23 ans au service d’une pastorale proche des gens

Interview de Mgr Gabriel Bullet

Fribourg, 12novembre(APIC) L’annonce de l’offre de démission de Mgr Gabriel Bullet, évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg

résidant à Lausanne, ne constitue en rien une surprise. Et son successeur

devrait être connu dans le courant de l’an prochain, annonce-t-il dans une

interview accordée à l’Agence APIC. Mgr Bullet dresse le bilan de son ministère et donne les raisons de sa démission…

Mgr Bullet: Les premières démarches sont relativement anciennes… Mais

ma lettre au Saint-Père date de six mois environ. Dans ce message, j’offre

ma démission, sans préciser de date, laissant ainsi au pape le soin de

choisir le moment approprié pour lui permettre d’annoncer simultanément ou

presque qu’elle est acceptée et le nom de mon successeur.

APIC: Vous n’avez donc pas encore reçu de réponse à votre lettre?

Mgr Bullet: Non. Aucune réponse écrite et officielle ne m’est parvenue à

ce jour. Mais je sais que les choses ont suivi et suivent leur cours et que

ma démission deviendra effective au moment où on aura trouvé un nouvel évêque auxiliaire.

APIC: Vous êtes âgé de 72 ans, pourquoi cette démission avant l’heure de

la retraite?

Mgr Bullet: J’ai toujours dit qu’à soixante-dix ans j’offrirais ma démission… Ma santé a toujours été quelque peu fragile. Je constate de plus

que je n’ai plus le dynamisme voulu pour assumer les initiatives qu’il convient de prendre, pour les suivre également. J’ai estimé que pour le bien

de l’Eglise, il était mieux d’offrir ma démission maintenant. En outre,

avec Mgr Mamie, nous avons souvent parlé de cette possibilité. Lui et moi

pensons qu’il n’est pas bon de quitter nos charges en même temps, et surtout qu’il n’est pas opportun que notre départ se fasse la même année, vu

que nous avons à peu près le même âge.

APIC: Le souci de ne pas perturber le diocèse avec deux démissions simultanées?

Mgr Bullet: C’est vrai qu’il fallait avoir le souci de ne pas perturber

le diocèse avec nos deux démissions. Mgr Mamie a fait une petite enquête

auprès des prêtres et des laïcs…, constitué la liste de trois prêtres

qu’il doit soumettre à Rome tous les trois ans, en tenant compte des souhaits des personnes consultées. Il n’y a pas de raison que Rome n’en tienne

pas compte, étant donné qu’en principe, on ne peut pas imposer à un évêque

un auxiliaire avec lequel il ne pourrait pas travailler. La nomination d’un

évêque auxiliaire est un peu différente de celle d’un évêque diocésain.

APIC: Quelles ont été vos principales préoccupations en 23 ans

d’épiscopat?

Mgr Bullet: Si on m’a demandé d’être évêque auxiliaire, c’est, je pense,

parce que j’avais dans ma formation, mes préoccupations et soucis des éléments complémentaires au charisme, aux dons et qualités de Mgr Mamie. Et je

constate que cette complémentarité a fort bien joué durant ces 23 ans. Si

on m’a sollicité, c’est aussi parce que j’étais professeur de pastorale…

et très engagé au plan de la pastorale. J’ai connu toutes les interrogations qui se posaient après le Concile. On percevait déjà cette grande mutation de notre société. Mon souci? Ma préoccupation durant mon ministère?

Que l’Eglise puisse, dans cette mutation, ce bouleversement des mentalités

chez nous, annoncer l’Evangile. Dans mon homélie prononcée lors de mon ordination épiscopale, j’insistais sur cette annonce de l’Evangile aujourd’hui. Avec un langage adapté au monde actuel.

Une autre de mes préoccupations, qui me semblait essentielle pour un

évêque, a été d’être un artisan de l’unité et de la communion fraternelle.

entre les prêtres, entre les prêtres et leurs communautés, entre les communautés elles-mêmes.

APIC: Si vous deviez dresser aujourd’hui un bilan…

Mgr Bullet: Comme dans tout bilan, on y trouve du positif et du négatif… A propos de l’évangélisation, si j’ai pu donner certaines impulsions, je constate que cela n’a pas été toujours facile et qu’on ne transforme pas les mentalités en peu de temps. Cette Evangélisation, dans un

monde en mutation, est, c’est vrai, un travail de long haleine. Concernant

l’unité, j’estime avoir essayé de la vivre, d’abord avec l’évêque diocésain… Je crois que dans l’ensemble nous avons vraiment réalisé une bonne

collaboration. Et je dois reconnaître que Mgr Mamie n’a jamais pris de

grande décision sans la partager avec moi, sans demander mon avis. Unité au

niveau des prêtres ensuite… c’est une des choses qui, dans le bilan,

pourrait apparaître comme étant quelque peu négative. Je n’ai peut-être pas

réussi, autant que je le souhaitais, à rencontrer les prêtres afin de mieux

favoriser cette communion fraternelle.

Au niveau pastoral, pour terminer cette forme de bilan, j’ai été passablement engagé… et notamment lors du Synode en 1972/75. Il y a eu ensuite tout l’effort que nous avons fait, avec Mgr Mamie, pour réaliser un

peu la coresponsabilité dans le diocèse à travers les Conseils de pastorale. En ma qualité de professeur de pastorale et de catéchèse, ma préoccupation a également porté sur la formation des laïcs. Je me suis passablement

engagé de ce côté-là, en suivant les mouvements d’Action catholique et la

Communauté romande de l’apostolat des laïcs (CRAL).

Au niveau de la catéchèse, mon souci a également été la formation… le

catéchisme. C’est ainsi qu’est né l’actuel Institut de formation aux ministères (autrefois l’Ecole des catéchistes). Oui, j’ai investi pas mal de

force et de temps dans ces domaines-là. Mais les fruits ont porté. C’est

ainsi que je me réjouis de voir tous ces laïcs qui s’engagent et qui demandent une formation. Je trouve magnifique de rencontrer les jeunes dans le

cadre des confirmations ainsi que ces laïcs les encadrant. Je le dis et le

constate: quelque chose s’est passé.

APIC: Des joies… mais aussi sans doute des peines?

Mgr Bullet: Au chapitre des peines, je dirais le départ de certains prêtres. Ces départs ont toujours été pour moi difficiles et douloureux. Surtout que je les avais connus comme étudiants au séminaire. Reste les

joies… Ma plus grande? Chaque fois que j’ai pu constater un climat de

communion fraternelle et de dialogue… C’est là une réponse à ce souci

permanent que j’ai de l’écoute.

APIC: La retraite, c’est plus de temps libre… à quoi allez-vous occuper vos loisirs?

Mgr Bullet: Vu mon âge, je ne reprendrai pas une responsabilité. Je me

mettrai néanmoins à la disposition des prêtres et des évêques qui voudront

faire appel à moi pour un service. J’espère bien avoir un peu de temps pour

lire…. et aussi pour entreprendre certaines études que j’aurais aimé faire sans jamais y parvenir. Ministère et occupations obligent. C’est assez

dire que mes loisirs ont toujours été très restreints. Pas au point tout de

même de me priver de ce qui est pour moi source de détente: la musique

classique et la marche, que j’affectionne en forêt, en amoureux de la nature. (apic/propos recueillis par Pierre Rottet)

12 novembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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