Intolérance et impunité

Inde: Toujours pas d’enquête après l’assassinat de salésiens

New Delhi/Rome, 6 juin 2001 (APIC) Aucune enquête n’a pour l’heure été ouverte en Inde après l’assassinat des trois salésiens. Les actes de violence se suivent. En toute impunité.

«Inde: Toujours pas d’enquête après l’assassinat de salésiens»: deux scandales qui s’ajoutent aux «milliers» d’agressions dont des prêtres, des religieuses et des religieux et les chrétiens en général ont été victimes ces dernières années en Inde, dénoncé dans son édition du 5 juin «L’Avvenire». Après l’assassinat de trois salésiens le 15 mai, toujours pas d’enquête ouverte. Les évêques viennent encore de protester à la suite d’un refus de sépulture à un chrétien, le 20 mai.

Ces attaques, explique le correspondant du quotidien catholique italien, sont le fait de fondamentalistes hindous, de mercenaires et d’autres militants, et ont causé plus d’une dizaine de morts. Mais la plupart du temps, les coupables ne sont pas trouvés ou pas punis. La plus récente agression meurtrière est celle qui a causé la mort de trois salésiens le 15 mai, dans la région de Manipur.

Pour 600 dollars

Selon le supérieur des salésiens de la province de Dimapur, le Père Thomas Mulayinkal, les mercenaires se sont présentés armés de fusils automatiques et ont fait appeler le Père Paliakara, alors en réunion avec les 27 novices. Après une longue discussion sur le terrain de volley, le prêtre leur a remis tout l’argent comptant disponible (environ 600 dollars). Les mercenaires n’étaient pas satisfaits. Il demandèrent au prêtre de faire sortir les novices et d’indiquer ceux qui n’étaient pas originaires du lieu. Le prêtre, alors rejoint par ses deux confrères, se refusa de livrer les jeunes. Les extrémistes ont alors ouvert le feu sur lui et sur les deux religieux qui tentaient de le protéger.

Sur les 27 novices, 6 appartiennent en effet aux tribus locales Naga. Moins d’un quart des quelque 100 prêtres de la communauté de Manipur sont d’origine locale. Les catholiques sont une communauté de 70’000 personnes sur 2,5 millions d’habitants. Les séminaristes et le personnel du couvent sont convaincus que si le Père Paliakara avait obtempéré, les jeunes auraient été massacrés. Leurs funérailles ont eu lieu le 17 mai à Dimapur, en présence de trois évêques, deux cents prêtres et cinq mille fidèles. Le 18 mai, plus d’un millier d’écoles sont restées fermées en signe de protestation.

Les tentatives d’extorsions de fonds au détriment d’écoles catholiques se multiplient. En février, huit écoles (soit 10’000 élèves) de la vallée de Imphal ont refusé de céder. Depuis le début des années 90, trois prêtres ont été tués, six ont été enlevés, et de nombreux bâtiments ont été saccagés. Les militants «ethniques» exercent en effet des représailles en cas de refus. La police reste souvent muette. Les enquêtes sur ces faits n’ont toujours pas démarré. Le 29 mai, une nouvelle journée de protestation a vu les portes des écoles fermées.

Refus de sépulture

Dans le Nord-Est de l’Inde, où trois Etats sur sept sont à majorité chrétienne, la vie des missionnaires est menacée pour des raisons politiques, ethniques, ou à cause de la persécution religieuse. A cela s’ajoute le refus de sépulture à un chrétien à Kapadwanj, dans l’Etat du Gujarat, le 20 mai dernier. Le cortège funèbre qui se dirigeait vers le cimetière local a été bloqué par des fondamentalistes.

Les évêques en ont appelé aux autorités locales pour qu’un tel épisode ne se reproduise plus. Ils ont aussi adressé une lettre au président de la Commission nationale des droits de l’homme J. S. Verma. L’archevêque de Delhi, Mgr Vincent Michael Concessao, et le vice-président de la Conférence des évêques, font valoir que la politique démocratique et le crédit internationale de l’Inde risquent d’être entamés par les violents incidents qui sont le fait d’un petit groupe de fondamentalistes. (apic/cip/zn/pr)

6 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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