Un moment historique pour les relations islamo-chrétiennes

Iran-Vatican: Le président iranien Mohammad Khatami rencontre le pape jeudi

Téhéran, 9 mars 1999 (APIC) La visite de trois jours en Italie du président iranien Mohammad Khatami, arrivé mardi à Rome, marque le retour de l’Iran sur la scène internationale. Après 20 ans de mise en quarantaine due aux débordements de la révolution islamique de 1979, à Téhéran l’heure est à l’ouverture. La rencontre jeudi du pape Jean Paul II avec le président iranien – dont le pays exerce un grande influence dans le monde musulman – est un «événement historique», souligne Mgr Romeo Panciroli, nonce apostolique à Téhéran.

«La rencontre du président Khatami avec le pape est d’une importance capitale pour l’avenir du dialogue islamo-chrétien», affirme l’archevêque Panciroli. Si en Italie, l’intérêt de cette première visite en Europe d’un chef d’Etat iranien depuis 1979 se concentre sur les aspects politiques et économiques – un contrat d’un milliard de dollars vient d’être conclu avec les pétroliers français Elf et italien ENI pour l’exploitation du gisement de Doroud – en Iran, l’accent est mis avant tout sur la rencontre avec le pape. «A Téhéran, les gens s’intéressent surtout à la rencontre avec le pape», affirme Mgr Panciroli.

«L’Iran est un grand pays, il joue un rôle de leader dans le monde islamique et jouit d’une grande influence au Moyen-Orient. Khatami est à la tête de l’Organisation de la Conférence Islamique, qui regroupe 55 pays musulmans. C’est la première fois que le chef d’une organisation islamique aussi importante rend visite au pape. La signification de cette rencontre est par conséquent très grande pour l’avenir des rapports entre les deux religions», poursuit le nonce apostolique à Téhéran.

Un changement réjouissant d’attitude à l’égard des chrétiens

Dans les milieux ecclésiastiques à Téhéran, on va suivre avec attention le déroulement de cette rencontre qui pourrait contribuer à diminuer les tensions entre l’Eglise et les musulmans dans le monde. Même les responsables gouvernementaux iraniens la qualifient de «fait historique». Une telle rencontre ne donne pas de fruits immédiatement, mais à long terme crée un terrain fécond pour le dialogue. «C’est un changement d’attitude à l’égard des chrétiens qui donne à espérer», poursuit le nonce à Téhéran. Pour l’anecdote, Mohammad Khatami devrait remettre au pape les cassettes sous-titrées d’une série télévisée filmée dans la République Islamique qui illustre les persécutions subies par les chrétiens dans l’empire romain.

Moazemi Goudarzi, responsable du bureau romain de l’agence officielle iranienne IRNA, confirme dans un entretien avec l’agence vaticane FIDES que cette visite au pape réjouit la population iranienne et est suivie avec grand intérêt. «C’est une occasion de renforcer les relations. Les citoyens iraniens sont très religieux, c’est pourquoi la rencontre avec le pape suscite curiosité et émotion. Khatami, philosophe et homme de culture, parle depuis un certain temps déjàà de dialogue entre les religions et les civilisations, raison pour laquelle la rencontre a une grande signification religieuse».

Lors de son discours de Nouvel An, le président iranien a souhaité en effet une amélioration des rapports islamo-chrétiens et un progrès du dialogue en invoquant la paix, les bénédictions et l’amitié entre les hommes. A cette occasion, Mohammad Khatami a demandé aux Nations Unies de lancer une «année internationale pour le dialogue entre les civilisations». En Iran, pays musulman d’obédience chiite, vivent diverses minorités religieuses plus ou moins bien tolérées, et un espace est garanti à la petite minorité chrétienne. A côté des orthodoxes, les plus nombreux, les catholiques ne forment qu’une petite communauté de 13’000 fidèles de rite chaldéen, arménien et latin.

Malgré les tensions provoquées par la révolution islamique, les relations diplomatiques entre la République islamique et le Saint-Siège n’ont jamais été rompues. La visite du président réformateur MohammadKhatami consacre sa politique d’ouverture diplomatique et ses efforts pour restaurer l’image internationale de la République islamique. Elle témoigne du net réchauffement des relations entre l’Union Européenne et Téhéran depuis l’élection de Khatami en mai 1997.

Des manifestations anti-Khatami sont prévues

Le président iranien a rencontré mardi son homologue italien Oscar Luigi Scalfaro et aura un entretien mercredi avec le chef du gouvernement Massimo d’Alema. A l’instar de l’opposition iranienne à l’extérieur, qui prépare des manifestations anti-Khatami à Rome, plusieurs responsables politiques italiens ont fait part de leurs réserves ou de leur franche hostilité à cette visite. Ils rappellent les flagrantes violations des droits de l’homme au pays des «mollahs», tandis que d’autres soulignent la nécessité de soutenir les efforts d’ouverture des «modérés». La République islamique a été longtemps décriée comme l’un des foyers du fondamentalisme islamique et du terrorisme international par les Etats-Unis. Washington, contrairement à l’Europe, considère toujours l’Iran comme un pays «hors-la-loi». L’Union Européenne s’est vivement opposée à plusieurs reprises aux sanctions US contre l’Iran et de d’importants contrats ont été signés, malgré les menaces de sanctions économiques américaines. (apic/fides/be)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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