Cbi), à savoir les forces de sécurité fédérales. Un responsable maoïste a revendiqué la responsabilité de l’assassinat, mais certains groupes hindous affirment qu’il s’agissait d’un complot chrétien, car le leader hindou âgé de 85 ans faisait vigoureusement campagne contre la conversion au christianisme à Kandhamal.

L’implication du Cbi a également été sollicitée dans le cadre d’enquêtes sur d’autres cas devenus le symbole des violences (comme les violences sexuelles à l’encontre d’une religieuse et le meurtre d’une jeune volontaire hindoue), afin qu’une «action forte et rigoureuse à l’égard des auteurs de ces crimes» soit prise. Les évêques ont également réaffirmé la nécessité d’une indemnisation adéquate des personnes frappées et des institutions.

Pour sa part, le secrétaire général du COE a souligné, lors d’une visite à New Delhi au siège national de l’organisation Church’s Auxiliary for Social Action (*), que l’Inde était généralement considérée comme un bon modèle de «coexistence harmonieuse» entre religions diverses. Cette image pacifique a été écornée par «quelques fondamentalistes» dans l’Orissa. «Il est temps que les gens de toutes les religions s’unissent», a affirmé le secrétaire général du COE, un pasteur méthodiste du Kenya.

En accueillant le pasteur Kobia, le directeur exécutif de la CASA, Sushanto Aggarwal, a déclaré: «Bien plus qu’une question de religion, les attaques orchestrées ciblant des chrétiens sont une question de droits fondamentaux». Le pasteur Kobia a appelé l’organisation à «aider les victimes de la violence sectaire actuelle, comme elle l’a fait pour les victimes de la partition». Plus de deux millions de personnes avaient trouvé la mort des deux côtés de la nouvelle frontière en 1947, lors de la partition du sous-continent indien entre une Inde à majorité hindoue et un Pakistan à majorité musulmane. JB/Com

(*) CASA est la branche caritative d’un rassemblement de 24 Eglises orthodoxes et protestantes de l’Inde, dont le personnel est en majorité hindou. (apic/eni/asian/be)

21 octobre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!