Examen de la procédure d’asile des six jeunes Moluquois
Indonésie: L’occupation pacifique de l’ambassade suisse à Jakarta se poursuit
Jakarta/Berne, 3 octobre 2000 (APIC) Les six jeunes Moluquois chrétiens réfugiés depuis mercredi dernier dans le jardin de l’ambassade suisse à Jakarta, en Indonésie, poursuivent leur occupation pacifique. Le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) à Berne prend l’affaire «très au sérieux». Une de ses porte-parole confirme que «l’occupation se passe bien» mais qu’il ne faut pas envisager de solution concrète avant la semaine prochaine.
Les six réfugiés dénoncent le conflit islamo-chrétien dans l’archipel des Moluques qui a pris les allures d’une véritable «épuration ethnique» et réclament une intervention internationale. Ils ont désormais tous demandé l’asile politique en Suisse. Selon Monika Schmutz, porte-parole du DFAE, Berne ne va pas donner pour le moment d’informations sur la procédure qui va être appliquée aux réfugiés. Le DFAE travaille à trouver une solution et examine dans quelle mesure la Suisse peut entrer en matière en ce qui concerne cette demande d’asile, a-t-elle déclaré mardi à l’APIC.
La Suisse n’a pas encore pris de position officielle
Berne confirme être au courant de la situation conflictuelle dans les Moluques mais n’a pas encore pris position officiellement. Les jeunes réfugiés ont sollicité l’aide de la Suisse pour alerter la communauté internationale sur le sort de leur communauté. Ils réclament une intervention internationale, sur le modèle de l’opération onusienne à Timor-Est, pour faire cesser les massacres qui visent les chrétiens moluquois auxquels les militants islamiques ont déclaré la «guerre sainte». Les six occupants déclarent avoir choisi l’ambassade de Suisse parce que la Commission des droits de l’homme de l’ONU a son siège àà Genève.
Selon des données fournies cette semaine par la cellule de crise du diocèse d’Amboine, dans l’ancienne colonie hollandaise évangélisée au début du XVIIème siècle, 58 églises ont été incendiées ou détruites, 39 écoles ont été saccagées, un orphelinat rendu inutilisable, 4 couvents et 3 hôpitaux ont été réduits en cendres et un centre de pèlerinage démoli. Aux pertes subies par l’Eglise catholique dans l’archipel indonésien des Moluques, il convient d’ajouter celles des autres Eglises chrétiennes – qui sont majoritaires – , ainsi que la destruction de nombreux lieux de cultes musulmans. Depuis le début du conflit entre chrétiens et musulmans en janvier 1999, plus de la moitié des églises et institutions chrétiennes ont été détruites ainsi que près de 200 mosquées.
Ce bilan des dommages matériels a été communiqué à l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome par les prêtres d’Amboine qui précisent que la communauté catholique ne représente que 5% de la population de l’archipel, contre45% pour les membres des Eglises protestantes.
Des milliers militants islamistes du mouvement «Laskar Djihad» venus d’autres îles indonésiennes veulent chasser les chrétiens de la petite île aux épices d’Amboine, dénoncent les occupants de l’ambassade suisse à Jakarta. Ils veulent que le monde prenne conscience du conflit sanglant qui oppose chrétiens et musulmans à Amboine et qui aurait déjà fait près de 10’000 morts et plus de 350’000 réfugiés depuis janvier de l’année dernière.
Les forces armées indonésiennes accusées de passivité, voire de complicité
L’île d’Amboine, et plus généralement l’archipel des Moluques, sont depuis longtemps le théâtre du conflit qui oppose chrétiens et musulmans. On assiste depuis plusieurs mois à une véritable escalade de la violence avec la venue de miliciens indonésiens en provenance d’autres régions. Les forces armées indonésiennes, incapables de maintenir l’ordre à Amboine, sont accusées de passivité, voire de prendre partie pour les assaillants. En août dernier, la Commission nationale des droits de l’homme, une institution officielle respectée en Indonésie, a lancé un appel à Jakarta en faveur d’une intervention de l’ONU et l’envoi d’une force internationale de maintien de la paix pour faire cesser les massacres. La Commission, qui dépend directement du président indonésien Wahid, estime qu’une telle intervention est nécessaire parce que le gouvernement n’a pas été capable de faire cesser le bain de sang.
Complicité entre police indonésienne et bandes de criminels
Selon le Père Cayetanus Yamrewav, missionnaire du Sacré-Cœur à Amboine, des bandes de criminels sans scrupules travaillent en cheville avec les forces de sécurité indonésiennes, notamment lors de l’attaque des intégristes islamiques contre le village chrétien de Hative Besar, le 26 septembre dernier, qui s’est soldée par au moins 36 morts et des dizaines de blessés. Plus de 500 personnes ont dû prendre la fuite pour éviter d’être massacrées. «Il y a eu un accord entre les criminels et les forces de sécurité, fait qui n’est pas rare; les combattants du ’Djihad’ s’habillent en officiers de police», révèle le Père Yamrewav.
Curé de Laha, près du village détruit d’Hative Besar, le Père Yamrewav a déclaré à l’agence d’information vaticane FIDES que contrairement aux assurances officielles des autorités indonésiennes, le nombre des rebelles islamiques s’accroît, et des armes ne cessent d’arriver du port de Yos Sudarso. Les communautés chrétiennes – protestantes et catholique – déplorent que le gouvernement civil et l’administrateur, Saleh Latuconsina, responsable du respect de l’état d’urgence proclamé dans la région, ont manqué à leur parole: les dirigeants des rebelles n’ont pas été arrêtés, les armes n’ont pas été confisquées, les forces de sécurité ne sont pas restées neutres, et les actions du «Laskar Djihad» ne sont pas empêchées.
Appel au secours des Eglises chrétiennes d’Amboine: l’anéantissement menace
Face au risque de destruction totale, la communauté chrétienne d’Amboine a lancé un nouvel appel au secours: «Le conflit aux Moluques dure désormais depuis vingt mois, et il ne se terminera qu’avec l’anéantissement complet de la présence chrétienne dans ces îles». Le communiqué est signé par les dirigeants catholiques et protestants; il dénonce la stratégie des militants du «Laskar Djihad», qui concentrent tous leurs efforts sur l’île d’Amboine. «Depuis l’an dernier, ils ont rayé de la région 75% des chrétiens de l’île. Après l’attaque contre Hative Besar et contre les villages situés sur la côte nord, ils pourront facilement se déplacer vers l’intérieur, prendre l’aéroport de Laha, et contrôler ainsi le trafic aérien.
Les militants sont aidés par les forces de l’ordre. Ils ont de bons équipements militaires et sont bien plus nombreux que les chrétiens. Ils ont convaincu la population civile que les chrétiens étaient des sécessionnistes. Ils veulent conquérir le village chrétien de Posso, et déclencher ensuite l’attaque contre la ville d’Amboine, dénonce le curéé de Laha. «Les chrétiens n’ont pas même de barques pour s’enfuir. Ils n’auront pas le choix: ou bien ils renieront leur foi, ou bien ils seront massacrés !».
Dans son nouvel appel au secours, la communauté chrétienne d’Amboine, doutant de la capacité du gouvernement local et du gouvernement national de mettre un terme au conflit, demande l’intervention du Conseil de sécurité des Nations-Unies et de la Commission de l’ONU pour les Droits de l’homme. (apic/bbc/misna/fides/be)




