Entre pétrodollars saoudiens et traditions africaines

Islam en Afrique: lutte entre extrémisme et tolérance

Pierre Rottet, avec Ibrahima Cissé et Amadou Ndongo, au Sénégal

Dakar, 20 février 2002 (APIC) Tiraillés entre les courants modérés et extrémistes de l’islam, les musulmans d’Afrique observent avec une certaine inquiétude le monde et les Etats-Unis s’agiter après les événements du 11 septembre, de l’Afghanistan, et les menaces d’interventions tous azimuts de Washington. Depuis la révolution iranienne, en février 1979, une âpre bataille oppose intégristes et modérés pour le contrôle de l’islam en Afrique. Appuyés par une nouvelle génération de cadres arabophones formés dans les riches pays arabes du Golfe – et notamment en Arabie Saoudite – , les fondamentalistes entendent imposer un islam agressif et strict. Un courant qui ne passe guère du côté des modérés, héritiers d’un islam africain traditionnel, généralement ouvert et tolérant.

Sur un point au moins, tous les musulmans d’Afrique sont d’accord. Les attentats du 11 septembre 2001 ont mis l’islam à rude épreuve. A tort ou à raison, des hommes qui portent des noms islamiques sont accusés ou suspectés d’en être les auteurs ou complices, commente Oumar Atjié, responsable dans une organisation islamique internationale basée à Dakar. Mais la divergence entre musulmans est apparue au grand jour après le déclenchement des frappes militaires en Afghanistan. Alors que les gouvernements et les musulmans modérés condamnaient cette action du bout des lèvres, les fondamentalistes mobilisaient les populations quotidiennement dans les rues pour dénoncer ce qu’elles ont appelé le «terrorisme américain». Le mouvement s’est depuis estompé, écartant du coup, pour l’instant, les menaces de radicalisation des intégristes musulmans dans leurs luttes tout azimut pour un islam pur et dur.

Les fondamentalistes musulmans dont on craignait des réactions incontrôlées, violentes et imprévues, se contentent pour l’heure de lancer des attaques verbales contre les Etats-Unis et leur hégémonie dans le monde, relève Oumar Atjié. En dehors des incidents enregistrés lors de manifestations contre l’intervention militaire américaine en Afghanistan – notamment au Kenya, en Egypte, au Nigeria où plus d’une dizaine de personnes ont été tuées -, les intégristes musulmans d’Afrique et leurs mouvements semblent être comme atteints de paralysie. «Pris dans une sorte d’étau, les extrémiste musulmans n’ont plus que leurs voix pour exprimer leur mécontentement ou leur désapprobation de la politique américaine». Mais attention, avertit-il, si l’oppression contre les populations musulmanes, comme en Palestine ne s’arrêtent pas, des réactions dangereuses pourraient avoir lieu, «même s’il est difficile d’en déterminer le temps et la manière, la cause étant constante».

Les musulmans d’Afrique qui pratiquaient jusqu’ici un islam tolérant, suivent par conséquent avec inquiétude la nouvelle évolution de leur religion et du monde. Tiraillés et influencés qu’ils sont par les nombreux courants qui traversent les communautés musulmanes. A la fois choqué et bouleversé par les attentats du 11 septembre, le monde musulman de ce continent est cependant divisé sur l’appréciation de leurs causes et de leurs conséquences politique et religieuse. Cette divergence n’a toutefois pas entraîné de modification complète du jeu islamique dans la région, pas plus qu’elle n’a débouché sur une radicalisation des extrémismes religieux, dans une Afrique à plus de 60 % musulmane. Plus de 30 ans de discours intégristes, ouvertement favorables à une application stricte des règles de la religion, n’ont finalement peu eu de prises, sinon celle de favoriser l’avènement de l’application de la charia – loi islamique -, telle qu’imposée dans 12 Etats du Nigeria, sur 36 que compte le pays.

La bataille entre intégristes et modérés

Depuis la révolution iranienne, en février 1979, une âpre bataille oppose intégristes et modérés pour le contrôle de l’islam en Afrique. Les fondamentalistes d’une part, composée d’une nouvelle génération de cadres arabophones formés dans les universités, instituts ou hautes écoles des riches pays arabes du Golfe, favorables à un islam agressif et strict; les modérés de l’autre, héritiers d’un islam traditionnel ouvert et tolérant.

Ces positions entraînent souvent des confrontations entre partisans des deux camps. Ces troubles, s’ils varient d’un pays à l’autre, ont cependant les mêmes causes: le contrôle des mosquées. De façon générale, tous les pays africains sont confrontés au phénomène de l’extrémisme islamique. En Algérie, au Nigeria, au Niger, au Kenya, en Afrique du Sud, au Soudan, en Egypte, au Rwanda, au Cameroun, au Sénégal, en Gambie, entre autres, les fondamentalistes musulmans tentent d’imposer leur diktat.

En fait, estime la Marocaine Samia Labidi, l’»internationale islamiste» que veulent imposer les intégristes, est «parallèle». «Elle cherche l’instauration d’Etats islamistes dans les pays musulmans, mais aussi l’affaiblissement des Etats occidentaux».

Auteur de deux ouvrages sur «Karim mon frère ex-intégriste et terroriste» et «D. Le Zéro neutre», elle estime qu’il va falloir prendre au sérieux cette «internationale islamiste», «quelle que soit l’absurdité de son idéologie dévastatrice et non respectueuse du droit à la différence». (apic/ibc/an/pr)

20 février 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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