Suisse: Groupe de travail islam de la CES en Iran et au Qatar
Interview
Mgr Bürcher, évêque auxiliaire de LGF, livre ses impressions
Téhéran/Fribourg, 28 avril 2006 (Apic) Mgr Bürcher, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève, Fribourg s’est rendu pour la première fois en Iran et au Qatar. Le Groupe de travail «Islam» de la Conférence des évêques suisses (CES), a terminé lundi 24 avril une visite d’une semaine en Iran. Mgr Bürcher tire un bilan positif de sa visite dans la République islamique. Il a pu visiter les minorités chrétiennes d’Iran.
Apic: Quelles sont vos impressions au retour de ce voyage?
Mgr Bürcher: L’Orient est connu pour son hospitalité : l’Iran et le Qatar ont confirmé cette réputation. Et pourtant, ce sont deux pays extrêmement différents, à bien des points de vue. Ces jours, l’Iran est sous les feux de l’actualité internationale. Le Qatar a multiplié avec succès jusqu’ici les réformes, y compris au niveau du dialogue interreligieux.
Apic: Du 17 au 24 avril, vous étiez en Iran où vous avez eu des rencontres à haut niveau avec des musulmans. Quel bilan pouvez-vous en tirer ?
Mgr Bürcher: Oui, rencontres nombreuses avec des musulmans mais aussi avec les minorités chrétiennes, juive et zoroastrienne. Le dialogue interreligieux est plus que jamais urgent. Il est encore trop tôt pour tirer un bilan des rencontres que nous avons eues, mais je crois pouvoir dire que nous avons fait des progrès. En plus du dialogue institutionnel indispensable, les contacts à la base sont tout aussi importants.
Apic: Les menaces américaines deviennent de plus en plus explicites. Comment est-ce sur place en Iran?
Mgr Bürcher: Ne parlant pas le farsi, il m’est difficile de savoir ce que pense l’homme de la rue. Mais je n’ai pas eu l’impression d’être dans un pays en état de siège. Au contraire, ces menaces ont pour effet de renforcer la cohésion nationale en Iran. Le nationalisme semble aussi l’emporter sur la religion.
Apic: Quels sont vos projets par rapport au dialogue interreligieux avec l’Iran ?
Mgr Bürcher: Pour nous, c’était la deuxième rencontre avec l’ICRO, après la visite de cette institution musulmane en Suisse, l’an dernier. Un livre sera édité en farsi et en anglais, contenant les interventions de cette session et de celle de septembre 2005. Lors de notre prochaine séance du Groupe de travail « Islam » de la CES, nous ferons une évaluation concrète de cette rencontre.
Apic: Quel a été votre contact avec les chrétiens en Iran ?
Mgr Bürcher: Pour tous les membres de notre délégation, c’était une grande joie de pouvoir rencontrer les communautés chrétiennes à Téhéran et à Ispahan. Les chrétiens en Iran ne forment qu’un infime pourcentage de la population totale. Avec les juifs et les zoroastriens ils constituent les minorités religieuses reconnues. Nous avons participé à une célébration de la Messe en rite assyro-chaldéen. J’ai été impressionné par l’atmosphère recueillie. Cependant la situation politique et religieuse fait que les jeunes sont incités à l’émigration.
J’ajoute que la liberté de religion ne se limite pas à la liberté de culte. L’Iran comme la Suisse ont reconnu en droit la liberté de religion qui inclut la liberté de manifester sa religion, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, et l’enseignement. Or tous ces droits ne sont actuellement pas respectés.
Apic: Vous avez ensuite participé au Trialogue à Doha, au Qatar. Qu’en tirez-vous ?
Mgr Bürcher: Les travaux de la 4ème Conférence de Doha sur le dialogue interreligieux ont commencé mardi 25 pour se terminer jeudi 27 avril 2006, sous le parrainage de S.A Cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani. Le ministre d’Etat chargé des affaires étrangères a souligné que la règle principale des trois livres saints est de croire en un seul Dieu ce qui nécessite la création d’une relation fondée sur le respect mutuel. Le ministre qatarien a précisé que le dialogue interreligieux signifie avant tout la clarté et non la polémique ajoutant que le dialogue est nécessaires pour la cohabitation. Parmi les intervenants, le ministre égyptien Mahmoud Hamdi Zaqzouq, l’archevêque Georges Saliba, le Rabin Samuel Sirat ont salué l’initiative de Doha et souligné que la paix ne peut avoir lieu sans dialogue et en présence de conflits.
Apic: Monseigneur Bürcher, pourquoi un tel intérêt pour le dialogue interreligieux ?
Mgr Bürcher: Je suis convaincu que le processus galopant de la globalisation actuelle ne doit pas consister en une opposition de l’un contre l’autre. Le dialogue interreligieux est actuellement une dissuasion au processus impliquant la violence, l’extrémisme et le terrorisme. Nous devons créer des créneaux de dialogue. La paix et la justice mondiales sont à ce prix-là.
Source: Eglise catholique vaudoise (apic/com/vb)




