La population musulmane attaque la minorité ethnique chinoise
Indonésie: Violence et flambée des prix
Djakarta, 17 février 1998 (APIC) Des actes de vandalisme de la population musulmane contre les commerces tenus par la minorité ethnique chinoise, souvent chrétienne, dégénèrent de plus en plus en affrontements en Indonésie. La grave crise financière qui s’est abattue sur l’Extrême-Orient, les mesures économiques que le président Suharto a dû accepter pour obtenir l’aide du Fonds Monétaire International, appauvrit d’un seul coup l’Indonésie, en entraînant une forte dévaluation de la monnaie, et une hausse des prix, dont ceux des produits alimentaires de base.
Des actes de violence se sont produits dans de nombreuses villes et villages, et en particulier dans l’île de Java (où la densité de population est élevée – L’Indonésie compte 202 millions d’habitants), et dans l’île de Sulawesi. Les incidents ont été le fait de dizaines de milliers de personnes qui ont attaqué et saccagé des commerces tenus par des habitants d’origine chinoise. La minorité ethnique chinoise, en majorité chrétienne – le reste étant bouddhiste -, représente 3,2% de la population; mais elle tient entre 70 et 80% de l’économie privée indonésienne.
Les membres de la colonie chinoise sont en grande partie commerçants, parce qu’ils ne sont pas libres de faire les métiers qu’ils désirent et sont soumis à des restrictions. Ils ne peuvent pas, par exemple, être employés dans l’administration publique et dans l’armée. De nombreux riches chinois figurent sont parmi les conseillers économiques les plus écoutés du président Suharto.
Les luttes pour la succession du président Suharto ne sont pas étrangères aux heurts et violences de ces derniers mois en Indonésie. Le Président de l’Indonésie, au pouvoir depuis 30 ans, aujourd’hui âgé de plus de 70 ans, a décidé de se représenter comme candidat aux élections présidentielles du mois de mars prochain, pour la septième fois. Mais sa santé est précaire, et l’on estime que celui qui réussira à se faire élire vice-président sera l’homme qui dirigera l’Indonésie après le président Suharto. Il semble que le président Suharto ait choisi comme dauphin B.J. Habibie, actuel Ministre de la Recherche et de la Technologie.
B.J. Habibie est surtout connu pour avoir été, ces derniers mois, l’allié de Amien Rais, dirigeant du Muhammady (Renaissance islamique), la deuxième organisation politique du pays, liée aux Saoudiens dont il reçoit des subventions. Le Muhammady s’oppose au Nahaldatul Ulama, l’organisation musulmane la plus importante du pays, avec ses 34 millions de membres inscrits; dirigé par Abdurahman Wahid, considéré comme plus modéré que A. Rais, et, jusqu’à ces dernières semaines, plus proche du président et de sa fille aînée Tutut.
Ces derniers mois, A. Rais a été accusé d’avoir fomenté les troubles dans le pays. Tout laisse penser que les heurts sont effectivement liés à la lutte pour la succession au pouvoir. (apic/fides/pr)



