Irak: «L’Irak, c’est fini» pour les chrétiens qui ont fui le conflit
«Je préfère l’enfer plutôt que d’y retourner»
Bagdad, 27 novembre 2008 (Apic) Les paroles d’encouragement des responsables locaux, régionaux et internationaux, qui veulent que les institutions chrétiennes restent en Irak, n’y ont rien fait: les réfugiés irakiens continuent de fuir leur pays en masse pour échapper à la violence.
La famille de Basil Mati Koriya Kaktoma, 60 ans, et de sa femme, Ekram Ishak Buni Safar, 55 ans, vit en Syrie depuis juillet 2006. Les réfugiés comme eux affirment catégoriquement qu’ils ne retourneront jamais dans leur pays d’origine, à cause des menaces et des maltraitances physiques qu’ils ont connues, et, dans le cas de Basil Kaktoma, d’un enlèvement qui a duré deux semaines, perpétré par des musulmans armés qui, selon lui, s’en sont pris à lui parce qu’il est chrétien.
«J’irais en enfer plutôt que de retourner en Irak», déclare Basil Kaktoma dans une récente interview a donnée dans l’appartement exigu de la famille à Damas, reprise par l’Agence ENI. «Ce que j’ai vu était si horrible que je ne peux même pas regarder une carte de mon propre pays».
Les responsables de l’Eglise catholique chaldéenne, à laquelle appartient Basil Kaktoma, reconnaissent que la situation à laquelle sont confrontées les institutions chrétiennes est douloureuse et paradoxale, à cause de la nature sectaire de la violence en Irak.
Même s’ils souhaitent que l’Eglise reste en Irak, pays dont les communautés chrétiennes sont parmi les plus anciennes au monde, les responsables chrétiens pensent que la perspective à long terme d’une présence de l’Eglise en Irak est mince.
Dans ce contexte, l’Eglise doit également se porter au secours des milliers de réfugiés chrétiens qui résident désormais en Syrie et au Liban mais qui espèrent rejoindre des membres de leurs familles dans des pays comme les Etats-Unis, le Canada et l’Australie.
800’000 chrétiens sont partis
«Les chrétien ont beaucoup perdu dans cette histoire», a dit Mgr Antoine Audo, l’évêque catholique chaldéen d’Alep, en Syrie, au sujet de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, en 2003, et du chaos politique et social qui s’est ensuivi. «Il est très important qu’il y ait une continuité de l’histoire [chrétienne] dans la région. Notre présence est importante. Notre expérience de la cohabitation avec l’islam est unique».
Cette nature unique de la présence chrétienne en Irak était l’une des raisons pour lesquelles le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), a déclaré en octobre dernier qu’il espérait que les chrétiens puissent rester et restent dans leur pays. Le pasteur Kobia leur a écrit, dans une lettre datée du 14 octobre, «Votre présence sur cette terre est une garantie que le christianisme continue de résister ; vous êtes un signe d’espérance pour les croyants du monde entier.»
Pourtant, les responsables chrétiens reconnaissent que la situation des chrétiens en Irak est difficile et décourageante. Plus de 200 chrétiens irakiens ont été tués depuis 2003, et des dizaines d’Eglises, y compris celle que Basil Kaktoma, Ekram Safar et leurs quatre enfants fréquentaient autrefois à Bagdad, ont été bombardées. De plus, 30 à 50 % des 800’ 000 chrétiens qui vivaient en Irak au début de l’invasion américaine auraient fui le pays.
L’Amérique
Les responsables chrétiens expriment souvent l’espoir que les chrétiens irakiens déplacés puissent au moins rester au Moyen-Orient, afin que la vie chrétienne irakienne se perpétue dans la région qui a donné naissance à la tradition chrétienne. Ils reconnaissent cependant la nécessité de respecter la décision des familles irakiennes qui souhaitent rejoindre leurs proches dans d’autres régions du monde. «Elles vont là où` elles peuvent aller», a expliqué Mgr Audo. «Je fais tout mon possible pour offrir un avenir à notre Eglise», a-t-il affirmé. «Ce qui va se passer, je l’ignore.»
Pour Basil Kaktoma, retraité d’une société pétrolière, tout avenir doit se dérouler aussi loin que possible du lieu où il a été enlevé pendant huit jours en mai 2006. A ce traumatisme s’ajoute celui d’une attaque, qui lui a causé une fracture de la jambe. La libération de Basil Kaktoma a été possible grâce au paiement d’une rançon par des parents vivant aux Etats-Unis et au Canada.
Parlant au nom de toute sa famille au sujet de leur passé et de leur avenir, Ekram Safar a déclaré : «L’Irak, c’est fini». (apic/eni/pr)



