Annulation définitive du permis de la mosquée de Nazareth exigée

Israël: Les leaders chrétiens de Terre Sainte interpellent le gouvernement israélien

Jérusalem, 12 février 2002 (APIC) Les leaders chrétiens de Terre Sainte ont une nouvelle fois interpellé le gouvernement israélien pour qu’il annule «définitivement et rapidement» le permis de construire de la mosquée de Nazareth. Une délégation conduite par le nonce apostolique en Israël, Mgr Pietro Sambi, a rendu visite lundi à la Commission ministérielle israélienne chargée du dossier, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem.

Mgr Sambi était accompagné du Père franciscain David Jaeger, conseiller juridique de la représentation pontificale à Jérusalem et membre du Conseil de direction de la Custodie de Terre Sainte, et du Révérend Charles Kopp, représentant des communautés protestantes et évangéliques. Les milieux chrétiens estiment que les gouvernements israéliens successifs laissent pourrir la situation pour des raisons d’opportunisme politique, en spéculant sur l’appui de l’électorat musulman, majoritaire dans la population arabe israélienne.

Israël laisse pourrir la situation et fait le jeu des extrémistes

La Commission ministérielle israélienne, créée ad hoc le 9 janvier dernier, aurait dû proposer des solutions au gouvernement jusqu’au 23 janvier, mais a entre-temps renvoyé ses conclusions à plus tard. Pour les chrétiens de Terre Sainte, le retard pris dans la décision aggrave la situation: les extrémistes bloquent l’afflux des fidèles au sanctuaire de la Basilique de l’Annonciation et crient par haut-parleurs des insultes et des menaces contre les chefs des Eglises chrétiennes et les fidèles chrétiens en Israël. Tout ceci se passe sans que les forces de l’ordre israéliennes n’interviennent, déplorent les responsables chrétiens.

«Seule une décision rapide de rétablir l’ordre public pourrait rassurer les fidèles chrétiens et mettre fin à un long cauchemar», estime le Père David Jaeger. Le franciscain souligne qu’un assentiment éventuel des autorités israéliennes à la construction de la mosquée mettrait en grave danger l’ensemble des rapports judéo-chrétiens.

L’Eglise pour une nouvelle Conférence internationale pour la paix au Moyen-Orient

L’Eglise de Terre Sainte est favorable à une nouvelle Conférence internationale pour la paix au Moyen-Orient. «C’est la seule et unique voie», considère le Père Jaeger. Le franciscain estime qu’il faut de toute urgence une initiative politique de poids pour relancer le processus de paix israélo-palestinien: une nouvelle Conférence internationale pour la paix, organisée par l’Union européenne. La proposition, lancée par le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, trouve l’accord du Père David Jaeger. Le religieux israélien est l’un des principaux experts des questions de Terre Sainte.

La seule voie possible pour la paix en Terre Sainte est d’inviter les parties à une Conférence internationale, dans la ligne de celle de Madrid en 1991, qui avait été organisée par l’Union européenne. L’idée lancée par le président du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, mérite de recevoir un plein appui, et elle est la seule qui permettrait d’attaquer le problème à sa racine, a-t-il confié à l’agence d’information vaticane FIDES.

En effet, après un an et demi d’Intifada, il est clair désormais que les parties ne sont pas capables de parvenir à un Accord si on les laisse seules pour traiter. La Conférence devra comprendre les Etats-Unis et la Russie, et aura pour rôle de rappeler que le conflit n’est pas insoluble: «Le traité de paix est déjà prêt dans ses lignes générales, il s’agit seulement d’avoir la volonté politique de le mettre en pratique».

La politique répressive de Sharon a fait long feu: moins de sécurité, plus de morts

Le Père Jaeger déplore la rhétorique belliqueuse du gouvernement Sharon qui tente d’isoler et de délégitimer l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP), et son chef Yasser Arafat. Pour lui, tout ce bruit ne sert qu’à détourner l’attention du problème essentiel, à savoir donner à cette région une paix définitive. D’ailleurs, et la récente rencontre entre Bush et Sharon l’a confirmé, les Etats-Unis et l’Union européenne reconnaissent l’autorité du président Arafat. Le gouvernement d’Israël lui- même n’a jamais retiré sa reconnaissance formelle de l’ANP.

En Israël même, la société civile israélienne est partagée en des courants divers. Elle exprime son indignation face au terrorisme qui se développe, de la peine pour les victimes, mais aussi de la perplexité face à l’incapacité du gouvernement de Sharon de ramener le calme et la sécurité, des promesses sur la base desquelles le faucon du Likoud a été élu.

L’opposition n’existe plus en Israël

«En Israël, le débat politique est appauvri parce que, en fait, il n’y a pas d’opposition face au gouvernement. Le Parti travailliste, qui devrait être le principal parti d’opposition, est au gouvernement et a deux ministres à des postes clefs, comme la Défense et les Affaires étrangères».

Désespoir et rage chez les Palestiniens

Le fait que 200 réservistes refusent de faire du service dans les territoires palestiniens, en contestant la légitimité de l’occupation israélienne, est un autre signe de malaise, pour le Père Jaeger. La hiérarchie militaire craint que ce mouvement de désobéissance ne devienne un phénomène de masse. «Mais cette agitation n’a pas de débouché politique réel, et n’est donc pas très influente».

Quant à la population palestinienne, elle est en proie à une grande souffrance: «Le désespoir et la rage se sont emparés de plus de trois millions de personnes; le terrorisme s’alimente sur ce terrain. Il faut noter que le contrôle de l’ANP dans les territoires s’est affaibli, en raison aussi des coups qui lui sont portés par l’armée israélienne. C’est un aspect difficile à percevoir pour l’opinion publique israélienne: d’un côté, Sharon demande à l’ANP plus de contrôle, et de bloquer les terroristes; d’un autre côté, il frappe ses moyens, ses ressources, ses hommes, et l’humilie face aux extrémistes qu’elle devrait contrôler». (apic/fides/be)

12 février 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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