Inde: Un dispensaire des sœurs salésiennes mis à sac dans le Gujarat
Volonté de terroriser les missionnaires engagés auprès des «dalits»
Ahmedabad, 16 février 1999 (APIC) Le dispensaire catholique de la ville de Dakor, une institution dirigée par des religieuses salésiennes, a été mis à sac par une bande de malfaiteurs, annonce mardi le quotidien «The Times of India». La police de cette localité de l’Etat du Gujarat considère qu’il s’agit d’un acte de criminels de droit commun, tandis que l’Eglise dénonce une nouvelle tentative de «terroriser les missionnaires» travaillant dans la région en faveur des «dalits» marginalisés.
Le dispensaire a été pillé par des inconnus qui ont éparpillé les médicaments sur le sol et mis à mal les équipements médicaux; un crucifix a été retrouvé jeté au sol et brisé, selon Sœur Magdeline Sequeira, qui a porté plainte. Un porte-parole du Forum chrétien uni pour les droits de l’homme (UCFHR) a déclaré que les missionnaires qui dirigent le dispensaire avaient déjà reçu des menaces dans le passé. Comme aucune valeur n’a été dérobée, le Forum chrétien estime que les motifs n’étaient pas le vol, mais la volonté d’intimider les religieuses pour obtenir leur départ.
Conversions et reconversions, dans un climat de haute tension
Dimanche dernier, une centaine de chrétiens ont été «reconvertis» par des missionnaires hindous lors d’une cérémonie publique. Les chrétiens «reconvertis» appartiennent à une population tribale paupérisée de la région de Mandla-Dindori, dans l’Etat du Madhya Pradesh, qui s’est pliée aux pressions des groupes fondamentalistes hindous. Ces derniers ont affirmé que les convertis avaient été forcés de devenir chrétiens il y a quelques années. Les organisateurs, qui avaient annoncé la cérémonie loin à la ronde, avaient l’intention de «récupérer» 2000 fidèles. N’ayant pas obtenu le succès escompté, ils ont accusé le gouvernement de l’Etat, aux mains du Parti du Congrès (’opposition), de miner leurs efforts de reconversion et d’avoir donné l’ordre à la police d’intimider ceux qui voulaient redevenir hindous.
Début février, scénario inverse dans le village d’Undhai, dans le Gujarat, où depuis plusieurs mois les agressions anti-chrétiennes se succèdent: 600 «dalits» (intouchables) ont décidé pour leur part de devenir chrétiens. En pleine campagne des extrémistes hindous contre les prétendues «conversions forcées», et dans un Etat gouverné par le BJP (Bharatiya Janata Party), le parti nationaliste hindou au pouvoir à New Delhi, l’événement a fait la une des journaux. Au grand dam des militants de l’»hindutva», très actifs dans la région.
Devenir chrétien pour échapper à la domination sociale et économique des hautes castes
Les «dalits» d’Undhai n’ont d’ailleurs pas mâché les mots sur les raisons de leur conversion au christianisme. Ils veulent «en finir avec le boycott social et économique» que la haute caste des «patels» leur impose, et «protester contre l’impuissance du gouvernement à les protéger». Le département des Affaires sociales de l’Etat du Gujarat s’est rapidement mis sur la défensive, en faisant écho aux accusations des «patels» selon lesquelles il s’agirait d’une manigance des «dalits» pour forcer le gouvernement à leur accorder davantage d’aide financière.
De manière plus significative, note l’agence d’information «Eglises d’Asie» à Paris, malgré les relations tendues de l’hindouisme avec les autres religions de l’Inde, l’événement attire l’attention sur les conflits sociaux internes de l’hindouisme lui-même. L’affaire qui oppose les «dalits» et les «patels» du village d’Undhai a commencé en mai 1998, à l’occasion d’une fête où les «dalits», membres des basses castes, ont été mis à l’écart du banquet commun, Humiliés, ceux-ci ont alors porté plainte à la police, en accusant les «patels» de les traiter en «intouchables». L’affaire a dégénéré et les «patels», propriétaires terriens, ont refusé de continuer d’employer des «dalits» dans leurs fermes, les soumettant à un cruel boycott social et économique. Certains «dalits» en sont réduits à la mendicité.
Pour les «dalits» souffrant de l’ostracisme des hautes castes, «le christianisme est la seule issue qui nous reste». Ils refusent cependant de dire d’où leur est venue l’inspiration de se convertir au christianisme. Mais, selon certains observateurs, l’idée aurait été propagée par des militants «dalits» proches d’organisations missionnaires chrétiennes. Le «Vishwa Hindu Parishad» (VHP) ou Conseil mondial de l’hindouisme, l’une des organisations hindoues les plus extrémistes, a rapidement compris que cette conversion massive des «dalits» d’Undhai au christianisme pouvait être un coup fatal porté à sa campagne anti-conversions. Il a donc envoyé – en vain – des représentants dans le village pour essayer de dissuader les «dalits» de quitter l’hindouisme. Certains «dalits», qui estiment que l’hindouisme ne leur a rien apporté au point de vue social et économique, ont même annoncé leur intention d’aller de village en village pour convaincre d’autres «dalits» de les rejoindre et de changer de religion. (apic/tim/idea/eda/be)



