Israël: L’annonce prématurée de la visite du pape, un «faux pas diplomatique»

Mosquée de Nazareth, le gouvernement pourrait revoir sa position

Jérusalem, 21 décembre 1999 (APIC) L’annonce prématurée de la visite de Jean Paul II en mars 2000 en Israël a provoqué un réel agacement au Ministère israélien des Affaires étrangères, où des responsables parlaient lundi de «faux pas diplomatique». Echaudé par les provocations islamistes à Nazareth – où un groupuscule fondamentalistes profère insultes et menaces contre une éventuelle venue du pape – le gouvernement israélien est nerveux. Il pourrait retirer l’autorisation donnée aux islamistes d’édifier une mosquée près de la Basilique de l’Annonciation.

Dimanche, la présidence du Conseil israélien a pris les devants en annonçant la nouvelle, avant que le Vatican ne confirme officiellement la venue du pape à Jérusalem le 21 mars, jour de la fête juive de Pourim (les Sorts), qui commémore la libération du peuple juif en Perse sous la reine Esther. Des responsables du Ministère israélien des Affaires étrangères auraient préféré attendre que le Vatican n’annonce lui-même la visite. Israël a présenté des excuses pour cette façon de faire un peu cavalière et peu diplomatique.

Si le gouvernement israélien a annoncé officiellement le 19 décembre les dates du voyage de Jean Paul II en Israël, à Jérusalem et dans les territoires palestiniens, du 21 au 26 mars prochain, ni les autorités ecclésiastiques de Terre Sainte ni le Saint-Siège n’en ont encore confirmé le programme détaillé, celui-ci n’étant pas encore définitivement établi. Toutefois, les éléments annoncés par les médias israéliens à la suite du communiqué gouvernemental, permettent déjà de prévoir quelles seront les étapes principales de ce qui devrait être le 90ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie.

Avant d’arriver en Israël, Jean Paul II passera par la Jordanie, arrivant à Amman le 20 mars, pour se rendre sur le mont Nebo, à Madaba, à une quarantaine de km de la capitale (où, selon la tradition, est enterré Moïse), puis à l’endroit où le Christ a été baptisé au bord du Jourdain (sur la rive gauche, en territoire jordanien).

Point culminant du côté israélien: la visite de Jean Paul II à Yad Vashem

Du côté israélien, le point culminant sera la visite de Jean Paul II au mémorial de l’holocauste à Yad Vashem: «Sans aucun doute la partie la plus importante du programme, de notre point de vue, car le pape rendra hommage aux victimes de l’Holocauste,» a déclaré à la radio israélienne Aharon Lopez, ambassadeur d’Israël près le Saint Siège.

Durant sa visite, qui s’achèvera le 26 mars, le pape rencontrera le président israélien Ezer Weizman et le Premier Ministre Ehud Barak à l’aéroport de Tel Aviv le 21 mars. Il visitera les lieux saints chrétiens de Jérusalem, célébrera une messe pontificale à la basilique de la Nativité de Bethléem le 22 mars. A Bethléem, ville où est né Jésus, qui se trouve dans la zone contrôlée par l’Autonomie Palestinienne, il sera reçu par le président palestinien Yasser Arafat.

Le pape pris à partie par des tracts à Nazareth

Jean Paul II doit également se rendre en Galilée, où Jésus a passé son enfance. Il se rendra au bord du lac de Tibériade, à Capharnaüm, puis sur le Mont des Béatitudes, où il devrait répéter le «Sermon sur la montagne» de l’Evangile, devant quelque 50’000 jeunes. Le pape devrait ensuite inaugurer à cette occasion une résidence d’une centaine de chambres, la «Domus Galilaeae», construite par le «Chemin néocatécuménal», qui veut en faire une maison d’étude de la Parole de Dieu. Enfin le pape devrait se trouverait à Nazareth le 25 mars pour y célébrer la fête de l’Annonciation, au cours d’une messe solennelle retransmise en mondovision.

Mais Nazareth, ville où l’ange Gabriel annonça à Marie qu’elle donnerait naissance au Sauveur, est à nouveau sous haute tension. Les chrétiens de Nazareth craignent pour la venue du pape, car un tract incendiaire a été distribué durant la semaine. Supposé rédigé par les milieux musulmans extrémistes, il ne porte aucune signature, mais attaque de façon vulgaire le pape, les chrétiens et la basilique de l’Annonciation.

Le texte du tract, en arabe, affuble Jean Paul II d’épithètes grossiers et lance des menaces à peine voilées si le pape «songe à la visite de 2000». Les chrétiens de la ville sont également dans le collimateur des auteurs anonymes: «Nous brûlerons vos maisons de nos mains. Tout le monde nous regardera et la presse mondiale parlera de nous», révèle lundi l’agence d’information missionnaire vaticane FIDES. «La croix doit disparaître, l’islam doit prendre sa place» en Terre Sainte, peut-on lire sur ce pamphlet incendiaire. Qui s’en prend également à l’église de l’Annonciation qui doit «être purifiée des incroyants qui la souillent. Nous la transformerons en mosquée!».

Chrétiens agressés, passivité israélienne

Mgr Giovanni Battistelli, custode (gardien) franciscain de Terre Sainte, constate la grande tristesse et la tension qui règnent chez les chrétiens, malgré les assurances des Ministres israéliens du Culte et du Tourisme. La provocation crée un climat très tendu qui a déjà entraîné des violences tout près de la basilique de l’Annonciation. Vendredi dernier, un chrétien du lieu a été poignardé tandis qu’un autre jeune, qui portait un croix au cou, a été giflé, des pèlerins insultés.

Les jours précédents, des fondamentalistes ont lancé des pierres et des cailloux contre l’église saint Joseph, des pèlerins ont dû se réfugier dans l’église pour se mettre à l’abri, et un prêtre franciscain a reçu des crachats. Le Père Battistelli relève que les fondamentalistes, qui avaient accepté de se retirer de la place près de la basilique de l’Annonciation contre la promesse de pouvoir bâtir une mosquée, occupent à nouveau toute la place, que le gouvernement israélien avait pourtant demandé de laisser libre. «Les autorités israéliennes semblent absentes ou donnent des assurances fragiles», déplore le responsable franciscain.

Pour le 24 au matin, veille de Noël, les chrétiens de Nazareth préparent une procession et une manifestation des jeunes scouts chrétiens. «Mais la police n’a pas participé à la rencontre de préparation pour la sécurité !», déplore le Père Battistelli.

Les musulmans se distancient d’un groupe de «fanatiques»

Le Père franciscain David Jaeger, un des protagonistes de l’accord diplomatique entre Israël et le Saint-Siège, rapporte les sentiments d’inquiétude qui prévalent au sein de la communauté chrétienne de Nazareth: «Les gens du peuple sont préoccupés, car même s’il s’agit de groupes fondamentalistes minoritaires, ces militants se sentent forts et protégés par la décision du gouvernement israélien d’accorder le permis pour la construction de la mosquée». Le militantisme islamiste n’inquiète pas que les chrétiens.

A Nazareth, le Père Jaeger a rencontré des musulmans, hommes d’affaires ou gens de la culture, qui regrettent le climat d’intolérance suscité par les activistes: «L’attitude des fondamentalistes n’est pas l’expression de l’islam, mais seulement d’un groupe de fanatiques…» D’ailleurs, des voix musulmanes se sont élevées contre la construction de la mosquée à Nazareth, venant d’Egypte, d’Arabie Saoudite et de l’Autorité Palestinienne.

Le Père Jaeger confirme qu’au sein du gouvernement israélien également la préoccupation est vive. On assisterait même à un certain revirement et le permis accordé par le Ministre Ben Ami pour la construction de la mosquée en face de la basilique de l’Annonciation pourrait être annulé si les extrémistes vont trop loin. «Au sein du gouvernement, on réfléchit, avant tout en raison des pressions venues du monde catholique international, et puis, parce que les membres du gouvernement s’aperçoivent eux aussi qu’ils ont réveillé une force que l’on ne sait plus comment arrêter.»

Jérusalem «réunifiée» ou «occupée» ?

Selon le gouvernement israélien, le pape devrait rencontrer les Grands rabbins ashkénaze et séfarade, «probablement au Mur occidental» (Mur des lamentations) et sa visite devrait encore comprendre le dernier jour, le dimanche 26 mars, une rencontre interreligieuse avec les autres «enfants d’Abraham». (Tant le judaïsme que le christianisme et l’islam se réclament d’Abraham, «père des croyants»). Ce sera la première fois qu’un Souverain pontife visitera Jérusalem depuis que la partie orientale de ville, où se trouvent les lieux saints chrétiens, juifs et musulmans, est occupée par Israël. Du côté juif, on parle de «réunification» de la ville sainte. Mais l’on ne sait pas encore si une délégation officielle israélienne accompagnera le pape à Jérusalem-Est, ce qui donnerait sans aucun doute une tournure politique à l’événement.

Lors de la visite de Paul VI en 1964, la partie orientale de Jérusalem était sous souveraineté jordanienne. Malgré l’affaire de la mosquée de Nazareth, qui a fâché le Vatican, les relations entre le Saint-Siège et Israël se sont réchauffées ces dernières années en raison notamment des importants gestes en direction des juifs posés par le pape Jean Paul II. Le rapprochement a culminé avec l’établissement de relations diplomatiques complètes en 1994. (apic/jpost/fides/imed/be)

20 décembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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