Proches du régime pas rassurés?
Irak: Les préparatifs du voyage du pape interrompus
Rome, 6 octobre 1999 (APIC) La préparation du voyage de Jean Paul II en Irak est momentanément suspendue, en raison des réticences de certains proches du régime, qui redoutent les paroles que le pape pourrait prononcer au cours de sa visite, indique une source vaticane officielle, qui tient cependant à garder l’anonymat. Cette même source tempère cependant en faisant remarquer que le pape tient à ce voyage. Une visite qui n’aura sans doute jamais suscité autant l’utilisation du conditionnel dans l’information et la contre-information.
Envisagée pour début décembre prochain, la visite en Irak souhaitée par Jean Paul II a pour but un pèlerinage dans l’antique cité d’Ur (Chaldée), la patrie d’Abraham, située à l’emplacement de la ville actuelle de Tal al Muqayyar, dans le sud du pays. Ce serait l’un des pèlerinages que le pape désire effectuer, à l’occasion de l’an 2000, «aux lieux qui sont liés à l’histoire du salut». Et donc une visite «religieuse», à ceci près que le pape ne peut se rendre à Tal al Muqayyar sans passer par Bagdad et y rencontrer Saddam Hussein.
Le problème est que ce cette visite est diversement appréciée chez les proches du régime irakien. Certains – la majorité du peuple irakien – tiennent beaucoup à ce que Jean Paul II vienne pour attirer l’attention de la communauté internationale sur les souffrances de la population, dues aux attaques américaines et à l’embargo imposé au pays. D’autres, en revanche, indique la même source officielle, ont peur de ce que dira le pape qui, dans tous ses voyages, sans rentrer dans des considérations politiques, attire effectivement l’attention sur les souffrances du pays qu’il visite, en mettant forcément le doigt sur leurs causes, donc le régime…
Lettre peu appréciée
Le 29 septembre, quatre intellectuels irakiens ont publié une lettre, reprise sur le site Internet de l’agence irakienne Ina, directement contrôlée par le régime. Dénonçant «l’agression américano-sioniste» subie par les Irakiens, les signataires reprochent au pape de vouloir accomplir en Irak une visite qui ne serait «que» de nature religieuse et ne comporterait donc pas une dénonciation de l’»agression». Cette attitude a amené les diplomates du Saint-Siège à suspendre la préparation du voyage, dans l’attente d’une confirmation par Bagdad que la visite du pape ne sera pas exploitée à des fins politiques. Une confirmation qui pourrait avoir la forme d’une invitation officielle de la part du gouvernement irakien, que l’on attend toujours au Vatican, l’invitation n’ayant pour l’instant été adressée qu’oralement.
Concrètement, la suspension des préparatifs du voyage devrait entraîner l’annulation de celui que devait effectuer ces jours-ci le Père Tucci, jésuite chargé de l’organisation des déplacements du pape.
Le voyage de Jean Paul II en Irak reste toutefois envisagé, car le pape y tient vraiment beaucoup, dit-on à Rome. Par ailleurs, il n’y a pas d’obstacle réel venant des Etats-Unis, malgré leur opposition de principe, souligne-t-on encore. La visite devrait donc avoir lieu. Mais si la réponse de Bagdad devait tarder, les dates avancées jusqu’ici – du 3 au 5 décembre 1999 – pourraient être repoussées. (apic/imed/pr)



