Mexique: Le message du pape doit atteindre tous les Mexicains
Interview du nonce apostolique à Mexico
Mexico, 19 mars 2012 (Apic) Avant de se rendre à Cuba, Benoît XVI ira au Mexique du 23 au 26 mars 2012. Il visitera le 2e plus grand pays catholique du monde et, pour la première fois, un pays hispanophone d’Amérique latine. A l’approche de ce voyage, le nonce apostolique à Mexico a expliqué à I.MEDIA que le pape, cinq ans après son voyage au Brésil, entendait renforcer l’élan missionnaire des catholiques d’Amérique latine.
A l’occasion de ce voyage dans un pays en proie à la violence, Mgr Christophe Pierre a souhaité que le message du pape soit entendu par tous les Mexicains, y compris «par les criminels» et ceux qui promeuvent une «culture de la mort». Convaincu que les Mexicains sauront accueillir le pape avec enthousiasme malgré leurs difficultés, le diplomate du Saint-Siège a aussi assuré qu’à un peu plus de trois mois d’élections présidentielles, il saurait «ne pas interférer dans les débats politiques».
S’il se rend à la rencontre d’un peuple qui a forgé son identité dans la foi en Dieu, Benoît XVI ne va-t-il pas aussi dans un pays où, comme ailleurs, la présence des catholiques pratiquants s’effrite peu à peu ?
Mgr Christophe Pierre : Il est vrai que le Mexique, comme d’autres pays du monde, est entré dans un processus de transformation qui affecte sa culture et sa religiosité. Le nombre de catholiques demeure très élevé. Cependant, on y observe comme ailleurs un plus grand pluralisme et diverses influences culturelles et religieuses. La proportion des catholiques qui ont émigré vers d’autres groupes, bien qu’elle reste assez faible, est cependant en augmentation. Cela pose à cette Eglise une question sérieuse, celle de connaître la raison profonde de l’exode de ces personnes, dont la plupart sont jeunes, qui adoptent souvent une attitude d’indifférence. Les évêques se sont penchés sur ce phénomène à Aparecida, et ont voulu une «Mission continentale» ayant pour objectif d’aider les catholiques d’Amérique latine à vivre une nouvelle rencontre avec le Christ, et d’être plus conscients de leur foi et de leur appartenance à l’Eglise, grâce à une formation plus solide. Cette «nouvelle évangélisation» porte déjà des fruits. C’est pourquoi il me semble que le pape viendra, cinq ans après Aparecida, afin de confirmer un nouvel élan missionnaire et le renforcer.
Au Mexique, des membres et représentants de l’Eglise catholique sont parfois victimes de la violence des cartels de la drogue. Le pape aura-t-il un message à l’intention de ces groupes ?
CP : La violence est un problème sérieux qui inquiète tous les secteurs de la société. Les évêques eux-mêmes l’ont pris à bras le corps, et proposent leur analyse et leurs conclusions dans une exhortation pastorale qui demande à tous de conserver les valeurs qui sont le précieux patrimoine de cette société, telles que le respect de la vie, le sens de la famille, l’éducation centrée sur la personne, etc. On peut espérer que le message du pape, qui sera sans doute un appel à mettre au coeur de la préoccupation de tous la recherche de ces valeurs, sera entendu, y compris par les criminels et par tous ceux qui promeuvent une «culture de la mort» qui risque de détruire le tissu social.
Dans un Etat devenu «laïc», quelle parole peut adresser le pape aux autorités ? Cette laïcisation est-elle un frein à l’activité de l’Eglise ?
CP : La question des relations entre religion et société, entre l’Eglise et l’Etat, a accompagné l’histoire de ce pays depuis l’indépendance. Elle a souvent revêtu des traits paradoxaux et contradictoires, parfois même violents et destructeurs, dans une nation où la religion catholique a marqué avec tant de profondeur la culture et les modes de vie de ses habitants. Il est vrai que certains ont voulu ajouter l’adjectif «laïc» dans un article de la Constitution pour renforcer la séparation de l’Eglise d’avec l’Etat. Cependant, il me semble que, dans un contexte culturel nouveau, le Mexique apprend le véritable sens du mot «laïcité» tel que Benoît XVI l’a utilisé à plusieurs reprises. Il ne s’agit pas d’une mise à l’écart de la religion, du fait que la dimension religieuse fait partie intégrante de la personne. Il s’agit au contraire d’une mise en relation sereine par le dialogue, pour permettre aux croyants et à l’Eglise, non seulement d’exister légitimement, mais aussi de contribuer positivement à la vie de la société pour le bien de tous. Tel est le sens du débat actuel autour de la question de la liberté religieuse et j’ai pu observer un progrès en ce domaine important pour le progrès de cette nation et la paix sociale.
A l’approche d’élections majeures dans le pays, craignez-vous que les propos du pape soient mal interprétés ? Quels peuvent êtres les thèmes abordés par Benoît XVI avec le président Calderón ?
CP : Le pape arrivera au Mexique peu de temps avant le début officiel de la campagne qui préparera les élections de juillet 2012. Cependant, il est évident que l’agenda du pape n’a rien à voir avec de telles échéances. Le choix de la date et du lieu du voyage correspond à d’autres critères. Il suffit d’autre part de prendre en considération ce qui a pu se passer lors de voyages du pape en d’autres pays pour comprendre que le Saint-Père saura ne pas interférer dans les débats politiques. En revanche, il est certain que Benoît XVI viendra pour renforcer la foi et l’espérance des catholiques et de l’ensemble des Mexicains, en les encourageant à travailler à la construction d’une société où pourront régner la paix et la solidarité, pour éliminer les facteurs de désintégration et de destruction, et développer les valeurs traditionnelles.
Avez-vous bon espoir que la messe célébrée à Léon le 25 mars attire des foules importantes ? Combien de fidèles sont attendus ?
CP: Il m’est difficile de prévoir combien de personnes accueilleront le pape. On estime que l’assistance à la messe du dimanche 25 mars, au pied de la montagne du Cubilete, où est plantée la statue monumentale du Christ Roi, sera d’environ 300’000 personnes. Ces personnes viendront en représentation des 91 diocèses du pays, afin de manifester la communion de toute l’Eglise mexicaine autour du successeur de Pierre. Pour le reste, nous verrons bien. Ce dont je suis sûr, c’est que les Mexicains sauront accueillir le pape comme ils l’ont déjà démontré à maintes reprises, avec dévotion, enthousiasme, et surtout avec la joie qui caractérise si bien ce peuple, malgré ses épreuves.
Mgr Christophe Pierre, français, né à Rennes le 30 janvier 1946, a obtenu une Maîtrise en théologie à l’institut Catholique de Paris, et un Doctorat en Droit Canonique à Rome. Ordonné prêtre en 1970, il devient diplômé de l’Académie Pontificale Ecclésiastique à Rome. Il est envoyé en mars 1977 à Wellington, à la Représentation pontificale en Nouvelle-Zélande, ainsi que dans les différents pays-archipels de l’océan Pacifique. Il est ensuite successivement transféré aux Représentations pontificales du Mozambique (1981), du Zimbabwe (l982-1986), de Cuba (1986-1989), du Brésil (l989-1991), et à la Mission Permanente du Saint-Siège auprès de l’Office des Nations-Unies et des Institutions Internationales à Genève (1991-1995).
Nommé par le Pape Jean Paul II nonce apostolique en Haïti, il a été ordonné à l’épiscopat par le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, le 24 septembre 1995, dans la Cathédrale de Saint-Malo. En 1999, il est nommé nonce apostolique à Kampala en Ouganda. Après huit ans, il est nommé au même poste au Mexique. (apic/imedia/ami/js)



