Protestation du Conseil des villages bédouins non reconnus
Israël: Bédouins du Néguev outrés par la démolition de leur mosquée par le gouvernement
Beersheba, 6 février 2003 (APIC) Les Bédouins du Néguev – des citoyens israéliens largement discriminés -, sont outrés par la démolition mercredi de leur mosquée, ordonnée par le Ministère israélien de l’Intérieur dans le village de Tel el-Maleh. Il s’agit d’un des nombreux villages bédouins du désert du Néguev non reconnus par le gouvernement israélien, ce qui rend toute construction illégale.
L’Association de défense des droits civils en Israël a vivement dénoncé cette démolition dans une lettre au Premier ministre israélien et demandé qu’il ordonne un arrêt immédiat des mesures prises contre les villages non reconnus, afin qu’une solution puisse être trouvée pour leurs habitants.
Aujourd’hui, dans le désert du Néguev, quelque 70’000 Bédouins, citoyens israéliens – la moitié de la communauté bédouine – vivent dans 45 villages non reconnus, sans plans d’aménagements ni infrastructures, bien que certains d’entre eux existaient bien avant la création de l’Etat d’Israël. Dans ces villages sans existence légale et même pas inscrits sur les cartes, toute construction est interdite et les bulldozers du gouvernement rasent souvent des habitations, qui sont reconstruites aussitôt. Reléguées dans des zones de non-droit, ces populations discriminées n’ont pas accès aux services publics israéliens. La plupart des familles, avec huit enfants en moyenne, n’ont ni eau courante ni infrastructures édilitaires, scolaires ou médicales. 50% d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté.
Selon le Conseil régional des villages bédouins palestiniens non reconnus, qui défend les droits de cette minorité discriminée, le gouvernement Sharon veut expulser les habitants des villages non reconnus, les regrouper dans trois «townships», et confisquer leurs terres. «Cela signifie le déracinement de près de 70’000 personnes et une destruction massive de maisons sans alternatives de logement», affirme le Conseil des villages bédouins non reconnus.
Destruction de la mosquée: une «étincelle qui pourrait embraser le Néguev»
Mercredi, au grand dam des fidèles bédouins, des inspecteurs du Ministère israélien de l’Intérieur ont détruit la mosquée du village «non reconnu» de Tel el-Maleh. Le député à la Knesset Taleb A Sanna, de la Liste Arabe Unie a mis en garde le gouvernement israélien qui, en détruisant un lieu de culte musulman, «a franchi la ligne rouge», rapporte jeudi le quotidien israélien «Ha’aretz». «C’est très grave et dangereux, et cela pourrait conduire à une insurrection de la population», a-t-il lancé.
La mosquée de 100m2 et d’une valeur de 20’000 euros a été financée par les 3’000 villageois. Elle a été bâtie sans autorisation, parce que le gouvernement israélien déclare illégale toute construction dans les «villages non reconnus», mis hors des plans d’aménagement. Les villageois ont décidé immédiatement de reconstruire leur lieu de culte sans permis de construire. «C’est la première fois qu’un tel incident, la destruction d’un lieu saint et l’atteinte à la dignité des résidents musulmans du Néguev, a lieu», a déclaré le député Taleb A Sanna, lui-même d’origine bédouine.
Selon Jaber Abou Kaff, président du Conseil régional des villages bédouins palestiniens non reconnus, la destruction de la mosquée pourrait être «l’étincelle qui pourrait embraser le Néguev». Le responsable bédouin rappelle que les habitants du Néguev ne sont pas des réfugiés que l’on peut déplacer comme on veut, car il s’agit de la terre de leurs ancêtres, et ils ont toujours vécu là. Mais aujourd’hui, déplore-t-il, «85 % du Néguev sont classés ’zone militaire’ ou ’réserve naturelle’ par le gouvernement», tandis que les autorités distribuent de la terre à des agriculteurs juifs «pour empêcher les Bédouins de s’y installer.» (apic/haar/be)



