Quand l’archéologie déchaîne les passions religieuses
Inde: Publication d’un rapport controversé sur l’existence d’un temple hindou à Ayodhya
Ayodhya, 25 août 2003 (Apic) L’archéologie peut déchaîner de dangereuses passions religieuses: la tension entre hindous et musulmans a été relancée lundi par la publication par la Haute Cour de l’Etat indien d’Uttar Pradesh des résultats des fouilles entreprises par une équipe d’archéologues mandatée par le gouvernement indien. Ils apporteraient la preuve de l’existence d’un temple hindou détruit par les musulmans.
Les archéologues auraient trouvé des traces de l’existence d’un temple hindou sur l’emplacement de l’antique mosquée de Babri (datant du XVIe siècle) à Ayodhya, rasée en 1992 par des fanatiques hindous. Si ces derniers pavoisent, les musulmans dénoncent la manipulation du rapport des archéologues.
L’équipe, au service de l’ASI (Archaeological Survey of India), avait reçu l’ordre d’excaver le site de la mosquée Ayodhya pour tenter de clarifier la vive querelle entre hindous et musulmans sur l’existence ou non d’un temple dédié au dieu hindou Ram, un avatar du dieu hindou Vishnu, qui aurait été détruit lors de la construction de la mosquée de Babri.
La destruction de ce lieu de culte musulman a provoqué des émeutes intercommunautaires qui ont coûté la vie à près de 3’000 personnes à travers l’Inde. L’équipe de l’ASI, qui a remis son rapport final vendredi à la Haute Cour de l’Etat d’Uttar Pradesh, se refuse à en commenter les résultats. Mais lundi, la Cour a distribué le rapport aux parties intéressées, rapporte l’agence indienne de presse PTI.
L’avocat hindou Ranjana Agnihotri affirme que le rapport remis à la Cour dans la ville de Lucknow, au nord de l’Inde, apporte la «preuve» de l’existence d’une structure du 10e ou du 11e siècle indiquant l’existence d’un temple à l’emplacement des fouilles. Une telle révélation a apporté de l’eau au moulin des nationalistes hindous, qui préparent depuis des années la reconstruction du temple qui aurait été détruit à l’époque par les musulmans. Le tribunal a donné six semaines aux parties pour émettre leurs objections.
La reconstruction du temple de Ram, une promesse électorale du BJP
Zafaryab Jilani, un avocat musulman, a d’ores et déjà déclaré qu’il allait faire recours contre ce rapport, estimant que l’ASI a «faussement interprété» ses découvertes et que les archéologues ont été victimes des pressions exercées par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), le principal parti actuellement au pouvoir au niveau du gouvernement central.
A l’époque de la destruction de la mosquée de Babri, qui allait déclencher de très sanglantes émeutes intercommunautaires, le BJP était allié aux groupes extrémistes hindous comme le RSS (»Rashtrya Swayal Sevak»: organisation paramilitaire d’extrême droite), le VHP (»Vishva Hindu Parishad»: Conseil mondial de l’hindouisme, également d’inspiration fondamentaliste) et le «Bajrang Dal». En 1999, au moment de la campagne électorale, le parti nationaliste hindou BJP (Parti du peuple indien), avait promis de reconstruire le temple de Ram. (apic/eda/pti/be)



