Aucun groupe hindou fondamentaliste impliqué dans ces crimes?
Inde: Rapport d’enquête sur le meurtre d’un pasteur et de ses deux fils
«Mise en scène pour camoufler la vérité», estiment les chrétiens
New Delhi, 15 août 1999 (APIC) Selon l’enquête officielle ordonnée après la mort d’un missionnaire baptiste australien, Graham Stuart Staines, et de ses deux fils, en Inde en janvier, aucun groupe hindou ne serait impliqué dans ces crimes. Le rapport qui vient d’être publié, fait cependant l’objet de vives critiques de la part de chrétiens et de non-chrétiens, qui dénoncent une «mise en scène» pour camoufler la vérité.
Le rapport rejette en effet toute implication d’une organisation fondamentaliste hindoue dans le meurtre du missionnaire et de ses fils.
Graham Staines, âgé de 57 ans, et ses deux fils, Philip et Timothy, âgés respectivement de 10 et 8 ans, ont été brûlés vifs alors qu’ils dormaient dans leur voiture dans le village de Manoharpur, dans l’Etat d’Orissa à l’est du pays. Selon la presse, le Bajrang Dal, organisation fondamentaliste hindoue, aurait perpétré ces meurtres, mais le groupe a ultérieurement démenti toute responsabilité dans cette agression.
Les protestations qui se sont multipliées après ces assassinat – Graham Staines était arrivé en 1965 en Inde où il exerçait son ministère auprès des lépreux – ont poussé le gouvernement fédéral à ordonner une enquête, dirigée par le juge P. Wadhwa.
Le juge a découvert qu’une foule conduite par Dara Singh – qui n’a pas été arrêté – avait mis le feu à la voiture, en criant des slogans pro-hindous. «Graham Staines a été tué par ces fanatiques, et ses deux enfants ont aussi péri», conclut le rapport de 270 pages de la Commission Wadhwa. Le rapport conclut toutefois qu’il n’existe «aucune preuve qu’une autorité ou une organisation se trouve derrière ces assassinats horribles».
Selon le rapport, ces meurtres ont été provoqués par la haine de Dara Singh contre les missionnaires chrétiens. Ils sont l’acte d’un «fondamentaliste individuel fanatique» qui n’avait aucun lien avec une organisation.
La Commission Wadhwa, qui employait 80 personnes, a soumis son rapport au gouvernement le 21 juin après une enquête de cinq mois. Le 4 août, le gouvernement fédéral a rendu le rapport public, provoquant la réaction immédiate de la presse, de plusieurs partis politiques et groupes chrétiens, qui ont condamné ses conclusions.
Contradictions et manipulations en haut lieu
«Nous sommes déçus des conclusions de la Commission Wadhwa», a déclaré Richard Howell, secrétaire général de la Communauté évangélique de l’Inde, dont Graham Staines était membre du comité exécutif. «Disculper le Bajrang Dal est une action injustifiable».
Le procureur chargé de réunir des preuves, nommé par la Commission, a réussi à prouver que Dara Singh était «activement associé» au Bajrang Dal, a révélé Richard Howell. Le procureur, qui dirigeait une équipe de cinq avocats, a découvert que la police locale avait enregistré 11 plaintes contre Dara Singh, prouvant ses liens avec le Sangh Parivar, organisation rassemblant des groupes fondamentalistes hindous, et notamment le Bajrang Dal.
Alors que sept cas concernent l’implication de Dara Singh dans les attaques conduites par le Bajrang Dal contre des cibles musulmanes, les quatre autres se rapportent à des violences perpétrées sous la bannière du BJP (Bharatiya Janata Party), pro-hindou, principal parti de la coalition gouvernementale fédérale sortante.
«Tout a été fait pour dissimuler la vérité», fait pour sa part remarquer le prêtre jésuite Walter Fernandes, un spécialiste des tribus de l’Etat d’Orissa qui avait été contacté par la Commission durant l’enquête.
Seuls les naïfs…
«Le rapport final est totalement différent du rapport du procureur et du projet de rapport. Sans aucun doute, il a été remanié», a-t-il poursuivi.
Le BJP considère le rapport de la Commission comme un «certificat d’innocence» du Sangh Parivar, mais pour les partis d’opposition, c’est une tentative faite pour étouffer l’affaire et dissimuler les actions de plusieurs groupes hindous.
«Selon la Commission, Dara Singh n’est membre d’aucune organisation, et aucune organisation n’est impliquée dans ces meurtres. Que la Commission soit parvenue à de telles conclusions, devant tant de preuves, est inexplicable», constate le Parti communiste indien (marxiste) après la publication du rapport.
Les conclusions de la Commission Wadhwa selon lequel le meurtre a été «un acte de haine d’un seul individu et non celui d’un groupe hindou ne convaincra que les naïfs», peut-on lire dans un article du 7 août du journal Hindustan Times, de New Delhi. (apic/eni/pr)



