Atal Behari Vajpayee fait le jeu de l’extrême droite

Inde: Le Premier ministre indien vire de bord: durcissement de sa position

New Delhi, 22 avril 2002 (APIC) Le Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee, perçu jusqu’ici comme la figure modérée du camp nationaliste hindou, semble avoir durci ses positions au cours des dernières semaines, au point de faire le jeu de l’extrême droite, selon des diplomates et des analystes.

«C’est très inquiétant», estime Balveer Arora, professeur de sciences politiques à l’Université Jawaharlal Nehru, dans une allusion à la façon dont le gouvernement indien a géré, depuis près de deux mois, la crise née du déchaînement de violences anti-musulmanes au Gujarat (ouest).

Les tensions intercommunautaires dans cette région, l’une des plus prospères de l’Inde, ne se sont pas apaisées, et au moins 15 personnes y ont encore été tuées dimanche, selon la police.

Le chef du gouvernement régional du Gujarat, Narendra Modi, qui appartient au Bharatiya Janata Party (BJP) de M. Vajpayee, a été accusé de laxisme et de complicité avec l’extrême droite nationaliste, qui s’est livrée à des représailles contre la minorité musulmane après l’attaque d’un train bondé d’activistes hindous, le 27 février.

Au total, plus de 850 – plus de 1’000 selon les d’autres sources – personnes ont trouvé la mort dans les violences depuis cette date, selon des chiffres officiels. Des organisations humanitaires au Gujarat et des ambassades étrangères à New Delhi pensent que le bilan des victimes est au moins deux fois plus élevé. Environ 100’000 musulmans, devenus sans-abri, vivent aujourd’hui dans des camps de fortune où les conditions sont très précaires.

Les événements au Gujarat et l’attitude parfois partisane des autorités ont donné une mauvaise image de l’Inde qui, contrairement au Pakistan voisin, se targuait depuis 50 ans d’être un Etat multireligieux et multiculturel, notent des diplomates occidentaux.

L’Union européenne a d’ailleurs l’intention d’effectuer une démarche auprès des autorités indiennes cette semaine en liaison avec la crise du Gujarat qui a, par ailleurs, entraîné un ajournement de tous les débats au Parlement.

Crainte d’une guerre civile

M. Vajpayee, 76 ans, était apparu depuis son élection en 1999 comme l’une des personnalités les plus modérées du camp nationaliste hindou. Les gouvernements occidentaux l’avaient considéré jusqu’ici comme un facteur d’équilibre et de pondération, alors que de nombreux responsables du BJP, y compris certains ministres, continuent d’entretenir des liens étroits avec les groupes de l’extrême droite indienne (RSS, VHP, Shiv Sena).

Depuis sa défaite en février à des élections régionales en Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé de l’Inde, dans le nord, le BJP a donné l’impression de radicaliser son discours et ses actions.

Le 26 mars, le gouvernement central a fait adopter par le Parlement une loi antiterroriste particulièrement musclée, susceptible selon ses détracteurs d’être utilisée contre des groupes politiques ou des minorités religieuses. Le passage en force du texte a provoqué des frictions dans la coalition gouvernementale.

Le 12 avril, le Premier ministre indien, qui avait réuni ses troupes à Goa, a fait des déclarations controversées sur les musulmans, aussitôt dénoncées par la presse. «Qui a allumé le feu» au Gujarat, a demandé M. Vajpayee, ajoutant: «Ou qu’ils soient, ces musulmans ne veulent pas vivre en paix et se mélanger aux autres. Ils utilisent la terreur comme une arme».

Le «nouveau» Vajpayee «flirte» avec l’extrémisme hindou et «se débarrasse» de son image modérée, titre cette semaine le magazine Outlook.

De son côté, Tavleen Singh, éditorialiste à l’hebdomadaire India Today, s’inquiète du retour du BJP au radicalisme hindou qui pourrait aboutir à une guerre civile et à une «nouvelle partition» de l’Inde. (apic/ag/pr)

22 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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