Le doyen lausannois René Levy parmi les signataires de l’appel

Israël: Des professeurs d’Université mettent en garde contre le risque d’épuration ethnique

Londres/Haïfa/Lausanne, 30 septembre 2002 (APIC) Une centaine de professeurs d’Université en Israël ou membres de la diaspora juive à l’étranger mettent en garde contre le risque «d’épuration ethnique» dont pourraient être victimes les populations palestiniennes sous le couvert de la guerre d’Irak. Parmi les signataires, on note la présence du professeur René Levy, professeur de sociologie et doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques (SSP) de l’Université de Lausanne.

Critique depuis longtemps de la politique de l’Etat d’Israël, René Levy, qui se dit «horrifié» par les actions du régime de Sharon, veut lancer un appel à un sursaut éthique.

La déportation des Palestiniens serait, selon la lettre initiée par le professeur Jacob Katriel, de l’Institut israélien de Technologie, le «Technion» de Haïfa, «un crime contre l’humanité». D’après la presse israélienne de lundi, les académiciens israéliens ont envoyé leur lettre au quotidien britannique «The Guardian» avertissant que le gouvernement Sharon pourrait profiter de la situation pour procéder au «transfert» complet des Palestiniens à la faveur du «brouillard de la guerre».

Les signataires de l’appel se disent profondément inquiets que le gouvernement israélien commette ainsi d’autres crimes contre le peuple palestinien à la faveur de la guerre contre l’Irak. Ils se disent «horrifiés» par la montée en puissance de l’agression américaine contre l’Irak et par l’enthousiasme pour la guerre dont font montre les responsables politiques israéliens.

Les Palestiniens qualifiés de «manifestation cancéreuse» qu’il faut traiter chimiquement

Les académiciens juifs d’Israël et de la diaspora dénoncent la présence dans la coalition gouvernementale au pouvoir en Israël d’ardents partisans de la politique du «transfert», c’est-à-dire de la déportation des populations civiles au-delà du Jourdain, dans le but de résoudre «le problème démographique». Ils déplorent que régulièrement des politiciens israéliens suggèrent publiquement dans les médias l’expulsion par la force des populations, comme l’ont encore fait récemment les députés de droite Michael Kleiner et Benny Elon.

Dans une récente interview au quotidien israélien «Ha’aretz», le chef d’Etat-major de Tsahal, Moshe Ya’alon, a qualifié les Palestiniens de «manifestation cancéreuse» et a estimé que les opérations militaires dans les territoires occupés équivalaient à une «chimiothérapie». Il a même laissé entendre qu’un «traitement» plus radical pourrait être nécessaire. De tels propos extrémistes bénéficient de l’appui du Premier ministre israélien Ariel Sharon. «L’escalade de la démagogique raciste concernant les citoyens palestiniens d’Israël peut indiquer l’étendu des crimes qui pourraient être commis», peut-on lire dans la lettre qui lance un appel à la vigilance de la communauté internationale pour prévenir «un nouveau crime contre l’humanité».

Parmi les signataires, on note la présence de professeurs d’Universités israéliennes, américaines, canadienne et suisse, dont le professeur Ilan Pappe, «nouvel historien israélien» de Haïfa, ou celle du professeur Daniel Boyarin, de Berkeley.

Il y a un occupant et un occupé

Interrogé lundi par l’agence APIC, le professeur René Levy souligne qu’il s’exprime à titre personnel et qu’il s’est associé à la démarche d’un groupe de professeurs israéliens provenant surtout de l’Université de Haïfa. Il estime que si sa position reste assez minoritaire au sein de la communauté juive, il est nécessaire de réagir et de s’alarmer de la déshumanisation croissante, «car de part et d’autre, les deux peuples sont transformés en monstres par la situation actuelle». Mais, tient-il à souligner en rappelant qu’il y a un occupant et un occupé, «on ne peut pas prétendre que la situation serait parallèle et équilibrée, car il ne faut pas oublier qu’elle est caractérisée par un décalage de pouvoir phénoménal». «Ce qui se passe actuellement en Israël et dans les territoires occupés ne peut pas se faire au nom de tous les juifs, dont beaucoup sont soumis à des pressions qui les empêche de s’exprimer. L’idée du ’transfert’ des Palestiniens court depuis des années en Israël, mais il y a des voix de plus en plus pressantes et de plus en plus proches du gouvernement qui militent pour leur expulsion par la force de leurs territoires.» (apic/haar/be)

30 septembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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