Cameroun: Accaparement des terres : poursuites contre une compagnie américaine
Intimidation et corruption pour l’achat de terres agricoles
Yaoundé, 4 mai 2013 (Apic) Le ministère des Forêts du Cameroun a intenté des poursuites contre la compagnie américaine Herakles Farms et sa filiale Sg Sustainable Oils Cameroon (Sgsoc). Il leur reproche le recours à des méthodes d’intimidation et de corruption dans l’achat de terres agricoles situées dans le Sud-ouest du pays et destinées à la culture d’huile de palme.
Le ministère camerounais a rédigé un rapport suite à la visite en février dernier d’une vingtaine de villages de la région du Sud-ouest. À chacune de leurs étapes, les experts ont relevé que des milliers d’hectares de terres avaient été achetées par le biais de «méthodes douteuses» et que la population riveraine n’avait pas été informée des conséquences dérivant des activités de la société agroalimentaire. Les autorités compétentes ont suggéré de suspendre toutes les négociations relatives à la location et à la vente de terres agricoles. Depuis plusieurs mois diverses organisations environnementales et mouvements de la société civile mettaient en garde contre les activités de Herakles Farms.
Destruction des ressources naturelles
Les autorités camerounaises avaient passé en 2009 des accords pour la location d’environ 80’000 hectares de terres avec diverses sociétés en vue de la culture d’huile de palme. En avril 2012, le Centre pour l’environnement et le développement (Ced), organisation non gouvernementale camerounaise, avait mis en garde les autorités contre un tel projet, qui aurait contraint plus de 25’000 personnes vivant dans la région depuis des décennies à se déplacer sans recevoir aucune indemnisation. «Lorsque les ressources de la forêt seront détruites, comme le bois et les nombreuses plantes utilisées dans l’alimentation et la médecine locale, les populations connaîtront un fort appauvrissement», indiquait Mireille Tchiako Fouda Effa du Ced, interrogée par l’agence missionnaire MISNA. Officiellement, ce projet est présenté comme une opportunité de créer des emplois et de réduire la dépendance du Cameroun par rapport aux produits d’importation en produisant directement sur place ce type d’huile.
Les organisations environnementales Oakland Institute et Greenpeace observent que le déboisement prévu de 73’000 hectares de forêts, une surface correspondant à sept fois l’étendue de la ville de Paris, mettra en péril les ressources naturelles de la région. Les auteurs du rapport concluent en rappelant que l’affaire Herakles est emblématique du phénomène de plus en plus répandu de l’accaparement des terres (»Lang grabbing») aux dépens d’un développement durable et de la défense des droits humains sur le continent africain. (apic/misna/mp)



