Internet est en train de révolutionner le monde de l’information. Comment cet outil formidable peut-il être au service d’un développement humain ? Pour en débattre plus de 200 jeunes journalistes catholiques d’une cinquantaine de pays se sont retrouvés le

Entre René, attaché de presse d’un diocèse québécois, Josip rédacteur de «Glas Koncila» à Zagreb, Anto, correspondant d’UCA News à New Dehli, l’information passe instantanément sur Internet. Martin Luther, de «L’effort camerounais» et Tatiana, de la «Russie catholique», attendent encore de rejoindre le réseau des réseaux. Des enthousiastes aux réticents, des craintifs aux passionnées, des spécialistes aux ignorants, tous étaient à Paris pour débattre de la liberté et de la responsabilité des journalistes face à l’outil Internet

Les jeunes journalistes catholiques ont voulu lancer des passerelles entre la vieille bonne presse écrite et les technologies nouvelles. Pour certains, Internet est devenu un outil de travail quotidien, pour d’autres le web n’est qu’un rêve encore lointain nourri d’envie et de crainte. Le journaliste se doit d’être mieux informé, plus impliqué, plus citoyen. Reçus à La Fondation internationale des droits de l’hommes à l’Arche de la défense, les jeunes membres de l’UCIP ont tenu à défendre La liberté mais aussi à rappeler la responsabilité des journalistes.

Internet: une révolution

A l’instar de l’invention de l’écriture alphabéthique par les Phéniciens et de l’imprimerie par Gutemberg, Internet est plus qu’une évolution technologique , mais une vraie révolution, estime Philippe Quéau, responsable de l’informatique et de l’information auprès de l’UNESCO. Outre la révolution culturelle qu’implique l’’échange instantané d’informations au-delà des frontières, Internet apporte aussi de profondes mutations économiques et sociales. D’où un risque de prolétarisation des esprits, d’un fossé croissant entre info «riche» et info «pauvre», avertit le chercheur. Face à un mode qui apparaît échapper au contrôle de l’individu et de la société politique, Philippe Quéau invite les journalistes à être créateurs de sens pour tenter de porter la «res publica» mondiale.

Pas de médias, et surtout Internet sans médiateurs, reprend en écho Dominique Cotte, enseignant de la communication à Lille. Le journaliste ne fait pas que relater l’information, il la construit, en devient le producteur. Outil de recherche et de diffusion de l’information Internet induit de nouveaux comportements de nouveaux modes de travail. «C’est le circuit court qui crée le court-circuit». D’où la nécessité d’une éthique professionnelle rigoureuse qui garantisse la fiabilité des sources et la qualité des nouvelles. Ainsi la décision du Congrès américin de diffuser in extenso sur Internet le rapport Chenet Star sur les frasques sexuelles du président Clinton interroge fondamentalement le système actuel de l’information.

Le journaliste catholique ne doit pas enjoliver la réalité

Mgr John Foley, président du Conseil pontifical pour les moyens de communications sociales est venu défendre le credo des journalistes catholiques. Il a encouragé à pratiquer un journalisme fait de rigueur et de clarté, sans complaisance ni révérence envers la hiérarchie. «La responsabilité première du journaliste est de faire connaître les faits de façon correcte et complète et non pas de dire ce que nous en pensons». Ce n’est pas le rôle du journaliste de donner une image meilleure d’une personne ou d’une réalité, insiste-t-il. Ce n’est pas à lui de protéger les gens contre les aberrations qu’ils peuvent prononcer.

Le prélat américain a néanmoins invité les jeunes journalistes à s’intéresser non seulement aux problèmes, mais aussi aux gens qui cherchent des solutions. Paraphrasant Jean Paul II à propos de l’affaire Lewinsky, Mgr Foley invite à découvrir non seulement les pécheurs, mais surtout les saints cachés. Le journaliste catholique doit faire preuve de discernement pour découvrir la véritable durable des «pour-toujours» face au «maintenant».

Un vrai réseau mondial

Qui dit réseau dit rencontre et pas seulement virtuelle. La possibilité de confronter les expériences professionnelles de Slovénie, du Pakistan, d’Argentine, ou du Togo à celles du monde occidental est sans doute la richesse principale du Réseau des jeunes journalistes de l’UCIP. En français, anglais, espagnol, allemand, portugais, voire russe ou arabe, les échanges et souvent les rires n’ont pas cessé. Malgré la pluie qui a accompagné dimanche les participants à Amiens où ils étaient invités conjointement par l’évêque Mgr Jacques Noyer, et par le maire Gilles de Robien. (apic/mp)

15 septembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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