Irak: Une religieuse dominicaine témoigne de l’horreur dans l’Irak d’aujourd’hui

«Ils nous avaient promis qu’il y aurait la liberté!»

New York, 12 juin 2008 (Apic) Pour Soeur Diana, une religieuse irakienne appartenant à la congrégation des soeurs dominicaines de Sainte Catherine de Sienne, la vie dans son pays est devenue un enfer. Son frère et six de ses cousins ont été assassinés depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003. La religieuse dominicaine, diplômée de l’Université de Mossoul en 2004, ne donne pas son nom par peur des représailles contre sa famille restée en Irak.

«Malgré tout, déclare-t-elle à l’agence de presse catholique américaine CNS, nous pouvons seulement garder la foi et l’espérance; je prie et j’espère que les choses vont aller mieux, sinon je ne serai pas capable de continuer ma vie et ma vocation». Soeur Diana a donné son témoignage au siège new-yorkais de l’Association d’Assistance catholique du Proche-Orient (Catholic Near East Welfare Association – CNEWA), une organisation missionnaire du Vatican pour les Eglises orientales fondée en 1924.

La religieuse catholique souligne qu’avant l’invasion américaine, la vie en Irak, était certes déjà difficile, notamment en raison des sanctions contre son pays. «Mais il y avait peu de violence, les gens étaient libres de suivre des études et ils jouissaient de la liberté de culte. Maintenant, la violence se déchaîne et frappe aveuglément, les médicaments et les soins médicaux font défaut, l’électricité est rationnée et limitée à quelques heures par jour, les déplacements sont difficiles et les étudiants ne peuvent suivre les cours que sporadiquement».

«La population avait pensé que la guerre allait changer l’Irak, mais cela n’a pas été dans le sens imaginé», juge-t-elle. «Nous pensions que ce serait différent… Ils nous avaient promis qu’il y aurait la liberté!» Mais c’est tout le contraire qui est arrivé. Maintenant, déplore la religieuse, «le futur de nos enfants est en danger. C’est une sorte de tragédie quand les enfants grandissent en voyant des attentats à la voiture piégée et des corps déchiquetés jonchant les rues. Ce n’est pas normal, c’est comme dans un film de fiction».

Lors de ses études, raconte-t-elle, elle devait lire à la lueur des chandelles, parce qu’il n’y avait ni électricité ni de carburant pour les générateurs. Les soldats gardaient les accès de l’Université et les cours étaient ponctués par des explosions. «En Irak, souligne-t-elle, nous aimons l’éducation, nous aimons aller à l’école, nous aimons étudier durement». Mais aujourd’hui, des 1’600 étudiants qui fréquentaient l’Université de Mossoul quand elle y suivait les cours, il n’en reste pas plus de 400. L’an dernier, 8 étudiants et 3 professeurs ont été enlevés pour obtenir des rançons. Ils ont été torturés avant d’être finalement relâchés.

«Parfois, pour les étudiants qui se rendent à l’Université, il leur faut trois heures de déplacement, en raison des problèmes de sécurité, et certains d’entre eux ne fréquentent l’établissement qu’un jour par semaine, ce qui n’est pas beaucoup pour étudier». La religieuse souligne que musulmans et chrétiens doivent faire face aux mêmes souffrances.

Les soldats américains «tirent sans savoir qui est innocent ou non»

Ceux qui exercent la violence en Irak relèvent de groupes différents, que ce soient des terroristes locaux, des militants étrangers ou de simples criminels qui profitent de la situation. Soeur Diana déplore que les soldats américains «tirent sans savoir qui est innocent ou non». Son ophtalmologue a ainsi été abattu par un soldat américain un jour au sortir de son cabinet. «Si vous frappez à une porte dans n’importe quelle ville du pays, chaque famille irakienne aura une histoire de violence et de perte d’un être cher à vous raconter», affirme la religieuse de Mossoul. Son propre frère, père de quatre enfants, a été tué par des «hommes masqués» un jour, à la sortie de son travail.

La minorité chrétienne fond comme neige au soleil

Si les chrétiens ont été dans l’histoire récente de l’Irak une minorité toujours plus petite, leur nombre a très rapidement diminué depuis l’invasion américaine de 2003. Et nombre des quelque 350’000 catholiques encore en Irak ont cherché refuge dans la région septentrionale du Kurdistan. Dans les villes irakiennes, notamment à Bagdad et à Mossoul, les églises jadis pleines à craquer se vident. Souvent il n’y a plus que 20 à 30 personnes à la messe. Les militants donnent aux chrétiens le choix entre «payer une rançon pour pouvoir pratiquer leur religion, se convertir à l’islam ou abandonner leur maison et tous leurs biens».

Soeur Diana, qui vit dans l’Etat américain du Michigan depuis 2006, estime que si la guerre devait encore durer quatre années supplémentaires, «les gens partiront encore davantage… il y a déjà 2 millions de morts et 4,5 millions de réfugiés et de déplacés internes». Malgré les promesses du gouvernement américain d’accueillir aux Etats-Unis 12’000 réfugiés irakiens jusqu’en octobre prochain, ils ne sont pour le moment que 4’742, selon le Département d’Etat américain.

«L’objectif du gouvernement est bien loin d’être atteint», a confirmé Anastasia Brown, directrice des programmes pour réfugiés de la Conférence épiscopale catholique des Etats-Unis. Et d’estimer que le nombre affiché de 12’000 réfugiés irakiens qui devraient être installés sur sol américain est bien trop faible au regard des près de 4,9 millions d’Irakiens qui ont été forcés de quitter leur maison, chassés par la guerre. Quelque 1,5 million d’Irakiens ont trouvé refuge en Syrie, près d’un million d’autres en Jordanie. (apic/cns/be)

12 juin 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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