Irak: Le cardinal Camillo Ruini plaide pour une indépendance rapide du pays
L’Italie appelée à faire «des choix cohérents»
Rome, 18 mai 2004 (Apic) Le cardinal Camillo Ruini, vicaire du pape pour le diocèse de Rome, plaide pour une indépendance rapide de l’Irak. Mais avant cela, estime le président de la Conférence épiscopale italienne (CEI), «il faut un changement net et évident» dans ce pays «afin de ne pas laisser totalement échapper la situation». La veille, l’Italie apprenait le décès du caporal Matteo Vanzan à Nassiriya, à l’occasion des combats entre le contingent italien et les milices chiites de Moqtada Sadr.
Le cardinal Camillo Ruini, dans un long discours d’ouverture à l’assemblée plénière de la CEI, dans l’après-midi du 17 mai 2004. Le cardinal italien espère que l’Italie, un des principaux alliés de la coalition anglo-américaine en Irak, fera «des choix cohérents» pour porter «assistance» et être «proche» du peuple irakien.
Le président de la CEI souligne qu’il faut aussi éviter que l’Irak ne devienne un foyer de crises et de déstabilisations pour toute la région. Le cardinal Ruini s’est également arrêté sur les «lourdes conséquences» qu’a la situation internationale actuelle pour l’Italie, citant entre autres la capture des quatre otages en Irak, «dont l’un a été assassiné de manière barbare», et la mort durant nuit, d’un soldat italien à Nassiriya s’ajoutant aux 19 autres déjà tombés.
Le contingent militaire italien, basé dans cette ville au sud de Bagdad, avait déjà été l’objet d’un attentat en novembre 2003 et continue de subir des attaques, alors même que son rôle officiel devrait être celui d’une force de paix et de stabilisation. Aujourd’hui, avec la révolte des radicaux chiites dans les villes du Sud, les Italiens sont considérés comme une force d’occupation au même titre que les autres forces de la coalition.
Tortures et humiliations des prisonniers dénoncées
«La révélation récente des horribles tortures et humiliations auxquelles ont été soumis de nombreux prisonniers a secoué dramatiquement les consciences et a accentué le fossé de la haine et de l’incompréhension», a par ailleurs poursuivi le cardinal Ruini qui a qualifié d’ «effroyable» la «décapitation à la télévision d’un civil américain fait prisonnier».
Dans le mensuel en langue anglaise «Inside the Vatican», publié le 15 mai, le cardinal James Francis Stafford a également condamné ces tortures infligées aux prisonniers irakiens par les soldats américains. Le cardinal américain a rappelé qu’il avait publié une déclaration en février 2003, selon laquelle «le gouvernement américain avait compromis ses propres principes de base en assumant implicitement l’usage de la torture depuis le 11 septembre 2001». Le Grand pénitencier qui était alors à la tête du Conseil pontifical pour les laïcs, avait décidé d’écrire cette déclaration après avoir lu de nombreux articles à ce sujet et s’étonne aujourd’hui que «personne, à ce moment là, n’ait commenté ces articles».
La démocratie américaine engendrerait-elle de la barbarie ?
Pour lui, si les soldats américains et leurs supérieurs, en Irak, «avaient su qu’il y avait un refus explicite et absolu de la torture (.), alors ils y auraient pensé à deux fois avant de passer à l’acte». «Est-ce cela que la démocratie américaine est en train de produire ? Des hommes et des femmes qui, juste sous la surface de la civilisation américaine, de la culture américaine populaire, sont en train de devenir des barbares ? Est- ce cela que la démocratie américaine est en train de produire aujourd’hui ?» s’est-il interrogé.
«Nous sommes comme emprisonnés dans une spirale aveugle de violence ce qui est terrible. Pour en sortir il faudrait un sursaut d’intelligence ou un grand don de grâce», a affirmé pour sa part le cardinal Carlo Maria Martini dans un entretien au quotidien italien Il «Corriere della Sera» en date du 17 mai 2004. «Le pardon est un élément essentiel pour la réconciliation. Si personne ne sort de ses comptes sur les torts qu’il a subis, si chacun prétend à tout, il n’y aura jamais de réconciliation», a-t- il ajouté.
«Quand il y aura la paix à Jérusalem, il y aura la paix sur la Terre entière»
«Quand il y aura la paix à Jérusalem, il y aura la paix sur la Terre entière», a par ailleurs souligné l’archevêque émérite de Milan qui vit aujourd’hui une grande partie de l’année à Jérusalem. «Du défi que vit aujourd’hui le Proche-Orient dépend le futur de chacun de nous. Si nous n’apprenons pas à respecter et à valoriser la diversité, nous n’aurons pas d’avenir».
Pour le cardinal Martini, il convient d’insister aujourd’hui sur la coresponsabilité de la famille des nations. «Quand un peuple ou deux ne réussissent pas à sortir seuls de la spirale de la violence, les autres ont le devoir de leur porter secours», a-t-il conclu. (apic/imedia/be)



