Mgr Mandagi accuse les partisans de l’ex-président Suharto

Indonésie: Au moins 100 000 islamistes manifestent dans le centre de Jakarta

Jakarta, 7 janvier 2000 (APIC) Les rues de Jakarta en Indonésie sont le théâtre d’importantes manifestations. Cent mille personnes, selon la police, trois ou quatre fois plus selon les organisateurs, se sont rassemblées ce matin pour appeler à la «guerre sainte». Les islamistes s’en prennent aux chrétiens pour venger «les massacres de musulmans» aux Moluques.

Les affrontements entre musulmans et chrétiens des Moluques – plus de 700 morts en une semaine et plus de 2000 depuis le début du conflit -, sont fomentés de l’extérieur de l’archipel, accuse Mgr Petrus Canisius Mandagi, évêque catholique d’Amboine, interrogé par l’agence missionnaire vaticane Fides.

«Une enquête sérieuse sur les violations des droits de l’homme et la reprise d’un dialogue soutenu entre les parties s’impose d’urgence. Ce n’est que comme cela que l’on pourra espérer une trêve dans le conflit qui oppose actuellement protestants et musulmans», déclare Mgr Mandagi, qui espère dans l’immédiat la création d’une commission nationale des droits de l’homme. «Le dialogue interreligieux n’a pas porté les fruits espérés, dit-il, il n’a fait que créer des relations superficielles entre les responsables religieux, tandis que les gens continuent à se tuer dans les rues. Le dialogue ne peut marcher que si la guérilla s’arrête».

La communauté catholique d’Amboine – environ 40’000 personnes sur une population de 400’000 habitants – a toujours cherché à servir de pont entre les adversaires, en promouvant des occasions de dialogue et de réconciliation, en particulier par l’entremise de la Commission Justice et paix.

Le 5 janvier, Mgr Mandagi a rencontré le président indonésien Abdurrahman Wahid et lui a exposé son point de vue sur la situation. «Wahid, explique-t-il, ne peut pas dire que le conflit d’Amboine est seulement une question interne que les habitants doivent régler eux-mêmes, car ce sont des forces extérieures qui ont provoqué les désordres. Le prolongement du conflit a été planifié en dehors de l’île».

La responsabilité de l’ancien président

L’analyse de Mgr Mandagi tient en trois points. Il souligne d’abord la responsabilité de l’ancien président Suharto: «Il a cherché à provoquer l’instabilité dans le pays. Ses partisans veulent enrayer le processus de lutte contre la corruption, la collusion et le népotisme et pour le faire, ils n’hésitent pas à violer les droits de l’homme». Il y a ensuite l’implication de groupes fondamentalistes islamiques qui «visent à renforcer la loi islamique et à chasser les chrétiens. De nombreux districts, théâtres des affrontements, comme les îles Buru, Ternate, Sanana et Tidore ont été vidés de toute présence chrétienne». L’évêque vise enfin le rôle actif des forces armées dans le conflit, en particulier de certains chefs de l’armée «qui doivent être poursuivis légalement au niveau national pour violation des droits de l’homme».

Après de nouveaux affrontements aux Moluques, la violence a gagné Djakarta. Selon des témoins, les fondamentalistes musulmans et les militaires sont responsables de l’attaque du centre social protestant, dans la partie est de la capitale, le 15 décembre dernier, lors duquel un étudiant en théologie a été tué et 17 personnes blessées. Or ce centre social venait en aide à quelque 500 drogués ou marginaux qui ont été contraints de s’enfuir.

Aux Moluques, les affrontements intermittents entre musulmans et chrétiens se succèdent depuis un an et ont violemment repris début décembre. On estime que plus de 700 personnes sont mortes depuis une semaine, mais l’extension des violences à tout l’archipel (86’000 km2) rend difficile une évaluation précise du nombre des victimes. Selon des statistiques officielles, les victimes du conflit auraient été au moins 1500 en 1999.

Les îles, qui sont d’anciennes colonies hollandaises, constituent une exception dans le paysage indonésien, le plus grand pays musulman du monde. Mais aux Moluques, sur une population de 2 millions d’habitants, 44% sont chrétiens (7% catholiques) et 54% musulmans. (apic/cip/pr)

7 janvier 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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