Presque comme si Bush était inspiré par Dieu
Irak: Le cardinal Pio Laghi affirme que le Vatican avait raison contre Bush
Camaldoli, 8 octobre 2003 (Apic) Sept mois après avoir tenté de convaincre le président George W. Bush de ne pas attaquer l’Irak, le cardinal Pio Laghi confirme que le Vatican avait raison de refuser la voie de la confrontation armée. Interpellé par le Saint-Siège, Bush n’a rien voulu entendre, agissant «presque comme s’il était inspiré par Dieu», a-t-il ajouté.
Envoyé spécial de Jean Paul II à Washington pour tenter d’arrêter la machine de guerre américaine, le prélat italien relève que le pape était bien conscient des conséquences de la guerre et des difficultés de consolider la paix.
Participant à la rencontre mise sur pied le week-end dernier à l’ermitage de Camaldoli (Arezzo) par la revue catholique italienne «Il Regno», sur le thème «En son nom – Dieu et la confrontation des civilisations», le cardinal Laghi a commenté en détails sa rencontre de mars dernier à la Maison Blanche. Il y a rencontré Bush et d’autres responsables américains.
Cette édition des rencontres de Camaldoli s’est centrée notamment sur le christianisme et la démocratie dans le contexte mondial actuel, en particulier sur la signification et le fondement religieux et culturel de la confrontation entre les civilisations, le rôle de l’Europe élargie, les relations entre les divers islams et les Etats-Unis. Parmi les intervenants, on notait la présence des cardinaux Pio Laghi et Achille Silvestrini, ainsi que le président de la Commission européenne, Romano Prodi.
Rappelons qu’en mars dernier, trois semaines avant le déclenchement de la guerre américano-britannique contre l’Irak, Jean Paul II avait envoyé à Washington le cardinal Pio Laghi, ancien ambassadeur du Saint-Siège aux Etats-Unis, pour plaider contre la guerre. Le diplomate italien a déclaré ne pas avoir le sentiment que Bush et son équipe aient donné beaucoup de poids aux arguments du Pontife romain. «J’avais l’impression qu’ils avaient déjà pris leur décision», a-t-il souligné. Aujourd’hui, alors que les Etats-Unis et leurs alliés tentent tant bien que mal de se sortir du bourbier irakien, «les événements ont montré que les soucis du Saint-Siège étaient bien fondés».
Bush semblait vraiment croire en une guerre du bien contre le mal
Le cardinal Laghi a révélé que quand il s’est assis pour parler avec Bush le 5 mars dernier, le président a commencé par exposer de long en large les raisons en faveur de la guerre, jusqu’à ce que l’envoyé du pape l’interrompe en lui disant: «Je ne suis pas venu ici seulement pour écouter, mais aussi pour vous demander d’écouter». Le président américain a certes prêté attention au cardinal Laghi, mais il a élevé des objections contre les arguments moraux du Vatican, opposé à l’usage de la force. Il n’a pas tenu compte de son rejet de la soi-disant «guerre préventive» et de ses avertissements sur les conséquences concrètes de la guerre pour les Irakiens et les autres peuples.
Quand Bush a prétendu que le président irakien Saddam Hussein entraînait des membres de l’organisation terroriste al-Qaïda, le cardinal Laghi lui a demandé: «Etes-vous sûr? Où sont les preuves?» Le responsable du Vatican a également mis en question la conviction de l’administration Bush concernant la possession par l’Irak d’armes de destruction massive prêtes à être utilisées. Mais Bush ne doutait aucunement qu’il avait raison et agissait presque comme s’il était inspiré par Dieu, a souligné le prélat. «Il semblait vraiment croire en une guerre du bien contre le mal», a poursuivi le cardinal Pio Laghi.
Interrogé sur le désastre que la guerre allait déclencher, les désordres et les conflits entre les chiites, les sunnites et les Kurdes – «tout ce qui s’est en fait passé depuis ” – Bush a insisté pour affirmer que la démocratie serait le principal résultat de la guerre. A la fin de la rencontre, a encore raconté le cardinal Laghi, Bush a estimé que bien qu’ils n’étaient pas d’accord sur de nombreux points, tous deux avaient au moins des positions communes sur la défense de la vie humaine et l’opposition au clonage humain. Le cardinal a rétorqué que ces problèmes n’étaient pas le but de sa mission.
L’invasion: une faute sur le plan pratique et un échec du point de vue moral
Le prélat du Vatican s’est rapidement rendu compte que Bush et son entourage étaient déjà décidés à attaquer l’Irak. En sortant de la Maison Blanche, ce sentiment a été confirmé par un général des Marines qui lui a serré la main en lui disant: «Votre éminence, ne vous faites pas de souci. Ce que nous allons faire, nous allons le faire rapidement et bien».
Trois semaines plus tard, les frappes aériennes et la campagne terrestre contre l’Irak commençaient. Le cardinal Laghi a constaté que l’engagement pour la paix du pape et l’Eglise – notamment les prises de position des évêques américains – n’ont finalement eu que peu d’influence sur le cours des événements. Selon nombre de participants à la rencontre de Camaldoli, la persistance du chaos en Irak, le manque de services de base pour la population et les attaques quotidiennes contre les forces d’occupation montrent bien que l’invasion de l’Irak était une faute sur le plan pratique et un échec du point de vue moral. (apic/cns/be)



