Il faut donner sa place à la mystique

Inde: Le Père Pannikar interpelle l’Occident

Rome, 10 avril 2001 (APIC) L’Asie peut offrir au christianisme «l’option pour la mystique, pour la troisième dimension de la réalité, pour le dépassement du mythe de l’histoire»: le philosophe jésuite Raimon Panikkar, 83 ans, résume ainsi sa pensée dans un long entretien publié dans «Jesus», le mensuel d’information et d’approfondissement des Editions «San Paolo» en Italie.

Le Père Panikkar vit actuellement en Espagne, après avoir toujours vécu en Inde et enseigné pendant de longues années en Californie. Il est l’auteur d’une cinquantaine de livres, consacrés aux thèmes de la paix, du dialogue interreligieux, à l’approfondissement de la contribution que le monde asiatique est en mesure d’offrir au christianisme et à l’Occident.

«Il faut ouvrir le troisième oeil, comme disaient les théologiens du XIIIe siècle, au lieu de tout réduire à un illuminisme couvert d’un vernis de foi», explique le P. Panikkar. «La théologie asiatique, poursuit-il, insiste beaucoup sur la «kenosis», l’annihilation du Christ. Opter pour la mystique, c’est accepter que la réalité ne s’épuise pas dans l’histoire. Jusqu’ici, nous n’avons pas pris au sérieux les traditions asiatiques, qui sont mystiques et métaphysiques. Et cela veut dire méditation, contemplation, amour, dépassement – non pas négation – de la raison, qui est au fond la vraie signification de la «metanoia».

Concernant les expériences spécifiques à travers lesquelles cette vision prend corps, le P. Panikkar fait remarquer que dans les «ashrams» chrétiens, «plus on se sépare des systèmes importés et plus on découvre les racines même du christianisme». Cependant, «les théologiens asiatiques perçoivent une certaine méfiance à leur égard, ce qui fait qu’ils n’arrivent pas à dire ni n’osent dire tout ce qu’ils pensent». «Et si le théologien n’est pas libre, ce n’est pas un théologien. S’il y a un dialogue effectif, celui-ci rend possible la créativité», souligne le jésuite.

Le pluralisme religieux est nécessaire, explique encore le P. Panikkar. Qui ajoute: «Celui qui croit posséder toute la vérité n’est ni thomiste ni chrétien: saint Thomas d’Aquin affirme que nous ne possédons pas la vérité, tout au plus, c’est la vérité qui nous possède. Le pluralisme est l’acceptation de ma contingence ; par conséquent, je n’ai plus le monopole de la vérité et je ne peux la comprendre dans son intégralité: le mystère de Dieu nous dépasse infiniment. Le pluralisme est la guérison de l’absolutisation, c’est-à-dire de l’idolâtrie». (apic/cip/pr)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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