Le règlement étouffe la liberté de culte
Indonésie:Les autorités chrétiennes désapprouvent la nouvelle version du décret de 1969
Jakarta, 31 mars 2006 (Apic) La nouvelle version du décret de 1969 régissant la construction des lieux de culte ne satisfait pas pleinement les responsables des Eglises chrétiennes.
Selon la presse indonésienne, M. Maftuh Basyuni, ministre des Affaires religieuses, et M. Ma’ruf, son homologue de l’Intérieur, ont signé, le 21 mars dernier, la nouvelle mouture du décret de 1969 régissant la construction des lieux de culte.
L’ancien décret de 1969 qui reprenait une loi,de 1966,a posé problème au cours de l’année 2005, causant la fermeture forcée de dizaines de lieux de culte protestants dans la province de Java Ouest,après une agitation. Le président de la République avait alors ordonné à ses ministres de travailler à un remaniement de ce décret. Selon divers responsables d’Eglises chrétiennes, le nouveau texte apporte certes des améliorations, mais n’est pas pleinement satisfaisant.
Le décret de 1969, pris sous le régime de l’Ordre Nouveau de Suharto, stipulait que la construction d’un lieu de culte nécessiterait l’accord écrit du responsable de l’administration locale, que devait consulter les organisations et les responsables religieux de la circonscription placée sous sa responsabilité.
Mais, dans les régions à majorité musulmane, les chrétiens rencontraient des grandes difficultés pour obtenir l’accord de l’administration. Ils construisaient donc des lieux de culte sans autorisation ou plus exactement obtenaient l’autorisation de l’administration des Affaires religieuses de faire fonctionner des lieux de prière ou de culte, mais pas celle de l’administration locale.
Selon la nouvelle mouture du décret, les principes de base du décret de 1969 sont maintenus et ce sont les administrations locales qui seront responsables de la délivrance des permis de construire et celles-ci devront recevoir l’avis des branches locales de l’administration des Affaires religieuses.
La nouveauté introduite par le décret signé le 21 mars est que les Forums interreligieux, organismes officiels mais indépendants de l’administration, implantés dans toutes les provinces du pays, seront associées au processus. Les Forums de communication pour l’harmonie religieuse examineront les demandes de construction de lieux de culte avant de produire un avis, adressé à l’administration locale.
Au moins 90 personnes pour dresser une place de culte
Pour prétendre à un lieu de culte, une communauté doit compter désormais un minimum de 90 personnes. Un minimum de 60 personnes n’appartenant pas à la religion du groupe demandeur et vivant dans le voisinage devra donner son accord à la construction d’un lieu de culte. Dans le décret de 1969, ce seuil était fixé à 100 personnes. La principale nouveauté introduite réside dans le cas où les habitants ne donneraient pas leur accord, celui-ci serait accordé par l’administration locale et le FKUB. Les autorités locales seront alors dans l’obligation de trouver une alternative et de proposer un autre lieu aux requérants pour pratiquer leur religion.
Du côté des Eglises protestantes, Weinata Sairin, de la Communion des Eglises (protestantes) d’Indonésie (PGI), les réserves sont plus vivement exprimées. D’une part, la PGI demandait des chiffres plus bas, 60 personnes d’une même communauté religieuse et 40 personnes n’appartenant pas à cette religion pour approuver cette demande. D’autre part, a expliqué le responsable chrétien, la liberté de culte est garantie dans la Constitution indonésienne et n’a pas besoin d’un décret pour être affirmée.
Le décret est inconstitutionnel
Selon le P. Antonius Benny Susetyo, secrétaire de la Commission pour les Affaires interreligieuses et l’oecuménisme de la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie, les dispositions du nouveau décret vont dans le bon sens, mais tout dépendra de leur application concrète, a-t-il déclaré au Jakarta Post, tout en insistant sur les autorités locales qui font obstacle à une application respectant la lettre et l’esprit du nouveau texte.
Fin mars, 42 députés, presque tous chrétiens en majorité protestants, ont déposé une motion demandant le rejet du nouveau décret. Selon Muhaimin Iskandar, adjoint du président de la Chambre des représentants, la motion sera discutée en petit comité, entre les chefs de groupes politiques. Par ailleurs, un groupe d’avocats représentant différentes religions (chrétiens protestants et ahmadiyahs) ont déposé un recours auprès de la Cour suprême, estimant que le décret était inconstitutionnel.
Du côté des musulmans, le président de la Nadhlatul Ulama, Hasyim Muzadi, a assuré que son organisation, au niveau local, veillerait à créer « les conditions pour que les non musulmans ne rencontrent pas de difficultés à obtenir des permis de construire et des problèmes de sécurité pour leurs églises, temples et autres lieux de culte ».(apic/ea/thk)



