Israël: Polémiques sur l’utilisation de «boucliers humains» par l’armée israélienne

«Immorale et non juive», selon l’ancien ministre de la justice

Jérusalem, 16 août 2002 (APIC) La polémique sur l’utilisation de «boucliers humains» par l’armée israélienne s’amplifie en Israël. Après la mort mercredi de Nidal Abu Mohsen, âgé de 19 ans, lors d’un raid contre la maison du militant du Hamas Nasser Jarrar, dans le village cisjordanien de Tubas, des voix s’élèvent contre cette pratique «illégale et immorale». Le jeune homme a été abattu quand – revêtu d’une veste de protection de l’armée israélienne – il a été forcé d’aller frapper à la porte d’un suspect.

De hauts responsables de Tsahal estiment cependant qu’utiliser des civils palestiniens pour protéger des soldats israéliens, notamment quand il s’agit d’entrer dans des maisons qui pourraient être piégées, est justifié «moralement». Le ministre israélien Effi Eitam, un faucon défenseur des colons dans les territoires occupés, a qualifié la méthode de «très morale». Pour cet ancien général, aujourd’hui chef du Parti National Religieux, il est «absolument moral» de faire courir des risques à des civils palestiniens plutôt qu’à des soldats israéliens.

«La pire détérioration morale dans l’histoire d’Israël»

De son côté, l’ancien ministre de la justice Yossi Beilin qualifie cette pratique courante d’»immorale et non juive». Il a accusé le Premier ministre Ariel Sharon et le ministre de la Défense Benjamin Ben-Eliezer d’être «responsables de la pire détérioration morale dans l’histoire d’Israël».

L’organisation de défense des droits de l’homme «B’Tselem» a condamné l’usage des civils pour protéger les militaires. Selon cette organisation israélienne, l’armée de l’Etat hébreu utilise des civils palestiniens comme «boucliers humains» depuis le début de la deuxième intifada, il y a bientôt deux ans. «Utiliser des civils comme s’ils étaient des gilets pare-balles et les transformer en objets dont le seul but est de protéger des soldats n’est ni légal ni moral. Quelles que soient les circonstances, les soldats ne doivent pas mettre en danger la vie des civils pour protéger la leur».

Une pratique illégale mais courante

Lors de la réoccupation de la Cisjordanie en avril dernier, des organisations de défense des droits de l’homme, dont «B’Tselem», avaient porté plainte auprès de la Cour suprême israélienne afin qu’elle fasse cesser ces pratiques qui violent les conventions internationales. Le gouvernement n’a pas interdit totalement cette façon de faire illégale, mais il l’a affublée d’un autre nom, faisant une distinction entre «boucliers humains» et ce qu’il appelle désormais «procédure de voisinage».

Il s’agit d’utiliser des civils, parfois habillés en militaires, pour entrer dans les maisons palestiniennes ou approcher les maisons où l’armée assiège des militants dans le but de négocier une reddition. La méthode jugée «efficace» a été utilisée des «centaines de fois» par l’armée et la police, selon un officier de police cité par la presse israélienne.

Plusieurs ministres du gouvernement de Sharon ont justifié l’utilisation de civils sous prétexte que le pays est en guerre et que parfois la vie de civils palestiniens doit être exposée aux dangers pour prévenir des attaques en Israël ou pour protéger les soldats israéliens, rapporte vendredi le quotidien israélien «Ha’aretz». (apic/haar/be)

16 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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