Représailles antichrétiennes dans le Gujarat, à l’autre bout du pays

Inde: La situation reste tendue en Orissa, après les pogroms contre les chrétiens

New Delhi, 9 septembre 2008 (Apic) Alors que depuis deux semaines un véritable «pogrom» est en cours contre les chrétiens de l’Etat d’Orissa, au nord-est de l’Inde, l’Eglise de l’Etat du Gujarat, de l’autre côté du continent indien, est à son tour visée par les militants hindouistes. Dans cet Etat du nord-ouest de l’Inde, les attaques contre les chrétiens ont commencé il y a déjà dix ans.

La semaine dernière, des extrémistes ont lancé des pierres contre le collège du Mont-Carmel et ont tenté d’attaquer l’école de St-François Xavier, à Ahmedabad, la capitale commerciale du Gujarat, à 915 kilomètres au sud-ouest de New Delhi. Ces attaques ont eu lieu au lendemain de manifestations silencieuses organisées par des chrétiens à Ahmedabad et Nadiad, une autre grande ville de cet Etat indien, pour protester contre les attaques dont sont victimes leurs coreligionnaires en Orissa.

Les violences dans l’Etat d’Orissa ont causé la mort d’au moins 27 personnes quand des foules fanatisées ont attaqué près de 300 villages dès le 24 août, un jour après le meurtre par des rebelles maoïstes, dans le district de Kandhamal, du leader religieux hindou Swami Laxmanananda Saraswati et de quatre de ses collaborateurs. Les fondamentalistes hindous ont accusé les chrétiens d’avoir commis ce crime, bien que les maoïstes aient revendiqué leur acte. Ce sont désormais leurs chrétiens du Gujarat – à l’autre bout du pays – qui sont dans le collimateur des fondamentalistes, qui accusent des missionnaires chrétiens d’avoir tué leurs leaders en Orissa.

Les extrémistes veulent faire de l’Inde une «théocratie hindoue»

Le parti hindouiste Bharatiya Janata Party (BJP), qui est au pouvoir au Gujarat, est également associé au gouvernement de l’Orissa au sein d’une coalition. Parti national, le BJP est considéré comme le bras politique des groupes qui veulent faire de l’Inde une «théocratie hindoue».

Les chrétiens du Gujarat, où le BJP est aux commandes depuis 12 ans, ont subi de nombreuses attaques depuis la veille de Noël 1998, quand des activistes hindous d’extrême-droite ont attaqué des prêtres, des religieuses, et des fidèles chrétiens dans les zones tribales, brûlant bibles et églises. Les fondamentalistes accusaient les missionnaires chrétiens d’exploiter la pauvreté et l’ignorance dans les milieux tribaux pour convertir les gens.

En Orissa, la violence a commencé après le meurtre de Swami Laxmanananda Saraswati. Les fondamentalistes hindous ont détruit plus de 4’000 maisons ainsi que des églises, des écoles, des couvents et des presbytères. Dans la zone de Kandhamal, une liste a été publiée avec le nom de prêtres catholiques et de pasteurs protestants accusés d’avoir participé à l’assassinat du chef religieux hindou. Dans cet Etat, la tension reste vive alors que de nombreux chrétiens sont hébergés dans des camps de réfugiés après que leur maison eût été détruite ou incendiée.

Même dans les camps, explique l’agence de presse catholique AsiaNews à Rome, ils doivent faire face aux menaces provenant de militants extrémistes du parti hindou VHP (Viswa Hindu Parishad) et du RSS (Rastriya Swyamsevak Sangh) qui forcent les membres des tribus à se reconvertir à l’hindouisme sous peine de nouvelles violences. Comme signe de leur «reconversion», ils sont rasés complètement, à la manière des «sadhu», les ascètes hindous. Des prêtres et leur famille ont également été menacés.

Selon des informations parvenues de la ville de Bhubaneshwar à l’agence AsiaNews, des groupes fondamentalistes se sont rendus dans les villages pour forcer les chrétiens à signer une lettre où ils affirment qu’ils retournent «librement» à l’hindouisme. Celui qui refuse est battu et sa maison est brûlée. Certains, pour prouver leur «nouvelle vie», ont été contraints à incendier des églises et des maisons d’autres chrétiens.

Mgr Alphonse Toppo, vicaire général du diocèse de Sambalpur, en Orissa, a souligné pour sa part que de nombreux appels au calme et contre les violences ont été lancés ces derniers jours, notamment par des organisations hindoues laïques et religieuses, y compris des représentants des brahmanes, la caste sacerdotale indienne. Suite à une réunion samedi dernier des chefs religieux chrétiens, hindous et musulmans à Sambalpur, une marche commune pour la paix et l’harmonie entre les religions sera organisée dès que la situation sécuritaire le permettra. (apic/asian/misna/be)

9 septembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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