Israël: La décision de faire venir 20’000 Falachmoras d’Ethiopie qualifiée d’»irresponsable»

De nombreux autres Ethiopiens voudront émigrer en Israël

Jérusalem, 19 février 2003 (APIC) La décision du gouvernement israélien cette semaine de faire venir en Israël 20’000 Falachmoras – des Ethiopiens d’origine juive aujourd’hui christianisés – est considérée comme «irresponsable» et «arbitraire». La pression à l’immigration ne va pas s’arrêter à ce quota, car d’autres Ethiopiens voudront émigrer en direction d’Israël, estime la presse israélienne d’opposition.

Mercredi, dans son éditorial, le journal israélien «Ha’aretz» rappelle que cette immigration est arbitraire, car les Falachmoras ne peuvent venir en Israël en vertu de la Loi du Retour qui ne s’applique qu’aux juifs. C’est d’autre part irresponsable car le coût direct d’une telle opération est estimé à 2 milliards de dollars, une somme dont on aurait grandement besoin pour faire face aux besoins sociaux vitaux dans ce temps de crise économique.

Le journal de tendance laïque rappelle que depuis le début de l’immigration de masse en provenance d’Ethiopie dans les années 80, le gouvernement avait toujours fait une claire distinction entre les juifs qui avaient préservé des signes sans équivoques de leur judaïsme, et les Falachmoras, dont certains sont restés volontairement attachés à leur foi chrétienne. La distinction entre juifs et non juifs – qui ne peuvent bénéficier de la Loi du Retour – était basée sur les décrets halachiques, la loi religieuse juive, émis par le rabbin Ovadia Yosef et les ministres du parti ultraorthodoxe Shas défendaient cette politique avec beaucoup de zèle.

Pas la meilleure solution pour Israël, ni pour les Falachmoras

Ha’aretz affirme que les activistes juifs américains qui ont fait campagne de façon enthousiaste pour l’immigration des juifs éthiopiens n’ont pas bien considéré ce qui est mieux pour Israël ou pour ces gens qui ont tout vendu et qui se sont rassemblés dans la capitale Addis Abéba, où ils attendent depuis des années dans des conditions de pauvreté oppressantes qu’Israël daigne les laisser entrer. Les militants américains les ont encouragés à ignorer la politique déclarée d’Israël. Il semble qu’ils aient eu raison, puisque apparemment Israël a mis de côté sa politique officielle et les décrets religieux halachiques.

Le quotidien israélien voit derrière ce changement la force de parties intéressées, tant au niveau local qu’au plan international, notamment de nombreux groupes religieux qui soutiennent le mouvement de «retour au judaïsme» et des groupes excentriques qui ne cessent de chercher par le monde des tribus exotiques pour les emmener en Israël, visiblement pour renforcer l’avantage démographique des juifs en Israël, qui a tendance à se rétrécir.

Mais le journal estime que le prochain ministre de l’Intérieur devra tenir compte du fait qu’il est impossible d’ouvrir les portes du pays aux Falachmoras et de n’accepter qu’un quota final de 20’000, alors qu’ils sont bien plus nombreux à vouloir immigrer en Israël. Tout quota, estime le journal, se révélera bientôt sans signification, et la pression à l’immigration va continuer jusqu’au moment où Israël sera bien forcé de freiner le flux. Et le gouvernement n’aura alors plus aucune explication convaincante à fournir, tant du point de vue administrative que de la halacha. Le ministre de l’Intérieur sera forcé de revenir sur la décision hâtive prise cette semaine et devra à nouveau appliquer aux Falachmoras les mêmes règlements sur l’immigration valables pour tous les immigrants non juifs désirant s’installer en Israël. Ce qui, pour le journal, garantira que dans l’avenir un nombre relativement modeste de Falachmoras pourra être absorbé, comme cela a été le cas jusqu’à maintenant. (apic/haar/be)

19 février 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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